Oeuvres de Champlain

Samuel de Champlain · Chapitre 65 sur 232

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Oeuvres de Champlain

Chapitre VIII.

marchandises pour traicter, comme on leur avoit donné à entendre, & que

mon desir n'estoit que d'accomplir ce que je leur avois promis: & si j'eusse

sceu qu'on leur eut raporté quelque chose de mal, que je tenois ceux là pour

ennemis plus que les leur mesme. Ils me dirent qu'ils n'en croioyent rien, &

que jamais ils n'en avoient ouy parler; neantmoins c'estoit le contraire: car il

y avoit eu quelques sauvages qui le dirent au nostres: Je me contentay,

attendant l'occasion de leur pouvoir montrer par effect autre chose qu'ils

n'eussent peu esperer de moy.

 

Retour à Quebecq, et depuis continuation avec les sauvages jusques au saut

de la riviere des Yroquois.

 

CHAPITRE VIII.

 

L 243 e lendemain nous partismes tous ensemble, pour aller à nostre

habitation, où ils se resjouirent quelques 5 ou 6 jours, qui se passerent en

dances & festins, pour le desir qu'ils avoient que nous fussions à la guerre.

 

Note 243: (retour)

 

Probablement le 22 de juin.

 

Le Pont vint aussitost de Tadoussac avec deux petites barques plaines

d'hommes, suivant une lettre où je le priois de venir le plus promptement

qu'il luy seroit possible.

 

Les sauvages le voyant arriver se resjouirent encores plus que devant,

d'autant que je leur dis qu'il me donnoit de ses gens pour les assister, & que

peut estre nous yrions ensemble.

 

Le 28 du mois 244 nous esquipasmes des barques pour assister ces sauvages:

le Pont se mit dans l'une & moy dans l'autre, & partismes tous ensemble. Le

premier Juin 245 arrivasmes à saincte Croix, distant de Quebecq de 15 lieues,

où estant, nous advisames ensemble, le Pont & moy, que pour certaines

considerations je m'en yrois avec les sauvages, & luy à nostre habitation &

à Tadoussac. La resolution estant prise, j'embarqué dans ma chalouppe tout

ce qui estoit necessaire avec neuf hommes, des Marais, & la Routte nostre

pilotte, & moy.

 

Note 244: (retour)

 

Le 28 de juin.

 

Note 245: (retour)

 

Le premier juillet.

 

Je party de saincte Croix, le de Juin246 avec tous les sauvages, & passames

par les trois rivieres, qui est un fort beau pays, remply de quantité de beaux

arbres. De ce lieu à saincte Croix y a 15 lieues. A l'entrée d'icelle riviere y a

six isles, trois desquelles sont fort petites, & les autres de quelque 15 à

1600. pas de long, qui sont fort plaisantes à voir. Et proches du lac sainct

Pierre 247 248 , faisant quelque deux lieues dans la riviere y a un petit saut

d'eau, qui n'est pas beaucoup dificile à passer. Ce lieu est par la hauteur de

46 degrez quelques minuttes moins de latitude. Les sauvages du pays nous

donnèrent à entendre, qu'à quelques journées il y a un lac par où passe la

riviere, qui a dix journées, & puis on passe quelques sauts, & après encore

trois ou quatre autres lacs de 5 ou 6 journées: & estans parvenus au bout, ils

font 4 ou 5 lieues par terre, & entrent de rechef dans un autre lac 249, ou le

Sacqué 250 prend la meilleure part de sa source. Les sauvages viennent dudit

lac à Tadoussac. Les trois rivieres vont 40 journées des sauvages: & disent

qu'au bout d'icelle riviere il y a des peuples 251 qui sont grands chasseurs,

n'ayans de demeure arrestée, & qu'ils voyent la mer du Nort en moins de six

journées. Ce peu de terre que j'ay veu est sablonneuse, assez eslevée en

costaux, chargée de quantité de pins & sapins, sur le bort de la riviere, mais

entrant dans la terre quelque quart de lieue, les bois y sont tresbeaux &

clairs, & le pays uny.

