Pranayama

Andre Van Lysebeth · Chapitre 48 sur 145

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Pranayama

Chapitre 14

 

Comment bloquer le souffle ?

 

Les réten ons de souffle s mulent la respira on cellulaire, intensifient la produc on de bioénergie et les échanges prâniques dans tout le corps, tout en agissant puissamment sur le système neurovégéta f. Ces bénéfices s'acquièrent sans danger, à condi on toutefois de respecter les règles suivantes :

a) Pra quer régulièrement les âsanas classiques (par exemple, celles

décrites dans "J'apprends le Yoga") afin de maintenir la colonne vertébrale flexible sur toute sa longueur. Ce n'est pas sans raison que les anciens traités (notamment l'Asthanga Yoga de Patanjali) men onnent les âsanas comme stade précédant le prânayâma. Les âsanas ac vent la circula on sanguine dans tout le corps, ouvrent les capillaires et perme ent au prâna dégagé lors des réten ons de souffle, de se répar r harmonieusement dans tout l'organisme, et de le dynamiser sans "court circuits".

Dans un corps non assoupli par les âsanas (caractérisé principalement par une colonne vertébrale rigide), les réten ons de souffle prolongées peuvent provoquer des dérèglements pra ques, sans gravité d'ailleurs, puisqu'il suffit de renoncer aux exercices de prânayâma pour que tout rentre bientôt dans l'ordre. Il est recommandé de placer les exercices de prânayâma comportant des réten ons de souffle de plus de 40 secondes après la séance d'âsanas.

b) Pendant la pra que du prânayâma avec kumbhaka, la colonne vertébrale doit être aussi rec ligne et ver cale que possible. Le bassin doit cependant être légèrement incliné vers l'avant. Il ne faut pas le pra quer en posi on couchée.

c) Pendant la réten on du souffle, il faut effectuer Mula Bandha (cf.

chapitre 35), c'est-à-dire contracter et relever l'anus, ce qui influence tout le périnée. Il faut se représenter la colonne vertébrale comme une pile de

pièces de monnaie percées d'un trou central[24], au centre duquel est suspendu un fil. Les vertèbres sont ces pièces de monnaie ; le fil, la moelle épinière. Comme d'importants courants prâniques vont parcourir la moelle, que vous en soyez conscient ou non, elle doit "pendre" librement dans le rachis.

d) Il faut être à jeun. Si les exercices de respira on volontaire et ralen e, sans réten on de souffle, peuvent se pra quer à n'importe quel moment de la journée, il n'en va pas de même pour le prânayâma avec Kurnbhaka. Le temps qui doit s'écouler entre le dernier repas et la séance de prânayâma varie, bien entendu, selon l'importance et la nature du repas, et selon les par cularités individuelles. Certaines personnes digèrent vite, d'autres ont une diges on lente, notamment les sympathicotoniques à qui cependant ces exercices font le plus grand bien. Si le prânayâma se pra que après les âsanas, il n'y a aucun problème, puisque l'estomac doit être vide pour celles-ci aussi. À tre indica f, ce temps peut varier d'une heure et demie à cinq heures ! De toute façon, il n'y a pas de conséquences graves à redouter, si ce n'est une gêne diges ve passagère.

e) Progressivité dans l'entraînement. Nous tenons à insister plus par culièrement sur ce point, car il est rela vement facile de bloquer le souffle, et ce e facilité peut amener des personnes non préparées par les âsanas à pra quer les réten ons à tort et à travers. Il peut en résulter une euphorie qui persiste après les exercices. Ce e sensa on agréable peut conduire à augmenter la durée et la fréquence des réten ons. Il en résulte parfois une fièvre qui effraie ses vic mes. Personnellement, j'ai connu un cas très significa f. Il s'agissait d’un jeune homme à qui de graves malforma ons de la colonne (gibbosité) interdisaient la pra que des âsanas. Passionné de yoga, il pra quait surtout la concentra on mentale et la médita on, à raison d'une heure par jour. Dans un livre il découvrit des exercices de prânayâma avec réten on de souffle, qu'il mit aussitôt en applica on, à forte dose, dès le premier jour. Il en ressen t une sensa on d'euphorie extraordinaire... mais le lendemain, il avait 39 degrés de fièvre ! Il me fit téléphoner pour me demander conseil, se doutant bien que la fièvre était due au prânayâma. Je ne pus l'aider qu'en le rassurant : la cessa on des exercices entraînerait la dispari on de la fièvre. C'est ce qui se passa. L'état de sa colonne ne perme ait pas une répar on correcte

du prâna, et était à l'origine de sa mésaventure.

