Pranayama
Chapitre 34
Asvini mudra
La pra que du prânayâma est indissociable de celle des Mudras et des Bandhas. Quand le prânayâma entraîne des inconvénients pour la santé physique ou psychique, c'est en général soit parce que l'adepte applique le prânayâma sans se soume re à la discipline des âsanas, soit parce qu'il pra que en se basant sur des indica ons théoriques et fragmentaires glanées au hasard des lectures, et notamment sans intégrer les mudras et les bandhas à l'exercice du prânayâma. Les mudras et les bandhas servent à contrôler et à guider les forces prâniques et psychiques absorbées, engendrées ou mises en circula on par le prânayâma. Pra quer le prânayâma sans bandhas est aussi désastreux que de lancer du courant électrique dans un réseau qui ne comporterait ni transformateurs ni fusibles : des courts-circuits localisés, qui seraient sans le moindre danger si le réseau était normalement protégé par des fusibles, me raient l'ensemble du réseau en court-circuit et causeraient des dommages incalculables. Des adeptes bien inten onnés mais mal renseignés, créent ainsi des courts-circuits prâniques dans leur organisme.
Jalandhara Bandha nous est bien connu, ainsi qu'Uddiyana Bandha.
Nous allons maintenant ajouter à notre panoplie deux exercices qui présentent tant de points communs qu'il est nécessaire de les étudier conjointement : il s'agit d'Asvini Mudra et de Mula Bandha.
Pour comprendre l'importance ainsi que le rôle de Mula Bandha et d'Asvini Mudra, et aussi pour s'en servir à bon escient, une brève incursion dans les domaines de l'anatomie et de la physiologie est indispensable. Rassurez-vous, nous n'entrerons pas dans des détails anatomiques trop compliqués. Nous savons que dans le prânayâma le yogi manipule les pressions et les dépressions dans le tronc, tant à l'étage thoracique (au-dessus du diaphragme) qu'à l'étage abdominal.
Dans les respira ons du prânayâma avec sangle abdominale contrôlée, nous savons qu'une lu e a lieu entre la musculature qui abaisse le dôme diaphragma que, refoule les organes vers le bas et vers l'avant d'une part, et d'autre part la sangle abdominale contrôlée et contractée qui, au lieu de céder mollement, résiste à ce e pression. Il en résulte une augmenta on de la pression intra-abdominale avec toutes les heureuses répercussions qui en découlent.
Comparons l'abdomen à une marmite. Au-dessus, le couvercle (mobile), c'est le dôme du diaphragme, les parois latérales sont cons tuées par la sangle, les muscles des flancs, du dos et par la colonne vertébrale, tandis que le fond est formé par le bassin. Examinez une représenta on du bassin, vous verrez que le fond de ce bassin osseux est... percé ! Il est obturé par plusieurs muscles et ligaments importants, dont l'ensemble cons tue le plancher pelvien.
Imaginez la marmite bien remplie -et elle l’est avec tous les organes abdominaux. Si, à l'aide du couvercle, vous appuyez sur le contenu, la pression va se répar r dans toutes les direc ons, donc horizontalement et vers le fond de la marmite. Horizontalement la pression est solidement contenue par la sangle contrôlée. En ce qui concerne la pression qui s'exerce sur le fond de la marmite, du côté des os du bassin, aucun danger, ils peuvent résister à n'importe quelle pression physiologique ! Mais, nous avons vu que le fond du bassin était par ellement cons tué par le plancher pelvien : si celui-ci est mou et relâché, il va subir passivement la pression venant du haut. Il faut donc le contrôler lui aussi, autrement dit le contracter et le for fier. La contrac on du plancher pelvien est assurée par Mula Bandha et Asvini Mudra.
De quoi se compose le plancher ?
Principalement des muscles releveurs de l'anus (Levatores Ani) et des muscles du coccyx (Coccygei). Ce plancher obture en èrement le "trou" inférieur du bassin et s'accroche solidement depuis la symphyse pubienne jusqu'au coccyx et au sacrum. C'est en quelque sorte un hamac musculaire tendu entre les divers os du bassin. Ce hamac musculaire est à son tour percé d'ouvertures pour livrer passage aux organes génitaux et à l'anus, qui sont autant de points faibles.
