Gamestorming - Jouer pour innover
Chapitre 3 - Les principales composantes du gamestorming
CHAPITRE 3
Les principales composantes
du gamestorming
SI VOUS VOUS SENTEZ DÉSORMAIS PRÊT, vous pouvez passer directement au chapitre 4 consacré aux jeux, en lire ou en essayer quelques-uns avec vos amis ou vos collègues. Mais si vous souhaitez en savoir plus sur les composantes nécessaires au gamestorming, ce chapitre est fait pour vous. Nous nous attarderons ici sur la nature et le fonctionnement de plusieurs points essentiels :
Les questions : composante clé qui fournit la première étincelle enflammant l’imagination.
Les artefacts et l’univers de référence : échiquiers et pièces qui représentent l’ossature de la majorité des jeux. Le langage visuel : capacité à rendre votre imagination et vos idées plus concrètes pour pouvoir les partager. L’improvisation : aptitude à se plonger corps et âme dans de nouvelles expériences.
Si vous êtes prêt, alors c’est parti !
Poser des questions
Dans la découverte et l’exploration, rien ne surpasse l’art de poser les bonnes questions. Il s’agit d’une excellente technique de combustion : les questions enflamment la passion et l’énergie de l’équipe, créent une source de chaleur et illuminent des éléments jusqu’à présent obscurs.
Dans la vie comme en entreprise, nous cherchons souvent à nous rendre d’un point A à un point B. Lorsque le chemin entre ces deux points est clair, il suffit de tracer une ligne droite. Peu importe que la route soit longue ou facile.
Une question représente la première partie d’une équation, la seconde étant généralement inconnue. Si l’on se demande « Comment puis-je me rendre de tel à tel point ? » et que la réponse est évidente, alors l’équation est complète et la solution est à notre portée. Nous pouvons tracer une ligne droite allant de A vers B. Il s’agit du processus de réponse associant le chemin d’un point vers un autre à une succession d’étapes.
Si, au contraire, le cheminement de A vers B n’est pas clair, nous faisons face à un défi différent. Lorsque nous nous posons la même question (« Comment puis-je me rendre de tel à tel point ? »), nous réalisons bien vite que la réponse nous est inconnue. Pire encore, notre question peut parfois rester sans réponse. En effet, il n’existe pas de solution à tous les problèmes.
Ici, traverser la distance qui sépare A et B revient à s’aventurer en territoire inconnu, à parcourir le désert. Au départ, il est impossible de savoir où se situe la réponse – si tant est qu’elle existe. On distingue cinq types de questions permettant de se frayer un chemin à travers l’espace complexe qui sépare les points A et B : interrogations expérimentales, questions d’ouverture, de navigation, d’analyse et de finalisation.
Comme nous l’avons vu, tout jeu demande l’ouverture, l’exploration et la finalisation d’un univers. Vous devez naviguer au mieux dans l’espace situé entre A et B afin de vous assurer que vous progressez de façon adéquate.
QUESTIONS D’OUVERTURE
Les questions d’ouverture invitent à définir la grille de l’univers de jeu. L’acte d’ouverture constitue la première étape du jeu ; les participants apprennent à se connaître avant d’identifier en commun les principaux thèmes à explorer lors de l’étape suivante. La réussite de cette phase d’ouverture est soumise à deux conditions : d’une part, les joueurs doivent se sentir à l’aise pour pouvoir travailler ensemble et, d’autre part, il est essentiel de générer autant d’idées que possible. Si les participants entretiennent une trop grande proximité, ils éprouveront des difficultés à dépasser les limites habituelles de leur culture collective et ne proposeront que des idées similaires. Si, au contraire, ils ne se connaissent absolument pas, ils généreront une multitude d’idées très variées mais peineront à travailler en équipe.
Les questions d’ouverture visent à découvrir différentes idées et options, inspirer la réflexion, mettre en lumière de nouvelles possibilités et stimuler l’esprit. Des questions d’ouverture pertinentes permettent d’examiner les défis sous un angle différent. Il s’agit de créer une atmosphère énergique et optimiste, dans laquelle tout semble possible. Une bonne phase d’ouverture est un appel à l’aventure.
Vous pouvez par exemple commencer par un brainstorming visant à dresser une liste de questions relatives à la zone de défi entre les points A et B. Concentrez-vous ici sur la quantité et non la qualité. Abandonnez votre esprit critique et prenez en compte les idées inhabituelles ou contestées. Tâchez de vous appuyer sur les diverses idées énoncées afin de les combiner et de les rendre meilleures.
L’intérêt des questions d’ouverture est de trouver des éléments qui alimenteront votre travail ultérieur. Imaginez que vous disposez d’un grand panier pouvant contenir une infinité d’idées. Lorsque vous faites une découverte, ne vous demandez pas si elle est utile et contentez-vous de la placer dans votre panier. Plus les idées et les divergences seront nombreuses, plus la situation sera favorable.
Voici quelques exemples de questions d’ouverture :
Comment définiriez-vous le problème auquel nous sommes
confrontés ?
Quels types d’éléments souhaitez-vous explorer ?
Quelles sont nos plus grandes difficultés ?
QUESTIONS DE « NAVIGATION »
Les questions de navigation vous aident à évaluer et ajuster l’évolution du jeu au cours de son déroulement. Résumez par exemple les points clés et assurez-vous que les joueurs les approuvent et tendent tous vers le même but.
Votre équipe est-elle fatiguée ou frustrée ? Manque-t-elle d’énergie ? Faites une pause et analysez la situation. Posez des questions afin d’aider les membres du groupe à saisir la difficulté du problème ou constater leurs avancées.