Une sensa on de chaleur est normale, nous l'avons vu, mais elle ne peut pas se prolonger durant des heures ; elle doit disparaître assez vite après la fin de la séance. Une telle poussée de fièvre ne prête pas à conséquence grave : elle cons tue un aver ssement, un coup de semonce. Souvent les vic mes de ces inconvénients spectaculaires mais assez anodins en sont effrayées au point qu'elles n'osent plus s'aventurer dans les réten ons ! Une pra que très progressive en durée et en nombre permet d'éviter ces inconvénients.

f) Quelle est l'erreur la plus courante que comme ent les débutants non aver s lorsqu'ils veulent retenir leur souffle ? Tout simplement celle de se "gonfler à bloc", car ils supposent qu'en enfermant un maximum d'air dans les poumons, ils pourront "tenir" plus longtemps. Or ce n'est pas la dernière inspira on qui est décisive pour la durée de la réten on, car l'oxygène de l'air enfermé dans les poumons représente peu de chose en comparaison de l'oxygène véhiculé par le sang, dont la satura on dépend des respira ons précédentes. Il faut donc faire précéder les réten ons de souffle par des respira ons complètes lentes et profondes, à moins de pra quer les exercices d'hyperven la on des poumons tels Kapâlabhâ et Bhastrika (cf. ch. 25, 27). Ces exercices d'hyper-pnée -donc d'hyperven la on pulmonaire-, entraînent une expulsion massive de CO2 et de ce fait DOIVENT obligatoirement être suivis d'une réten on du souffle, afin de rétablir à son niveau normal le taux de CO2 dans le sang. Il est erroné de croire que le CO2 soit nocif par lui-même : sa présence en quan té bien définie est indispensable à l'équilibre chimique du sang, dont il forme un élément capital. Pour bloquer correctement le souffle, il faut d'abord effectuer un minimum de 5 respira ons yogiques profondes et complètes, sans amplifier la dernière, puis bloquer le souffle sans à-coup. Vers la fin, l'inspira on se ralen t pour se transformer insensiblement en arrêt total du souffle. Pendant la réten on, plus encore que pendant les exercices de respira on profonde, il faut concentrer toute son a en on sur ce qui se passe dans le corps, notamment dans le thorax, et écouter les ba ements du cœur.

g) Pendant la réten on tout se passe pour le mieux si, après peu de secondes, le cœur ralen t ses pulsa ons et se met à ba re avec calme et puissance. Puis survient la conscience de la circula on sanguine sous forme d'une pulsa on qui semble ébranler rythmiquement tout le thorax. Si cela se produit, c'est parfait : ces réac ons sont normales. Après un temps très variables selon les possibilités de chaque adepte, l'organisme réclame de l'air. Le débutant ne devra pas résister trop longtemps à ce e envie et laisser l'expira on se déclencher d'elle-même presque insensiblement. Certains yogis conseillent d'inspirer quelques cm³ d'air frais fout juste avant d'entamer l'expira on, pour faciliter le contrôle de l'expira on.

h) L'expira on doit être lente, con nue, complète. Elle doit se terminer par l'expulsion forcée des derniers restes d'air grâce à une contrac on des muscles intercostaux et des abdominaux. À la fin de l'expira on forcée, retenir le souffle durant deux ou trois secondes, puis laisser l'inspira on démarrer insensiblement. Éviter de bloquer brutalement le souffle ou de le relâcher soudainement. Il faut se ménager une transi on insensible : pas d'expulsions ni d'arrêts brutaux et saccadés de l'air retenu.

Vous avez dépassé vos possibilités si vous n'êtes pas capable de contrôler l'expira on, c'est-à-dire si vous bloquez le souffle jusqu'à ce que vous vous sen ez prêt à éclater et si vous devez vous hâter de vider les poumons pour reprendre au plus vite de l'air frais ! Il faut contrôler toutes les phases, y compris l'expira on et l'inspira on subséquente. Si une réten on prolongée au-delà des limites vous a obligé à inspirer trop vite après une expira on hâ ve, ne vous faites pas de souci : c'est sans conséquence, mais cela vous indique que vous devez revenir en arrière et réduire le temps de réten on. Au début, vous ne pouvez pas aller jusqu'à une gêne notable. Avec de l'entraînement, vous pourrez pousser les réten ons jusqu'à une certaine lu e entre votre souffle et vous. Progressivement, la pra que de la réten on de souffle peut être poussée jusqu'à la sensa on de fa gue, mais non de suffoca on, et jusqu'à un début de transpira on -disons plutôt de moiteur.

À ce moment une vibra on très par culière se produit dans l'organisme :

"L'adepte devrait pra quer Kumbhaka jusqu’à ce qu’'il sente que Prâna

pénètre le corps tout en er, du sommet de la tête aux orteils. Alors il

devra exhaler lentement par la narine droite" (Hatha Yoga Pradikipa, II.

49).

Il est bon d'exécuter des séries de 5 ou 6 prânayâmas avec réten on de souffle, puis de se reposer durant quelques minutes avant de recommencer un nouveau cycle de 5 ou 6 prânayâmas avec réten on. L'on sera surpris de constater que la réten on du souffle s'effectue beaucoup plus facilement pendant la seconde série que pendant la première.

En effet, les réten ons de souffle s mulent puissamment la rate qui se contracte et chasse dans le circuit sanguin des quan tés importantes de globules rouges. Après quelques respira ons profondes, ce sang enrichi tant en globules rouges qu'en oxygène permet de tenir beaucoup plus longtemps et avec une facilité accrue.

Ne travaillez pas au chronomètre, ce e propension trop occidentale conduit à la poursuite de la "performance", ce qui est contraire non seulement à l'esprit du yoga mais surtout à l'intérêt de l'adepte, car cela l'incite à dépasser ses limites avec tous les dangers que cela comporte. Un contrôle occasionnel, à tre indica f, est admissible.

 

À noter

Lorsque vous pra querez des exercices de prânayâma avec des réten ons de souffle de plus de 10 secondes, il sera indispensable de les accompagner de Jalandhara Bandha.

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