Pour assurer la solidité de l'ensemble, si nous considérons que les muscles forment le ssu du hamac, il est renforcé par un filet cons tué d'une couche fibreuse très résistante. Mula Bandha et Asvini Mudra, en contractant ces muscles, perme ent au hamac de résister à la pression accrue des organes, consécu ve à la poussée de haut en bas du diaphragme. Notons qu'en réalité c'est plus compliqué que cela : il y a dans ce e région une mul tude de muscles très importants ainsi que des centres nerveux vitaux mais, pour notre usage, ce qui précède suffit.
ASVINI MUDRA
Nous allons étudier successivement -et pra quer- Asvini Mudra, la manipula on du sphincter anal et la contrac on de la musculature du plancher pelvien, qui cons tue l'élément central de Mula Bandha. Asvini Mudra provoque une prise de conscience de ce e région, for fie les muscles intéressés et permet de pra quer ensuite Mula Bandha sans la moindre difficulté.
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ÉTYMOLOGIE
Li éralement. "Asvini" signifie "jument" en sanscrit. Pourquoi ce e Mudra s'appelle-t-elle la "Mudra de la Jument" ? La raison en est bien simple ! Après avoir expulsé son cro n, la jument dilate et contracte plusieurs fois l'anus : Asvini Mudra imite ce geste et fait travailler le sphincter anal. Tout au long de la journée ce sphincter ferme l'orifice inférieur du tube diges f, l'anus. Comme tous les sphincters, ce muscle circulaire demeure contracté en permanence et ne se relâche que pour ouvrir l'orifice lors de l'évacua on de ma ères fécales.
Voilà les deux situa ons normales, habituelles et quo diennes du sphincter anal (sauf pour les cons pés...). Le sphincter anal et la musculature qui l'entoure peuvent aussi se trouver dans deux autres situa ons, moins habituelles mais normales quand même. Supposez qu'au moment où la nature vous incite à aller à la selle, des circonstances extérieures vous en empêchent : il vous est possible de résister au besoin. Le bébé n'en est pas capable car il n'a pas encore le contrôle conscient de ce muscle : le pe t ange souille ses couches. Ce qui est impossible au bébé, vous le pouvez. Plus le besoin sera pressant, plus vous devrez contracter fermement et volontairement le sphincter anal et toute la région voisine du périnée. En termes yogiques, ce e contrac on s'appelle "Acuncana". La situa on contraire se produit aussi !
J'espère que vous n'êtes pas cons pé. D'ailleurs si vous pra quez régulièrement vos âsanas et si votre alimenta on est correcte, vous n'aurez pas cet ennui. Imaginez un cons pé installé à la selle, a endant en vain l'événement souhaité : il s'efforce d'aider la nature en "poussant". Le sphincter s'ouvre, mais -hélas !- sans succès. L'anus fait saillie hors du périnée.
Cela s'appelle "Prakashana". Asvini Mudra est la combinaison d’Acuncana et de Prakashana qui se succèdent. Il y a d'abord la contrac on très forte du sphincter anal et du muscle releveur de l'anus. Il faut donc resserrer l'anus et l'a rer musculairement vers le haut. Ensuite, au contraire, repousser l'anus vers le bas en relâchant le sphincter.
La répé on de ce processus en série ininterrompue n'est rien d'autre
qu'Asvini Mudra.
Rythme :
3 secondes de contrac on suivies de 3 secondes de relâchement.
Séries :
commencer par des séries de 5, puis augmenter progressivement le nombre.
Posi on :
Excep onnellement nous plaçons la descrip on de la posi on après la descrip on technique de l'exercice. En fait, Asvini Mudra peut se pra quer dans n'importe quelle posi on. Toutefois pour l'appren ssage et pour pra quer Asvini en tant qu'exercice séparé, certaines a tudes sont recommandées.
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