Pranayama

Andre Van Lysebeth · Chapitre 92 sur 145

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Pranayama

Chapitre 26

 

Kapâlabhâ , ses effets sur le cerveau

 

Dans le chapitre précédent consacré à Kapâlabhâ , nous avons étudié les répercussions générales de cet exercice fondamental de prânayâma.

Les répercussions ainsi décrites jus fient à elles seules, la pra que régulière de cet exercice, qui est un puissant tonique pour l'ensemble de l'organisme, car il accroît le poten el prânique de l'adepte.

Il est un point très important, qui mérite l'étude séparée que vous trouvez ci-dessous : il s'agit des effets de Kapâlabhâ , et d'ailleurs de tous les exercices de prânayâma, sur la circula on et plus par culièrement sur la circula on intracérébrale. Il est un fait bien connu de ceux qui ont étudié la physiologie, mais totalement ignoré du grand public : la respira on modifie le volume du cerveau !

Chacun se représente plus ou moins parfaitement le cerveau, mais en général on s'imagine qu'enfermé dans le crâne, il y demeure immobile, comme une noix dans sa coque. Ce e comparaison est souvent u lisée à cause de la ressemblance du cerveau avec une demi-noix. Comme une demi-noix, en effet, le cerveau se partage en deux "lobes" et sa surface présente de nombreuses circonvolu ons. Comme une noix le cerveau est enclos dans une coque, le crâne, mais c'est une noix qui palpite et bouge !

Pendant l'inspira on, alors que les poumons se gonflent d'air, le cerveau DIMINUE de volume ; à l'inverse, pendant l'expira on le cerveau AUGMENTE de volume. Et l'amplitude du mouvement est propor onnelle à celle des mouvements respiratoires. Ce mouvement est d'ailleurs légèrement percep ble aux tempes. Concentrez-vous un instant et faites une inspira on rapide et profonde ; vous percevrez une légère sensa on de dépression aux tempes.

Quoi qu'il en soit, le cerveau se comporte comme une masse spongieuse qui se réduirait et se gonflerait selon le rythme respiratoire. Et tout comme dans une éponge, tour à tour comprimée puis relâchée, ce double mouvement influence la circula on des fluides dans le cerveau, c'est-à-dire en premier lieu la circula on du sang. Si l’on pense que le cerveau est le plus grand consommateur d'oxygène du corps, on mesurera aussitôt l'importance de ce fait.

La respira on yogique complète augmente l'ampleur de ce changement de volume et favorise donc l'irriga on du cerveau. Mais Kapâlabhâ (tout comme Bhastrika) accélère encore ce flux dans d’énormes propor ons ! La respira on ordinaire fait varier le volume cérébral environ 18 fois par minute, dans les deux sens. Imaginez ce qui se passe dans Kapâlabhâ où le rythme a eint 120 expulsions par minute ! C'est un véritable massage du cerveau qui se produit !

Un massage accompagné d'une ac on de "pompage" sur la circula on artérielle, puisqu'à l'expira on le cerveau se "gonfle" de sang. À raison de 120 coups de "pompe" par minute, c'est un véritable torrent sanguin qui est injecté dans le cerveau, le rince, l'irrigue, ouvre tous les capillaires et s'en va vivifier toutes les cellules cérébrales ET celles des glandes endocrines enfermées dans le cerveau, notamment l'hypophyse et l’épiphyse, dont l'importance ne peut être sures mée. Et cela sans aucun danger, car la pression demeure toujours dans les limites physiologiques normales : il n'y a qu'une accéléra on de la circula on. Ce e ac on de Kapâlabhâ provoque un rinçage du cerveau au sens le plus li éral. Les conséquences en sont incalculables ! Le cerveau irrigué par un sang riche en oxygène bénéficie d'une s mula on naturelle, bénéfique à l'homme moderne, ce sédentaire dont la respira on est insuffisante parce que superficielle, et de Surcroît alimentée par un air souvent vicié et pollué (ne pas confondre ces deux no ons !).