 

Note 246: (retour)

 

Le 3 juillet.

 

Note 247: (retour)

C'est la première fois qu'on trouve le nom de Saint-Pierredonné à ce lac. En

1603, Champlain y entra le jour de la Saint-Pierre, 29 juin, et c'est là

probablement l'origine de ce nom. Thévet et Wytfliet l'appellent lac

d'Angoulême.

 

Note 248: (retour)

 

Dans le Saint-Maurice. (Voir le Voyage de 1603, p. 31.)

 

Note 249: (retour)

 

Le lac Saint-Jean.

 

Note 250: (retour)

 

Sagné, pour Saguenay.

 

Note 251: (retour)

 

Probablement les Atticamègues ou Poissons-Blancs, qui étaient en effet plus

chasseurs que guerriers, et qui avaient des rapports avec cinq ou six nations

situées encore plus au nord qu'eux, (Voir Relat. 1641, p. 32, éd. 1858.)

 

Continuant nostre routte jusques à l'entrée du lac sainct Pierre, qui est un

pays fort plaisant & uny, & traversant le lac à 2, 3, & 4. brasses d'eau,

lequel peut contenir de long quelque 8 lieues, & de large 4. Du costé du

Nort nous vismes une riviere qui est fort aggreable, qui va dans les terres

quelques 20 lieues, & l'ay nommée saincte Suzanne 252: & du costé du Su, il

y en a deux, l'une appelée la riviere du Pont 253 254 ,& l'autre de Gennes, qui

sont tresbelles & en beau & bon pays. L'eau est presque dormante dans le

lac, qui est fort poissonneux. Du costé du Nort, il parroist des terres à

quelque douze ou quinze lieues du lac, qui sont un peu montueuses. L'ayant

traversé, nous passames par un grand nombre d'isles, qui sont de plusieurs

grandeurs, où il y a quantité de noyers & vignes, & de belles prayries avec

force gibier & animaux sauvages, qui vont de la grand terre ausdites isles.

La pescherie du poisson y est plus abondante qu'en aucun autre lieu de la

riviere qu'eussions veu. De ces isles fusmes à l'entrée de la riviere des

Yroquois, où nous sejournasmes deux jours & nous rafraichismes de bonnes

venaisons, oiseaux, & poissons, que nous donnoient les sauvages, & où il

s'esmeut entre eux quelque différent sur le subject de la guerre, qui fut

occasion qu'il n'y en eut qu'une partie qui se resolurent de venir avec moy,

& les autres s'en retournèrent en leur pays avec leurs femmes &

marchandises qu'ils avoient traictées.

Note 252: (retour)

 

Elle porte maintenant le nom de rivière du Loup.

 

Note 253: (retour)

 

La rivière de Nicolet (voir la grande carte de 1612). Il est probable que c'est par

inadvertance que l'auteur l'indique sous le nom de rivière du Gast, dans la grande

carte de l'édition de 1632; puisque, dans le texte, il reproduit le même passage en

y laissant le nom de Du Pont. Il est possible aussi que le graveur ait mis sur cette

rivière le chiffre que l'auteur destinait à la rivière dont il parle ci-dessus, p. 6l, et

à laquelle il avait donné le nom de Du Gast ou Du Gua.

 

Note 254: (retour)

 

Probablement, la rivière d'Yamaska.