Allez-vous dans la bonne direction ? Avez-vous réalisé tous les progrès escomptés ? Votre équipe se sent-elle toujours aussi impliquée ? Avant de poser de trop nombreuses questions, souvenez-vous que vous êtes certainement plus accoutumé à traverser une zone de défi complexe que la plupart des membres de votre équipe. Il est fort probable que vous perceviez bien mieux le degré d’avancement. Si vous êtes à la tête du groupe et exprimez trop de doutes, vos collègues prendront peur.
Les questions de navigation déterminent l’évolution, indiquent la direction à suivre et permettent de rectifier les erreurs. En voici quelques exemples :
Sommes-nous sur la bonne voie ?
Ai-je bien compris cela ?
Cet élément nous aide-t-il à atteindre notre but ?
Une telle discussion est-elle utile ?
Ne devrions-nous pas reporter ceci et l’inscrire sur la liste des
éléments à analyser ultérieurement ?
Le but fixé ce matin est-il toujours pertinent ou devons-nous
effectuer quelques ajustements en fonction de ce que nous avons
appris entre-temps ?
Lorsque vous découvrez un nouvel élément, il est essentiel de vous poser deux questions clés : « Qu’est-ce que c’est ? » et « Que puis-je en faire ? » La première interrogation relève de l’analyse, la seconde porte sur l’expérimentation.
QUESTIONS D’EXPLORATION
Les questions d’exploration font appel à l’observation et à l’examen. Qu’entend-on par là ? Plus on observe quelque chose de près, plus il est facile de l’examiner. Ces questions réduisent votre champ d’analyse pour vous pousser à vous concentrer sur des détails, des points précis et toute autre caractéristique spécifique. Elles offrent un aspect plus concret aux idées abstraites en les quantifiant et les qualifiant. Vous pouvez vous représenter une question d’exploration comme le zoom d’une caméra qui vous permet de regarder un sujet précis de plus près en en discernant les détails. Il est généralement très utile de débuter la phase d’exploration par un examen et une remise en question de ses hypothèses de base.
« Si l’idée était un rocher, alors les questions d’analyse nous permettraient de connaître son poids, sa couleur, sa taille, sa forme et sa composition chimique. »
Voici quelques exemples de questions d’exploration :
De quoi tel élément est-il constitué ?
Comment cela fonctionne-t-il ?
Pouvez-vous me donner un exemple ?
À quoi cela ressemble-t-il ?
Pouvez-vous présenter ceci comme un scénario de la vie
courante ?
QUESTIONS D’EXPÉRIMENTATION
Les questions d’expérimentation sollicitent l’imagination. Elles visent à explorer l’éventail des possibles. Que peut-on réaliser avec telle ou telle chose ? Quelles opportunités s’offrent à nous ? Les questions d’expérimentation poussent à atteindre un niveau d’abstraction supérieur afin de découvrir certaines similitudes et d’établir des comparaisons aussi improbables qu’inattendues. Quel que soit l’élément à votre disposition, expérimentez-le. Essayez de le briser, le retourner, le lancer, le renverser, etc.
Si l’idée était un rocher, alors ces questions consisteraient à s’interroger de la façon suivante : « Que puis-je faire d’invraisemblable avec ceci ? » Par exemple, vous pouvez utiliser un même outil pour enfoncer une vis, faire du bruit, le jeter au sol, etc. C’est en posant de telles questions qu’un homme eut un jour l’idée de développer le Pet Rock, cet animal de compagnie en forme de rocher qui lui rapporta un million de dollars.
Voici quelques exemples de questions d’expérimentation :
Quels sont les autres éléments qui fonctionnent de la même
manière ?
Si ceci était un animal (ou encore une plante, une machine, etc.),
de quelle race serait-il et pourquoi ?
Que nous manque-t-il ?
Que se passerait-il si tous les obstacles étaient supprimés ?
Comment traiterions-nous cela si nous étions à la tête d’un
restaurant ? D’un hôpital ?
Et si nous avions tort ?
Vous pouvez associer ces questions à une prise de recul. Si les membres de votre équipe sont trop absorbés par les détails, excitez leur imagination et posez-leur quelques questions afin qu’ils prennent un peu de hauteur. S’ils sont dans les nuages et ont besoin de redescendre sur terre, utilisez les questions d’expérimentation pour leur faire perdre de l’altitude.
QUESTIONS DE FINALISATION
Les questions de finalisation ont une fonction opposée aux questions d’ouverture. Ces dernières visent à créer des divergences et la plus grande diversité possible. La phase de finalisation, elle, se focalise sur la convergence des opinions et sur la sélection. À ce stade, votre but est de parvenir à un engagement, à des décisions et de passer à l’action. Si la phase d’ouverture fait naître des opportunités, l’étape de finalisation les sélectionne. Il vous faut donc éliminer les pistes d’analyse peu prometteuses, définir vos priorités, etc. L’esprit critique prend ici toute sa place.
La phase de finalisation donne l’impression de rentrer chez soi : vous êtes fatigué mais vous voulez finir la journée avec un sentiment d’accomplissement. Qu’avez-vous réussi ? À quoi êtes-vous parvenu ? Le besoin naturel d’éprouver un tel sentiment confirme l’importance de résultats tangibles dans le gamestorming. Lorsque les membres de l’équipe ont créé quelque chose de concret (même s’il ne s’agit que d’un rapport ou d’un programme d’action), l’ensemble du groupe demeure enthousiaste et énergique, prêt à se concentrer sur les activités suivantes.
Votre équipe est confrontée à un certain nombre d’interrogations : où l’artefact se trouve-t-il ? Qu’avons-nous accompli ? Que devrons-nous faire par la suite ? Comment la journée de demain s’organisera-t-elle ?