Pranayama
Le pranayama …
Principes et pra que
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La longueur du souffle
À chacune de nos ac vités correspond un type de respira on qui lui est propre. Il n'est pas nécessaire d'être yogi pour savoir qu'en courant nous respirons autrement qu'assis dans un fauteuil, que notre rythme respiratoire de veille diffère de celui qui s'établit pendant le sommeil.
Toutefois les yogis ont observé cela de plus près et ils ont discerné des corréla ons sub les entre le souffle et toutes les ac vités humaines, non seulement physiques mais aussi intellectuelles et émo ves, ce terme étant pris au sens le plus large. L'homme en colère respire autrement que l'anxieux ; la respira on de l'homme heureux et épanoui est très différente de celle du névrosé. Pour les yogis, il suffit d'observer a en vement comment une personne respire pour connaître son état physique et psychique.
Les Rishis de l'Inde ancienne ont étudié les modalités du souffle : longueur, rythme, durée, amplitude, centre de gravité, etc. C'est la longueur du souffle qui va nous intéresser maintenant. Comment se mesure-t-elle ? La méthode la plus simple consiste à humecter la paume et à la placer, tournée vers le haut, sous les narines. Pendant l'expira on, vous percevrez le courant d'air projeté sur la paume et l'évapora on de l'humidité produira une sensa on de fraîcheur. Éloignez lentement la paume jusqu'à ce que vous ne sen ez plus le courant d'air. En mesurant la distance à laquelle la paume se trouve de vos narines, vous obtenez la longueur approxima ve de votre souffle. Une plus grande précision s'ob ent à l'aide d'un flocon de coton suspendu à un fil de soie, tenu devant les narines et éloigné progressivement jusqu'à ce qu'il reste immobile.
Les yogis ont mesuré ainsi les "longueurs" moyennes du souffle, exprimées
en "doigts" [19], pour les ac vités humaines les plus variées, allant de la course à pied au samadhi. Dans la Gheranda Samhita, un des traités classiques du yoga, le Rishi Gherand dit (versets 84-96) :
"Le corps mesure 96 doigts (1 m 80 environ). Le courant d'air émis
normalement à l'expira on est de 12 doigts (ce qui correspond à neuf
pouces anglais, soit une vingtaine de cen mètres) ; si l'on chante, sa
longueur passe à 16 doigts ; si l'on marche, elle a 24 doigts ; pendant
le sommeil, 30 doigts ; pendant l'acte sexuel, 36 ; pendant l'exercice
physique intense, plus encore. "
En raccourcissant progressivement la longueur naturelle du courant d'air expiré, on augmente la vitalité, tandis que l'allongement du souffle réduit la vitalité. En outre, les Rishis ont observé que plus le mental est absorbé, concentré, plus le souffle est court ; dans l'état de samadhi, il devient impercep ble.
Pour parvenir à l'état de concentra on maximum, le yoga nous recommande de devenir conscient du souffle et de réduire progressivement sa longueur.
En pra que, asseyez-vous dans votre pose favorite, la colonne vertébrale droite et ver cale, la tête en équilibre. Relaxez-vous et immobilisez-vous comme une statue. Prenez conscience du souffle ; seconde par seconde, sans distrac on, suivez son entrée et son expulsion. Pendant l'inspira on -qui doit être complète et profonde-, sentez l'air pénétrer dans les narines, dans le larynx nasal, dans la gorge, vers les bronches, le plus loin que vous pourrez. À l'expira on, freinez le courant d'air qui sort des narines, raccourcissez la longueur du souffle. La respira on doit devenir de plus en plus silencieuse et douce, de plus en plus lente, tout en restant profonde. Qu'aucune saccade ne heurte ni l'expira on, ni l'inspira on. C'est dans ces condi ons que les échanges gazeux et prâniques s'effectuent dans les meilleures condi ons.
La concentra on est l'élément essen el ; ne laissez pas vos soucis vous distraire ! Vous objecterez avec raison que c'est difficile.
