Pranayama
Chapitre 37
Koshas et chakras
Pour saisir le sens profond du prânayâma et ses dimensions qui débordent le cadre purement physiologique et corporel, il est indispensable d'avoir assimilé certains concepts fondamentaux de la pensée de l'Inde. Que le lecteur occidental se rassure, rien ne heurtera ses concep ons philosophiques et religieuses ! Qu'il nous excuse d'u liser un vocabulaire sanscrit, car ces mots n'ont aucun correspondant exact dans nos langues romanes ou germaniques, bien que celles-ci soient dérivées de la même souche sanscrite.
La concep on indienne de la structure d'un être humain est très élaborée, mais nous nous efforcerons d'être aussi "panoramique" que possible, c'est-à-dire de dégager les grandes lignes et d'abandonner les détails aux spécialistes... ou de les réserver à une étude future !
Depuis des millénaires, en effet, les sages et les penseurs de l'Inde se sont posé la ques on : "Qui suis-je ? " "Que suis-je ? ". À défaut de vérité révélée comme les Évangiles et l'Ancien Testament, ils ont cherché la réponse en eux-mêmes par l'introspec on et l'observa on. Pénétrant peu à peu des couches de plus en plus profondes de leur corps et de leur psychisme, ils se sont approchés de leur être profond. Ils ont disséqué et iden fié les divers cons tuants de leur être et leur empirisme millénaire à une valeur ines mable, non seulement du point de vue théorique mais aussi en vue d'applica ons pra ques. Nous ne tenterons pas de recons tuer, ni même d'esquisser le lent cheminement qui les a conduits à élaborer leur système psycho-biophysique, nous préférons en aborder d'emblée les grands thèmes.
Scion les penseurs et les rishis de l'Inde, l'être humain se compose de stra fica ons allant de l'état d'être le plus sub l à sa manifesta on la plus dense, le corps visible. Chaque stra fica on se nomme une "kosha", terme que, pour la facilité mnémotechnique, nous serions tenté de traduire par "couches", si ce mot n'impliquait l'idée de sépara on des divers cons tuants, idée étrangère à la pensée de l'Inde, qui considère l'être humain comme un tout insécable et indissociable. Réfléchissons un instant, voulez-vous.
En tant qu'être humain, nous disposons "d'abord" d'un corps matériel, visible, pondérable, cons tué de molécules et d'atomes iden fiables. Mais à la différence des molécules et des atomes de l'univers non organique, ces par cules matérielles sont structurées en une forme corporelle animée elle-même d'une mystérieuse énergie vitale, qui les soustrait jusqu'à la mort à l'entropie. Nous percevons, nous pensons, nous aimons, nous souffrons, nous marchons, nous mangeons, mais surtout... nous changeons. Rappelons une fois de plus que nous ne sommes jamais exactement deux fois iden ques à nous-mêmes, ni du point de vue de la composi on matérielle, ni même du point de vue mental. Et cet ensemble dit : "moi-je".
Voyons comment les Indiens conçoivent ce complexe biophysique. Certes, il s'agit d'un "individu", d'un centre de vie séparé, du moins en apparence, des autres "individus" de même espèce ou non. Mais où se situe la source ? Pour les penseurs indiens, les couches les plus denses rent leur origine des stra fica ons les plus sub les, celles-ci étant causales par rapport aux autres. La démarche indienne va en quelque sorte à l'opposé de celle de notre science : elle regarde dans la lune e par le bout opposé ! Ainsi, pour notre science occidentale, la conscience se localise indubitablement dans le cerveau, elle est considérée comme un épiphénomène de l'ac vité cor cale. Pour les yogis et les penseurs indiens, au contraire, notre cerveau n'est que l'instrument de notre psychisme et se trouverait dans notre mental plutôt que l'inverse.
Pour le penseur indien, c'est le psychisme qui fabrique et u lise le cerveau ! Et le cerveau est dans le psychisme ! Absurde ? Paradoxal ? Peut-être. Mais avant de nous prononcer, songeons que pour le sauvage qui se trouverait pour la première fois en présence d'un poste de radio, il ne ferait aucun doute que "ce qui parle" se trouve bien "dans" le poste. Pour nous, c'est le poste de radio qui se trouve dans l'onde, le poste de radio n'étant que l'instrument de manifesta on de l'onde !
Pour les penseurs indiens, notre couche causale, notre "kosha" la plus profonde, source de toutes les autres, c'est Anandamaya Kosha.
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