 

Partant de ceste entrée de riviere (qui a quelque 4. à 500. pas de large, & qui

est fort belle, courant au Su) nous arrivasmes à un lieu qui est par la hauteur

de 45 degrez 255 de latitude à 22 ou 23 lieues des trois rivieres. Toute ceste

riviere depuis son entrée jusques au premier saut, où il y a 15 lieues, est fort

platte & environnée de bois, comme sont tous les autres lieux cy dessus

nommez, & des mesmes especes. Il y a 9 ou 10 belles isles jusques au

premier saut des Yroquois, lesquelles tiennent quelque lieue, ou lieue &

demie, remplies de quantité de chesnes & noyers. La riviere tient en des

endroits prés de demie lieue de large, qui est fort poissonneuse. Nous ne

trouvasmes point moins de 4 pieds d'eau. L'entrée du saut est une manière

de lac 256, où l'eau descend, qui contient quelque trois lieues de circuit, & y

a quelques prairies où il n'y habite aucuns sauvages, pour le subject des

guerres. Il y a fort peu d'eau au saut qui court d'une grande vistesse, &

quantité de rochers & cailloux, qui font que les sauvages ne les peuvent

surmonter par eau: mais au retour ils les descendent fort bien. Tout cedict

pays est fort uny, remply de forests, vignes & noyers. Aucuns Chrestiens

n'estoient encores parvenus jusques en cedit lieu, que nous, qui eusmes

assez de peine à monter la riviere à la rame.

 

Note 255: (retour)

 

Les rapides de Chambly sont à environ 45° 30' de latitude.

 

Note 256: (retour)

 

Le bassin de Chambly.

Aussitost que nous fusmes arrivez au saut, des Marais, la Routte & moy, &

cinq hommes fusmes à terre, voir si nous pourrions passer ce lieu, & fismes

quelque lieue & demie sans en voir aucune apparence, sinon une eau

courante d'une grandissime roideur, où d'un costé & d'autre y avoit quantité

de pierres, qui sont fort dangereuses & avec peu d'eau. Le saut peut contenir

quelque 600 pas de large. Et voyant qu'il estoit impossible coupper les bois

& faire un chemin avec si peu d'hommes que j'avois, je me resolus avec le

conseil d'un chacun, de faire autre chose que ce que nous nous estions

promis, d'autant que les sauvages m'avoient asseuré que les chemins

estoient aisez: mais nous trouvasmes le contraire, comme j'ay dit cy dessus,

qui fut l'occasion que nous en retournasmes en nostre chalouppe, où j'avois

laissé quelques hommes pour la garder & donner à entendre aux sauvages

quand ils seroient arrivez, que nous estions allez descouvrir le long du dit

saut.

 

Après avoir veu ce que desirions de ce lieu, en nous en retournant nous

fismes rencontre de quelques sauvages, qui venoient pour descouvrir

comme nous avions fait, qui nous dirent que tous leurs compagnons estoient

arrivez à nostre chalouppe où nous les trouvasmes fort contans & satisfaits

de ce que nous allions de la façon sans guide, sinon que par le raport de ce

que plusieurs fois ils nous avoient fait.

 

Estant de retour, & voyant le peu d'apparence qu'il y avoit de passer le saut

avec nostre chalouppe, cela m'affligea, & me donna beaucoup de desplaisir,

de m'en retourner sans avoir veu un grandicime lac, remply de belles isles,

& quantité de beau pays, qui borne le lac, où habitent leurs ennemis,

comme ils me l'avoient figuré. Après avoir bien pensé en moy mesme, je

me resolus d'y aller pour accomplir ma promesse, & le desir que j'avois: &

m'embarquay avec les sauvages dans leurs canots, & prins avec moy deux

hommes de bonne volonté. Après avoir proposé mon dessein à des Marais,

& autres de la chalouppe, je priay ledit des Marais de s'en retourner en

nostre habitation avec le reste de nos gens soubs l'esperance qu'en brief,

avec la grâce de Dieu, je les reverrois.

 

Aussitost je fus parler aux Capitaines des sauvages & leur donnay à

entendre comme ils nous avoient dit le contraire de ce que j'avois veu au

saut, sçavoir, qu'il estoit hors nostre puissance d'y pouvoir passer avec la chalouppe: toutesfois que cela ne m'empecheroit de les assister comme je