Ayez recours à la répé on d'un mantra. Pour l'Occidental, je recommande
le prânava, c'est-à-dire la répé on mentale, silencieuse du OM. Vous
pouvez d'abord l'éme re cinq fois d'une façon audible, en faisant vibrer le "O..." dans le thorax et la gorge (la moi é du temps de l'expira on) et le
"m..." dans le crâne[20], en decrescendo jusqu'à ce qu'il se "sub lise" c'est-à-dire qu'il soit répété mentalement. Le "OM" mental a des effets psychiques et prâniques plus intenses que le "OM" émis à haute voix.
Poursuivez ainsi pendant quelque temps le raccourcissement du souffle. Parfaitement concentré, laissez votre mental s'absorber de plus en plus dans la prononcia on mentale du "OM" ; laissez le souffle, le "OM" et le mental se confondre, se mêler, s'unifier. Ne placez aucun temps d'arrêt notable entre l'inspir et l'expir, sauf peut-être une légère césure d'une seconde environ.
Si vous prolongez l'exercice, une somnolence peut se manifester. Vous pourriez vous assoupir, ce qui cons tue un "incident technique" sans conséquence mais à éviter. Un des buts de l'exercice est de provoquer un affleurement contrôlé de l'inconscient. En fait, il faut passer à un état de sommeil apparent, mais insensiblement, sans solu on de con nuité dans la conscience.
Parfois apparaissent alors des couleurs, des tourbillons de lumière. Que cela ne vous surprenne ni ne vous inquiète : ces phosphènes résultent de l'ac vité de l'inconscient. Il ne faut ni les rechercher, ni les refuser, mais rester neutre à leur égard. Ces manifesta ons sont assez rares, mais il faut les signaler afin que les personnes chez qui ces phénomènes se produiraient ne s'en inquiètent pas !
À poumons vides, stoppez calmement le souffle et dirigez votre a en on concentrée vers la base de la colonne vertébrale, vers le sacrum. Pendant la réten on, il vous sera assez facile de focaliser votre conscience sur ce e zone. Vous pourrez y percevoir des vibra ons.
Quoi qu'il en soit, imaginez que vous dirigez vers cet endroit un courant de prâna, que vous concré sez en l'imaginant sous forme de lumière et de chaleur. Effec vement, après quelque temps de pra que, vous éprouverez ne ement une sensa on de chaleur dans ce e région, voire un picotement. Si aucune sensa on par culière n'est perçue, cela ne signifie pas que l'exercice soit sans effet : ceux-ci se produisent infailliblement. Con nuez votre pra que avec persévérance !
Pendant l'inspira on, faites remonter votre conscience le long de la colonne vertébrale ; représentez-vous que ce e chaleur se déplace de bas en haut dans l'épine dorsale. Ainsi vous guiderez le prâna -qui obéit au mental, ainsi que nous l'avons vu précédemment- le long de votre colonne vertébrale. Sauf en cas de force majeure, n'interrompez pas brusquement l'exercice. Pra quez, si possible, dans un endroit re ré où vous ne risquez pas d'être dérangé.
Le retour à l'état de conscience de veille normale s'effectue en parcourant le cycle en sens inverse, c'est-à-dire en repassant par la prononcia on intérieure du "Ô...m...", puis par son émission à haute voix, enfin par l'allongement progressif du souffle. Cet exercice est très efficace et sans danger, les réten ons de souffle à poumons vides ne présentant pas de risque. Ses effets sur le psychisme sont profonds. L'absorp on du mental conscient met l'intellect en veilleuse, et parallèlement l'intui on se développe.
Une pra que régulière de cinq minutes chaque jour, de préférence au lever et au coucher du soleil, apaisera le mental et une sérénité nouvelle illuminera votre journée ; en outre, d'importants effets prâniques se feront sen r. Le prâna libéré à la base de la colonne vertébrale et guidé le long de celle-ci vitalise les centres nerveux vitaux et les dynamise d'une façon permanente, sans choc en retour.
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