Le nouveau régime IG diabète
En dernier recours : l’insuline
stimule la lipogenèse : il prend du poids (lire « Deux maladies mais les mêmes
règles alimentaires »).
L’insulinorésistance touche aussi progressivement le foie qui devient sourd aux injonctions de l’insuline et continue à fabriquer et à libérer du glucose alors que la glycémie est élevée, provoquant alors un cercle vicieux.
Ces deux maladies entraînent néanmoins des perturbations semblables : • Une élévation de la glycémie susceptible d’endommager les petites artères (microangiopathies), surtout au niveau des yeux (rétinopathie) et du rein.
• Une glycémie élevée provoque aussi une atteinte de nerfs (polyneuropathies)
• Une insuline basse (chez le diabétique de type 1) entraîne une élévation du « mauvais » cholestérol (LDL) et favorise la sclérose de gros vaisseaux (athérosclérose). Chez le diabétique de type 2, l’effet est exactement le même car le foie devient résistant aux ordres de l’insuline, même élevée et libère plus de LDL cholestérol.
Vous trouverez, en annexe, un tableau récapitulant les caractéristiques du diabète de type I et du diabète de type 2 et leurs principales conséquences sur le métabolisme des glucides et des graisses. Pour ceux qui désirent aller droit au but, voici ce qu’il faut retenir de ce tableau.
À RETENIR
Diabète de type 1 et diabète de type 2 entraînent une élévation de la glycémie par
perturbation de trois mécanismes principaux :
• une diminution de pénétration du glucose dans le compartiment musculaire (voir schéma),
• une augmentation de la production de glucose par le foie à partir du glycogène,
• une compétition entre glucose et acides gras en tant que carburants des cellules de
l’organisme.
EN DERNIER RECOURS : L’INSULINE
A plus ou moins long terme, le diabète de type 2 peut évoluer vers un diabète insulinodépendant nécessitant des injections d’insuline. Cette évolution, souvent lente, sera d’autant plus fréquente que le diabète de type 2 survient précocement dans l’âge. Plusieurs mécanismes interviennent dans cette évolution.
D’une part, l’élévation des concentrations en acides gras libres circulants
pendant une période prolongée diminue les sécrétions d’insuline qui permettaient jusque-là de compenser plus ou moins l’insulinorésistance.
D’autre part, ces concentrations élevées en acides gras libres ont un effet
toxique sur les cellules du pancréas responsables de la synthèse d’insuline.
Enfin, l’élévation du taux de glucose sanguin endommage aussi ces mêmes
cellules par le même processus de glucotoxicité qui exerce ses effets délétères au
niveau de la paroi des petits vaisseaux sanguins (lire « Le “pied du
diabétique” »).
Dès lors, le diabétique de type 2 qui arrivait jusque-là à maintenir une
glycémie plus ou moins correcte grâce à ses antidiabétiques oraux et en surcompensant par des sécrétions souvent importantes d’insuline ne parvient plus à maintenir une glycémie normale dans la mesure où ses capacités de
sécrétion d’insuline diminuent peu à peu *. L’instauration d’un traitement par insuline injectable devient alors indispensable.
Vous en savez maintenant assez pour aborder en toute connaissance de
cause l’alimentation optimale du diabétique qui permettra d’éviter, dans la majorité des cas, toutes les complications que nous venons de passer en revue.
Jean, 60 ans
Jean m’est adressé pour une mise au point nutritionnelle dans le cadre d’un diabète de type 2. La situation est alarmante.
Jean pèse 111,3 kilos pour 1m58 : son IMC se situe à 44,6 ! C’est ce que les médecins appellent une obésité morbide de grade III.
Un bilan sanguin récent montre une nette altération des tests hépatiques (le foie
est gorgé de graisses *). L’hémoglobine glyquée est mesurée à 10,8 % et témoigne
de glycémies chroniquement très élevées * (lire l’encadré « L’hémoglobine glyquée,
un indicateur précieux de la glycémie ambiante »). Jean est pourtant traité par
des doses importantes de comprimés d’antidiabétiques oraux mais il faut savoir
que les recommandations actuelles préconisent le passage à un traitement par
insuline lorsque l’hémoglobine glyquée dépasse 8 %.
Lors de l’entretien, nous apprenons que Jean a été opéré il y a deux ans. Il a
subi un pontage coronaire suite à une « alerte cardiaque » : la coronarographie
montrait que deux artères coronaires étaient partiellement obstruées,
témoignant d’une athérosclérose, c’est-à-dire d’une macroangiopathie (lire
l’encadré précédent). Ces dégâts, réparés par le chirurgien, ne garantissent
certainement pas l’absence d’une récidive dans la mesure où les causes ne sont
pas éradiquées.
