Pranayama
Chapitre 19
Le contrôle de la sangle abdominale
En dépit de leur mul plicité, les âsanas s'appuient en fait sur un nombre restreint de principes de base : l'immobilité, le contrôle du souffle, l'absence d'effort, l’é rement des muscles et la concentra on mentale. Ignorer ou méconnaître, ne fût-ce qu'un seul de ces éléments, altérerait l'efficacité des postures. Il en va de même pour le prânayâma et la respira on yogique, dont un pilier est cons tué par le comportement ACTIF de la sangle abdominale, qui influence le déroulement du processus respiratoire et condi onne son efficacité. Le contrôle de la sangle abdominale permet au yogi de modifier à volonté la pression dans l'abdomen et dans le thorax, ce qui entraîne d'importantes répercussions.
Aussi faut-il regre er -pour ne pas dire plus !- que l'adepte occidental soit laissé dans l'ignorance totale à ce sujet. En Occident, nous connaissons bien la technique de la respira on yogique complète, mais les instruc ons précises et complètes quant au rôle éminemment ACTIF de la paroi abdominale font pra quement défaut.
Or elles sont d'autant plus nécessaires que les techniques yogiques du prânayâma diffèrent de nos concep ons occidentales selon lesquelles la sangle abdominale doit rester passive et relaxée pendant tout l'acte respiratoire. En cédant sans résistance à la pression que le diaphragme exerce sur les viscères, la sangle permet la respira on abdominale, ainsi nommée d'ailleurs parce qu'elle s'accompagne d'une dilata on de l'abdomen.
Comment en est-on arrivé en Occident à prôner la respira on abdominale avec sangle relâchée ? J'ai l'impression que c'est une réac on contre la technique gymnique de la respira on, presque exclusivement costale. Les deux croquis ci-dessous extraits d'un ouvrage consacré à la rééduca on respiratoire, sont révélateurs.
Les croquis ci-dessus nous montrent qu'on s'est contenté de subs tuer une respira on uniquement diaphragma que à la respira on thoracique pure. C'est un progrès, sans aucun doute, mais c'est insuffisant.
L'auteur, dont je ne citerai pas le nom, réprouve ajuste tre la respira on "gymnique", qui escamote purement et simplement la respira on abdominale ; il la remplace par la respira on abdominale. Celle-ci cons tue sans doute un progrès par rapport à la respira on des gymnastes, car elle permet une inspira on plus ample et plus aisée. Toutefois, dans la pra que du prânayâma, elle présente une série d'inconvénients.
Sous l'influence de tels ouvrages et faute de direc ves précises, ce e concep on du rôle de la sangle abdominale s'est même étendue à bon nombre d'adeptes du yoga, qui s'imaginent que pendant la phase abdominale de la respira on, il faut détendre la sangle abdominale et ballonner le ventre pendant l'inspira on. Ce sont surtout les hommes qui respirent ainsi, car chez les femmes la coque erie (la "ligne" !) les en prévient : elles sont très ré centes quand il s'agit de relaxer la sangle abdominale, de crainte d'avoir du ventre. C'est sans ironie. Madame, que j'ai mis 'Ma ligne" entre guillemets, car le souci de votre esthé que vous
ent plus près de la vérité que ces Messieurs qui laissent la sangle se
distendre.
À ce propos, peut-être serait-il opportun de remplacer la dénomina on "phase abdominale" par celle de "phase diaphragma que" !
Certes, la phase diaphragma que de la respira on yogique est la plus importante ; cependant, il est non seulement possible, mais même indispensable de l'exécuter en contrôlant la sangle abdominale. Le prânayâma sans contrôle ac f de la sangle abdominale est un non-sens, et nous allons en étudier ensemble le "pourquoi" et le "comment".
Pour comprendre ce qui se passe mécaniquement, comparons le tronc à un cylindre compar menté, rigide à l'étage thoracique, déformable à l'étage abdominal, ce e déformabilité dépendant étroitement du tonus de la sangle abdominale. La sangle étant déformable et contrôlable par la volonté, son comportement se répercute sur tous les processus respiratoires. Dans ce cylindre, imaginez un piston qui se déplace de haut en bas : le diaphragme.
