Gamestorming - Jouer pour innover
5. Univers de référence
Cette technique sert deux objectifs. S’agissant d’un exercice d’ouverture, elle permet tout d’abord de collecter des idées plus diversifiées puisque les participants les énumèrent en silence. De plus, en demandant à votre équipe de ne noter qu’une idée par post-it, vous créez des artefacts modulaires et amovibles que vous pourrez par la suite remanier, trier et réorganiser.
Lorsque cet exercice est terminé, demandez à chacun d’aller au tableau pour partager ses idées avec l’ensemble du groupe de la manière suivante : commencer par lire chaque post-it à voix haute puis le coller sur le tableau afin que tous les participants puissent voir le résultat. Comme vous l’aurez remarqué, cette méthode du post-it est une variante de la technique « division/compte-rendu ». La phase de division débute lorsque vous demandez à votre équipe de noter ses idées et le compte-rendu a lieu lorsque toutes les réflexions ont été partagées et que le tableau est rempli de post-it.
5. Univers de référence
Imaginez-vous en train d’essayer de jouer aux échecs sans échiquier. Un jeu tel que les échecs ne repose pas uniquement sur le rôle de ses différentes pièces, mais également sur la relation constamment changeante qu’ils entretiennent dans un espace donné. La grille de l’échiquier crée un univers de référence aussi clair et net que le quadrillage d’une carte. Cette grille, comme les pièces de l’échiquier, font partie intégrante du jeu et lui sont nécessaires.
Une partie d’échecs, à l’image de tout autre jeu, crée un monde que les joueurs peuvent explorer ensemble. L’échiquier (l’univers de référence) délimite ce monde et les pièces (les artefacts) le peuplent.
Les règles du jeu déterminent l’éventail des possibles du monde créé. Les joueurs consentent à pénétrer cet univers pour explorer l’ensemble des transformations et combinaisons réalisables afin d’atteindre leur but (ici, aux dépends de l’adversaire). Dans le gamestorming, en revanche, les participants défendent généralement un objectif commun.
Un explorateur du savoir peut, quant à lui, créer un univers de référence en tout lieu et toute circonstance : sur un tableau blanc, un paperboard, un bout de papier, la surface d’une table ou dans une pièce entière. Il s’agit de cadrer un espace pour donner tout leur sens aux relations qui s’y opèrent. Le recours à une grille, comme dans une partie d’échecs, est l’une des méthodes d’organisation de l’espace les plus courantes et utiles. Elle est employée à tous niveaux, de la planification urbaine à la constitution d’une feuille de calcul.
Le tri par affinités constitue également une méthode fréquemment utilisée qui s’appuie sur un univers de référence afin de classer un certain nombre d’atomes selon quelques thèmes communs. Les membres de l’équipe peuvent ainsi se mettre rapidement d’accord sur le travail à accomplir. Commencez par créer une série d’atomes à partir de la méthode du post-it ou de toute autre technique similaire (voir chapitre 4).
Ensuite, formez un univers de référence en traçant trois colonnes sur un support visuel tel qu’un tableau blanc. Demandez aux membres de votre équipe de trier leurs post-it en les plaçant dans les trois colonnes, sans pour autant nommer ces dernières. Ils ne doivent en aucun cas tenter de leur attribuer une désignation : une telle anticipation les amènerait à se retrancher derrière un mode de fonctionnement accommodant et familier. N’oubliez pas que le but du travail créatif est d’aider chacun à découvrir et générer de nouveaux modes d’action. Au cours du tri par affinités, vous pouvez demander à votre équipe d’éliminer toute forme de redondance en collant les post-it similaires les uns sur les autres. Parfois, les idées notées n’entrent dans aucune des trois colonnes et il vous faudra en créer de nouvelles. Tâchez cependant de rester sobre car un nombre excessif de catégories irait à l’encontre de votre objectif, à savoir la mise en lumière de quelques thèmes communs.
Les trois colonnes (ou plus) forment ainsi un univers de référence et peuvent être assimilées à des seaux vides permettant de trier toutes les idées.
Tenir une réunion sans artefact ni univers de référence reviendrait à vous réunir les yeux bandés et les mains liées derrière le dos. Bien sûr, rien ne vous empêche de le faire mais… à quoi bon ?