Le nouveau régime IG diabète
C’est quoi, bien manger ?
C’est avant tout apporter les éléments nutritifs nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme et ne consommer que très occasionnellement des produits peu fréquentables, à savoir :
• consommer tous les jours des légumes et des fruits, sources irremplaçables d’antioxydants ;
• manger des protéines animales et végétales (les premières en quantités limitées mais néanmoins nécessaires) ;
• apporter des glucides, complets de préférence : pain, pâtes, riz, pommes de
terre (nous les tempérerons par les notions d’index et de charge glycémiques) ;
• choisir les bonnes matières grasses, tant pour la cuisson que pour les tartines : elles seront pauvres en graisses saturées (graisses animales, huile d’arachide, de palme…) et riches en monoinsaturées (huile d’olive par exemple) et polyinsaturées (huile de colza, de tournesol…), de préférence ;
• limiter au maximum la consommation de produits industriels chargés de sucre ou autres glucides et de graisses de mauvaise qualité.
Sur cette base d’équilibre se greffe un des concepts les plus importants de la nutrition, celui dont on ne parle pratiquement jamais : la notion de quantité.
La majorité des gens mangent trop par rapport
à leurs besoins.
L’environnement y est pour quelque chose : toutes les tailles des conditionnements alimentaires ont tendance à augmenter, l’industrie alimentaire met à notre disposition des en-cas faciles à conserver et à emporter et la majorité des Occidentaux sont persuadés qu’ils doivent s’alimenter à longueur de journée… alors que leur niveau d’activité physique baisse au fil du temps.
Quantités ? A quoi bon dresser une liste d’aliments autorisés et interdits ? Il
y a beaucoup plus de calories et de glucides dans un kilo de pommes que dans un carré de quinze grammes de chocolat !
Quoi qu’il en soit, sur une base d’équilibre et de quantités, le diabétique
pourra consommer une cuisine savoureuse, voire « étoilée » tout en améliorant de façon spectaculaire le pronostic de sa maladie… et son bien-être au quotidien. De nombreux exemples de mets savoureux vous attendent.
Tout cela est le résultat de plus de vingt ans de consultations au quotidien.
Maria, 72 ans
Quelques jours après son quarantième anniversaire, le médecin traitant annonce à Maria qu’elle est diabétique. Le diagnostic a été posé suite à une prise de sang. 2 g de « sucre » le matin à jeun : c’est beaucoup. Depuis quelques mois, Maria ne se sentait pas très bien, avait tout le temps soif et buvait sans arrêt.
- « Pas de sucre » et, surtout « prenez tous les jours les deux comprimés que je vous prescris, un le matin, l’autre le soir, avant les repas ». Les prescriptions sont suivies. Le glucose sanguin (la glycémie) est régulièrement contrôlé. Son taux s’améliore. Il oscille entre 1,3 et 1,5 g par litre de sang le matin, à jeun, bien entendu (nous verrons que c’est encore trop). Les années passent. Maria a 60 ans. Sa glycémie est de plus en plus élevée malgré les comprimés prescrits et elle commence à avoir des troubles de sensibilité au niveau des deux pieds. Sur les conseils de son médecin traitant, qui a judicieusement diagnostiqué une polynévrite diabétique responsable des fourmillements et des douleurs au niveau des pieds, Maria consulte un
diabétologue qui décide de remplacer les comprimés par des injections
d’insuline. A l’hôpital, elle rencontre une diététicienne.
- « Plus du tout de sucre »
C’est vrai qu’il arrivait à Maria de manger encore un petit gâteau de temps en
temps.
Le maniement des doses d’insuline à injecter est expliqué de façon détaillée.
Trois injections par jour sont nécessaires. Elles sont réalisées par le mari qui
contrôle la glycémie à l’aide d’un glucotest, ce petit appareil qui pique et permet
d’analyser une goutte de sang. Après quelques mois, le couple arrive de concert à
ajuster les doses d’insuline injectée en fonction de la glycémie pour en arriver à
un équilibre jugé satisfaisant.
Maria n’était pas mince. Elle grossit.
La glycémie à jeun ne dépasse presque jamais 1,5 g mais dépasse souvent
les 2,5 g dans l’après-midi. On relève aussi des épisodes d’hypoglycémie avec
sueurs, tremblements et troubles de la concentration. Alors, là, bien sûr, Maria
prend du sucre (dans ce cas, c’est nécessaire) et elle se sent rapidement mieux.
Le mari tient rigoureusement à jour un petit carnet où sont notés les résultats
du glucotest et les doses d’insuline injectées.
La polynévrite s’aggrave.
C’est à ce moment que nous faisons la connaissance de Maria. Elle a soixante-
dix ans. Sa vue baisse. Elle montre le résultat d’une prise de sang avec une
créatinine supérieure à la normale, témoignant de reins qui fonctionnent mal.
Le questionnement alimentaire montre une abstinence totale de sucre et des
sucreries mais une consommation relativement importante de pain blanc et de
pâtes. Il faut dire que Maria est une immigrée d’origine italienne.
- « Ah ! La pasta ! »
Parfois aussi une pizza.
- « Ah ! La pizza ! »
Il y a aussi beaucoup de fruits et du riz au lait light (au lait maigre et « sucré »
avec un édulcorant) et des céréales (Maria n’aime pas ça mais c’est bon pour la
santé au petit déjeuner !).
Effectivement, il n’y a pas de sucre dans l’alimentation mais la « charge glycémique » est très élevée.
Après des explications détaillées (soyez patient : elles viendront), nous établissons un régime adéquat en réduisant sensiblement la consommation de pâtes et de fruits (sans pour cela les exclure), en remplaçant le pain blanc par du pain intégral et en supprimant les céréales et le riz au lait. Nous attirons l’attention sur la nécessité d’un contrôle « serré » de la glycémie car il est certain que celui-ci va baisser et que les doses d’insuline devront être réduites. Quinze jours plus tard, le petit carnet de bord montre un ajustement des injections d’insuline avec une très importante réduction des doses nécessaires. Les glycémies sont excellentes mais il se produit plus souvent de légères hypoglycémies. Nous décidons alors de limiter les injections d’insuline à deux par jour. Les glycémies sont toujours très bonnes. Après deux mois, Maria a perdu 3 kilos.
Elle voit son diabétologue lors de sa consultation annuelle. Nous lui avons entre-temps adressé un protocole détaillé et nous sommes curieux de connaître son avis.
Il n’est pas content du tout !
- « Je sais qu’à long terme vous ne continuerez pas ce régime. Vous allez tôt ou tard manger comme vous le faisiez avant et votre diabète sera complètement déséquilibré. Arrêtez tout cela, reprenez votre alimentation habituelle et vos trois injections d’insuline ».
Maria s’exprime mal en français. Le diabétologue en conclut peut-être qu’elle est mentalement déficiente !
Toujours est-il que Maria continue à appliquer ses nouvelles consignes diététiques, qu’elle se limite journellement à deux injections d’insuline et que ses glycémies restent excellentes.
Elle revoit son diabétologue.