Il est d'ailleurs surprenant de constater à quel point l'existence même du diaphragme est ignorée, et parmi les personnes qui savent qu'elles en possèdent un, bien rares sont celles qui se rendent compte de sa forme exacte, de sa posi on et de l'ampleur de ses mouvements. Si nous en croyons le Docteur A. Salmanoff, même une par e du corps médical en sous-es me l'importance :
"C'est une histoire à la fois drôle et bien triste que celle de la
physiopathologie du diaphragme. Certes, la clinique connaît bien la
pleurésie diaphragma que, les paralysies diaphragma ques, les abcès
sous phréniques. Un muscle sans grande importance qui joue un grand
rôle dans la respira on, c'est ainsi qu'il est évoqué en passant... "
"Le rôle physiopathologique du diaphragme dans l'évolu on des
maladies chroniques est complètement ignoré et négligé dans la
li érature médicale... "
"Regardons de près le diaphragme et essayons défaire un bilan de son
ac vité vis-à-vis des diverses fonc ons de l'organisme. Le diaphragme,
dans un organisme sain, fait 18 excursions par minute ; il se déplace de
4 cen mètres vers le haut et de 4 cen mètres vers le bas. L'amplitude
des mouvements du diaphragme est en moyenne de 8 cen mètres. 18
excursions par minute, donc 1.000 par heure et 24.000 par 24 heures !
Pensez un peu maintenant au travail fourni par ce muscle d'une
surface respectable, le plus puissant de notre corps, qui s'abaisse
comme une pompe refoulante parfaite, comprimant le foie, la rate,
l'intes n, ranimant toute la circula on portale et abdominale.
En comprimant tous tes vaisseaux sanguins et lympha ques de
l'abdomen, le diaphragme propulse la circula on veineuse de
l'abdomen vers le thorax ; c'est le deuxième cœur veineux. Le nombre
des mouvements du diaphragme par minute est le quart de celui des
mouvements du cœur. Mais son effort hémodynamique est beaucoup
plus fort que celui des contrac ons cardiaques, parce que la surface de
la pompe refoulante est beaucoup plus grande et qu'elle donne une
propulsion plus importante que celle du cœur.
Il su t de se représenter une fois la surface du diaphragme pour
accepter le fait que dans ce muscle, nous possédons au moins un
deuxième cœur et peut-être un peu plus.
Que les physiologistes de laboratoire commencent à établir le vrai
bilan du débit sanguin diaphragma que parallèlement au débit
cardiaque, ainsi que le rôle du diaphragme pour la "vidange" des lacs
sanguins du foie et de la rate qui peuvent, dans certaines condi ons, et
par exemple pendant la saison froide, retenir de 30 à 50 pour cent du
volume du sang circulant ; et le rôle de la pompe diaphragma que
dans la propulsion de la lymphe vers le canal thoracique ; et le rôle du
diaphragme dans la compression systéma que (24.000 fois par jour)
des villosités intes nales -le seul siège du métabolisme général- où se
produit la mystérieuse transforma on des substances nutri ves
assimilables des nées aux ssus et aux cellules.
Le diaphragme est un bon et brave moulin pour la nutri on de
l'organisme.
En comprimant systéma quement le foie, le diaphragme facilite et
dirige même peut-être le flux de la bile, garan t la circula on sanguine
du foie et agit indirectement sur toutes les fonc ons du foie : fonc on
glycogénique, fonc on uricopoïé que, fonc on an toxique, fonc on
lipopexique, fonc on protéopexique, etc. Si l'on ne veut pas oublier le
rôle du diaphragme dans toute la physiologie hépa que, on
comprendra aisément la valeur toute rela ve que peuvent avoir les
diverses explora ons fonc onnelles du foie, parce que l'on accepte
malheureusement comme tests décisifs, des résultats d'épreuves faites
sur un foie isolé -et un foie isolé n'existe seulement que dans les
fantaisies des hommes de laboratoire.
En améliorant la fonc on du diaphragme, on améliorera toujours les
fonc ons du foie, même malgré la présence de tests catastrophiques. "
Nous allons voir que le diaphragme ne peut pleinement jouer son rôle que si la respira on diaphragma que s'effectue avec la sangle abdominale contrôlée.
