Le nouveau régime IG diabète
Cavaliers et fantassins
Après la prise de 1 g de glucose/kg, l’élévation du niveau d’insuline dans le sang
est pratiquement doublée par rapport à la prise de 0,5 g/kg.
Cette constatation offre de nouveaux horizons dans la manière
d’appréhender l’alimentation du diabétique : si le sujet test de notre expérience a réagi à une charge de glucides importante par une sécrétion massive d’insuline qui lui a permis de juguler sa glycémie, le diabétique pourrait-il se défendre aussi efficacement ?
Souvenez-vous : le diabétique de type 1 ne dispose pas d’assez d’insuline,
alors que le diabétique de type 2 présente un problème d’ouverture des portes d’évacuation du glucose (résistance à l’insuline).
Pour bien comprendre ces notions, faisons appel, de façon imagée, à
quelques éléments de métabolisme.
CAVALIERS ET FANTASSINS
Après ingestion, les aliments glucidiques sont digérés au niveau de l’intestin, la première chambre. Une fois la digestion terminée, le glucose passe dans le sang
via une grosse veine * qui aboutit au foie. C’est un deuxième compartiment qui
retient une partie du glucose en le mettant en réserve sous forme de * glycogène.
Le reste du glucose s’en échappe et passe dans la circulation sanguine générale,
entraînant ainsi une élévation de la glycémie *. Immédiatement, le pancréas réagit en libérant dans le sang la quantité d’insuline nécessaire. Celle-ci sera
d’autant plus élevée que l’arrivage de glucose est important (lire « Les diabètes
et non pas le diabète » et « La charge glycémique : le nouvel outil du
diabétique »).
Le glucose peut être librement utilisé comme carburant par la plupart des organes sauf par deux d’entre eux qui représentent deux très grands compartiments : les muscles et le tissu graisseux, réparti dans tout l’organisme. Ces deux compartiments ont une particularité : le glucose ne peut y pénétrer
que par des portes dont l’ouverture dépend de l’action de l’ * insuline. C’est la libération de celle-ci dans le sang qui assure l’ouverture de ces portes d’évacuation par lesquelles le glucose peut s’échapper dans le tissu graisseux et surtout dans les
muscles (lire « Classification des glucides »). Dès lors, la glycémie va lentement
baisser puisque le glucose quitte progressivement le compartiment sanguin *.
Que votre pancréas ne sécrète pas assez d’insuline (diabète de type 1) ou que les charnières des portes ne permettent plus une ouverture suffisante de celles-ci (diabète de type 2), le résultat est le même : le glucose est très mal évacué du sang vers les compartiments graisseux et surtout musculaire et la glycémie s’élève avec les conséquences que nous avons vues.
Après digestion du sucre et des amidons, le glucose est absorbé par la paroi
intestinale et passe dans le sang. Une partie du glucose est retenue au niveau du foie. Le reste passe dans la circulation générale : la glycémie s’élève. Le pancréas
réagit en libérant de l’insuline.
La personne non diabétique se défend d’une charge en glucose importante en
libérant, en compensation, de grandes quantités d’insuline. S’il surveille de très près ses glucotests, le diabétique de type 1, quant à lui, devra s’injecter d’autant plus d’insuline que la charge en glucose est importante pour maintenir une glycémie à peu près normale. Le diabétique de type 2 n’arrivera pas à ouvrir suffisamment les portes d’évacuation même en libérant parfois des quantités d’insuline énormes lorsque la charge en glucose est massive : les charnières de ses portes résistent à l’ouverture.
Ce terme de « charge du glucose » ou de « charge glycémique » est particulièrement bien choisi : nous pouvons la comparer à une charge de fantassins et de cavaliers ! Les fantassins sont les aliments glucidiques à IG bas ou modérés. Les cavaliers sont les aliments à IG élevé. Ils attaquent votre territoire, c’est-à-dire votre glycémie, elle-même défendue par l’insuline. Si vous êtes diabétique de type 1, vous avez la possibilité de moduler vos moyens de défense en variant vos doses d’insuline. Si vous êtes diabétique de type 2, tout dépend de l’efficacité de votre insuline personnelle sur l’ouverture des portes de sortie.
- « Chargez ! »
Vous voilà sur la défensive. Tout dépend de vos moyens de réaction.
Si une poignée de fantassins à IG bas ou modéré attaquent, vos moyens de défense vous permettront probablement de faire face à l’assaut et votre glycémie ne sera guère affectée. Même chose s’il ne s’agit que de quelques cavaliers à IG élevé.
La situation est plus dangereuse si la charge de cavalerie devient plus importante et, même si les cavaliers à IG élevé n’interviennent pas, vous pouvez être mis en difficulté par une charge massive de fantassins.
Que dire alors si vous êtes confronté à un assaut de cavaliers et de fantassins qui arrivent en nombre ?
Cette métaphore vous permettra de comprendre que la charge en glucose, comparable à un assaut, ne dépend pas que des IG de l’aliment fournisseur de glucose mais aussi des quantités d’aliments consommées : la quantité de fantassins et de cavaliers joue un rôle majeur.
Prenons l’exemple des pâtes dont nous avons vu que l’index glycémique (47) peut être considéré comme faible. Compte tenu du fait que l’index glycémique de cet aliment est déterminé par une quantité inférieure à 200 g
(voir tableau), qu’arrivera-t-il si vous en consommez une plantureuse assiette qui ne pèse pas loin du demi-kilo ? Vous êtes confronté à une charge massive de fantassins !
Alors que chez une personne non diabétique ce repas ne fera pas monter
exagérément la glycémie, qu’en sera-t-il chez un diabétique insulinodépendant qui n’aura pas pris la précaution de s’injecter une dose supplémentaire d’insuline ou chez le diabétique de type 2 qui n’a pas la possibilité d’ouvrir largement ses portes d’évacuation du glucose ?
Il est évident que, dans ces conditions, la
glycémie risque de s’élever dangereusement,
même par la consommation d’un aliment à
index glycémique bas si celui-ci est consommé en
grande quantité.
Répétons, une fois encore, que l’alimentation optimale du diabétique ne
peut donc se satisfaire du seul conseil qui consisterait à éviter de façon draconienne les aliments à index glycémique élevé et à consommer sans compter ceux dont l’index glycémique est bas.
Le bon choix des aliments du diabétique doit à
la fois tenir compte de la qualité de l’aliment
glucidique (représentée par son index
glycémique) mais tout autant des quantités
d’aliments consommées.
C’est à la suite de ce raisonnement qu’un nouvel outil a été conçu
en 1997 par une équipe de chercheurs de l’université de Harvard, Massachusetts, à partir des index glycémiques. On l’appelle « charge glycémique » (CG). Elle permet de déterminer la vigueur de l’assaut donné par les cavaliers et les fantassins.