Il n’y a pas (ou plutôt, pas encore) d’atteinte de la fonction rénale ni de la
vision, pas plus que de polyneuropathies.
L’alimentation est une vraie catastrophe : 7 à 8 tranches de pain blanc par
jour, copieusement beurrées, 2 à 3 paquets de biscuits au chocolat,
200 grammes au moins de viande saucée au repas chaud, des charcuteries et de
grandes quantités de fromage au repas froid, des pommes frites trois fois par
semaine.
L’analyse informatique de l’alimentation (lire la Partie V) montre des apports
caloriques à plus de 3 500 kcal par jour pour des besoins estimés à 2 020. La
charge glycémique et les apports en acides gras saturés sont faramineux.
Avec une touche de cynisme, on pourrait dire que si Jean mettait sa maison en
viager, l’acheteur ferait une excellente affaire !
Il faut absolument convaincre Jean des risques encourus. C’est d’autant plus
difficile qu’il se sent beaucoup mieux depuis son pontage coronaire et qu’il
déclare avec un grand sourire : « Moi, docteur, j’adore manger ! » Il va falloir
être persuasif, expliquer qu’on peut bien manger, avec beaucoup de plaisir, en
mangeant différemment, en cherchant son plaisir gustatif dans d’autres choses que dans des biscuits industriels, quelle est la conséquence d’une hémoglobine glyquée élevée, quelles sont les complications à court terme de sa situation. Expliquer aussi qu’il ne s’agit pas d’un régime momentané mais d’un autre mode de vie alimentaire. Nous nous entendons avec Jean sur un objectif de charge glycémique et proposons des recettes qui vont de l’osso bucco au magret de canard en passant par des tagines et des pâtes aux légumes. On adapte aussi les graisses tartinables et les matières grasses de cuisson. Très rapidement, les glucotests s’améliorent : les glycémies, qui culminaient régulièrement à 3,75 g par litre de sang ne dépassent plus désormais 1,73. Jean aime toujours bien manger. Il perd du poids. Il se sent bien mieux. Au bout de trois mois, l’hémoglobine glyquée descend à 7 %. Les doses d’antidiabétiques oraux sont maintenues mais le recours à l’insuline n’est plus d’actualité.
Avec un recul de deux ans, Jean a perdu près de 30 kilos, son hémoglobine glyquée culmine à 6,2 % et les tests hépatiques sont absolument normalisés.
Voici un exemple éloquent des bénéfices considérables qu’un diabétique va
pouvoir tirer d’une charge glycémique optimale c’est-à-dire d’une alimentation harmonieuse, avec un apport adéquat en glucides.
En optimisant sa charge glycémique, le diabétique va très sensiblement
améliorer sa qualité de vie et prévenir les complications liées à sa maladie.
En optimisant sa charge glycémique et en veillant à la qualité et aux
quantités des graisses consommées...
•... tant le diabétique de type 1 que le diabétique de type 2 pourra mieux contrôler sa glycémie et éviter ainsi les complications liées aux microangiopathies :
- atteinte des nerfs entraînant des polyneuropathies,
- atteinte des protéines de structure des petits vaisseaux sanguins conduisant à une dégradation de la fonction rénale et du bon fonctionnement de la rétine. Si des lésions sont déjà installées, un bon contrôle du niveau de glucose sanguin pourra empêcher l’évolution de ces
complications redoutables (lire l’encadré « L’hémoglobine glyquée, un
indicateur précieux de la glycémie ambiante »).- une consommation adéquate de matières grasses réduira considérablement le risque de maladies vasculaires (infarctus, thrombose…).
- dans bien des cas, les doses de médicaments pourront être réduites. Et si la pharmacologie s’avère souvent incontournable, aucun médicament au monde n’est dépourvu d’effets secondaires, d’autant plus importants que les posologies sont lourdes.
•... le diabétique de type 2 réussira à perdre du poids, dont les effets ne se réduisent pas à une descente de l’aiguille de la balance. Rappelons en effet que la présence d’un tissu graisseux trop développé, particulièrement au niveau du ventre, favorise la libération d’acides gras qui « intoxiquent » le pancréas et les
muscles et sont dès lors au cœur du phénomène d’insulinorésistance (lire « Les
diabètes et non pas le diabète » et « Deux maladies mais les mêmes règles
alimentaires »).