Examinons d'abord ce qui se passe quand la phase diaphragma que s'effectue avec la sangle abdominale relaxée, puis comparons avec ce qui se produit lorsqu'elle est contrôlée. Les dessins ci-dessous illustrent ce e différence.
A. Situa on en fin d'expira on sans contrôle de la sangle.
Le diaphragme est en posi on haute, les muscles de l'abdomen se sont contentés de suivre l'expira on et de contenir la masse viscérale ; il n'y a pas eu d'expira on forcée. La cavité abdominale est devenue ovoïde. La sangle abdominale n'étant pas tendue, les viscères ne sont pas soumis à une compression notable.
B. Situa on en fin d'inspira on sans contrôle de la sangle. Après une inspira on diaphragma que sans contrôle de la sangle abdominale, le diaphragme s'est abaissé, le bas des poumons s'est correctement rempli d'air. L'objec f est a eint : aspirer un volume d'air maximum dans le bas des poumons, par la descente et l'apla ssement du diaphragme. Remarquons déjà que la cavité abdominale, ovoïde au départ, s'est déformée en ballon apla (d'où l'expression "ventre ballonné"), mais que son volume n'a pra quement pas varié : les organes se sont simplement déplacés vers le bas et vers l'avant.
À la longue, il peut en résulter une déforma on permanente de la paroi abdominale et du ventre. La respira on devient de plus en plus abdominale, ce qui présente les inconvénients que nous décrirons en détail dans ce chapitre. Les organes, gorgés d'une quan té anormale de sang, se conges onnent, la circula on sanguine s'y ralen t, les processus biologiques y sont freinés. Ce e façon de respirer, déconseillée en temps ordinaire, est inadmissible dans le prânayâma, car outre ses autres désavantages, elle compromet la respira on thoracique et claviculaire.
Les deux dessins suivants illustrent la façon correcte de respirer, c’est-à-dire avec la sangle contrôlée.
C. Expira on complète avec sangle abdominale contrôlée. En fin d’expira on, la sangle abdominale contractée (elle n’a d’ailleurs pas été relâchée pendant l‘inspira on) repousse les viscères abdominaux vers l’arrière et vers le haut, aide l’ascension du piston diaphragma que et favorise ainsi l’expulsion du maximum d’air résiduel. Ce e ac on de la sangla augmente la pression intra-abdominale et intra thoracique. Les organes-éponges comprimés, dégorgés de l’excès de sang, reprennent leur forme et leur volume normal.
D. Inspira on yogique AVEC contrôle de la sangle. Pendant l'inspira on, le diaphragme-piston est descendu progressivement ; en fin d'inspira on, il se trouve aussi bas que dans la respira on sans contrôle de la sangle (dessin B). Il n'y a donc pas de déficit dans le volume d'air inspiré, bien que, pendant l'abaissement du diaphragme, la sangle ait résisté avec une vigueur élas que, au lieu de céder mollement à la masse viscérale refoulée par le diaphragme.
Sous l'ombilic, la sangle demeure toujours contractée (mais non contracturée !). Au-dessus du nombril, elle cède un peu, sans cesser de contrôler et de contenir la poussée des organes. Donc, dans les posi ons C et D le volume de la cavité abdominale est plus réduit qu'en A et B. Le ventre n'est pas déformé : CE VOLUME (C et D) EST LE VOLUME IDÉAL. Vu leur nature spongieuse, dès qu'ils se dégorgent, les organes retrouvent leur forme et leur volume normaux. De plus, l'antagonisme (indiqué par les flèches) entre la poussée du diaphragme et la résistance de la sangle accroît la pression intra-abdominale, ce qui masse et tonifie vigoureusement les viscères. Toutes les fonc ons sont s mulées physiologiquement et une intensifica on de tous les processus vitaux en résulte. De plus, seule une inspira on abdominale avec sangle contrôlée permet à la phase thoracique et à la phase claviculaire ou mitrale de s'effectuer correctement.
Les trois phases de la respira on yogique complète ne peuvent donc s'accomplir parfaitement qu'appuyées sur le contrôle constant de la sangle. A for ori, seule ce e façon de respirer confère au prânayâma tous ses effets et toute sa significa on. L'inspira on diaphragma que avec sangle contrôlée équilibre les phases abdominale et thoracique.
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