Combien est logique la démarche yogique ! Les âsanas, tout en libérant toutes les ar cula ons du corps, en é rant les muscles, en libérant toutes les racines nerveuses, préparent l'organisme à accepter un supplément de prâna sans risque de "courts circuits prâniques". Les âsanas, accompagnées d'une respira on adéquate, accroissent la quan té de prâna disponible dans le corps humain et en perme ent la répar on

harmonieuse dans tout l'organisme. Puis le prânayâma y ajoute ses effets propres et augmente encore la fixa on de prâna, l'emmagasine dans les "accumulateurs" prévus (chakras) d'où il est distribué équitablement et d'une façon équilibrée à tous les organes qui en ont besoin.

Ensuite le prânayâma s mule directement le cerveau, l'organe pensant, qu'il décrasse de tout son sang veineux stagnant (ou, du moins, circulant trop lentement chez le sédentaire), tout en lui apportant un afflux de sang oxygéné frais. Grâce à Kapâlabhâ , ce e ac on a eint son apogée. Mais au fait, si nous reprenons l’étymologie de Kapâlabhâ , qui signifie li éralement "crâne luisant" ou "qui ne oie le crâne (et son contenu)", n'est-ce pas cela la significa on réelle du mot Kapâlabhâ , "ne oyage, décrassage du cerveau" qui devient lucide, éveillé, oxygéné ? Nous serions bien tenté d'accepter ce e significa on : Kapâlabhâ ne oie et purifie li éralement le cerveau !

Ainsi irrigué, rincé, s mulé, oxygéné, le cerveau se trouve préparé pour la grande aventure de l'explora on intérieure du mental. Instrument docile, lame bien affûtée, il fonc onnera avec efficience pendant la pra que de la concentra on. Car c'est bien dans cet ordre que sont disposés les huit degrés de Patanjali !

Bien lucide, le cerveau risque beaucoup moins d'être vic me de l'incident technique le plus fréquent (qui interrompt les exercices de concentra on et de médita on) : l'assoupissement ! Ajoutée à l'accéléra on de la circula on sanguine dans tout le corps, ce e s mula on du cerveau et par conséquent de tout le système nerveux central, produit ce e "vibra on" par culière du corps où chaque cellule est vivifiée, tonifiée, et vibre de vie et de dynamisme.

Massage du cerveau, massage du système nerveux dans sa totalité, voilà les effets principaux de Kapâlabhâ . Mais la modifica on du volume du cerveau agit aussi sur la circula on du liquide céphalo-rachidien.

Pour se rendre compte des effets toniques de Kapâlabhâ , il suffit, par exemple, après une journée fort chargée et fa gante, de l'effectuer pendant 3 ou 4 minutes (repos inclus) pour se sen r aussitôt défa gué et prêt à reprendre la tâche. La fa gue et ses toxines est, au sens le plus li éral, dissoute, balayée, par le sang frais affluant à grande vitesse dans le cerveau. En quelques minutes, les cellules cérébrales récupèrent leur vitalité perdue et se retrouvent fraîches et disposes ! Voilà pourquoi Kapâlabhâ agit comme un tonique cérébral pur et unique.

Dans la gymnas que et les sports, il arrive aussi que le souffle s'accélère à la suite d'un violent effort physique, mais cet effort réabsorbe presque aussitôt le supplément d'oxygène inhalé par ce e respira on accélérée et amplifiée. Dans le yoga, vu l'immobilité du corps, la dépense musculaire est minime et le bénéfice "oxygène" et "prâna" a eint son maximum. Voilà pourquoi le prânayâma repose et recharge nos ba eries, tandis que le sport nous fa gue. Ce qui n'est pas un mal, car nous avons aussi besoin de fa gue physique : c'est peut-être une des choses qui manquent le plus à l'homme moderne. Mais justement, l'homme moderne, cérébral presque pur, finit par exiger trop de son cerveau et de son système nerveux. Il a besoin d'un exercice tel que Kapâlabhâ pour compenser ce surmenage cérébral perpétuel.

Vive le sport, mais aussi Kapâlabhâ ! Et Bhastrika ! Pra quons Kapâlabhâ , et au lieu de vivre avec un cerveau encrassé par les toxines, vivons dynamiques et sereins à la fois avec un "crâne luisant", avec un cerveau bien purifié et oxygéné.

Est-il surprenant que la pra que régulière de Kapâlabhâ accroisse notre faculté de concentra on et notre mémoire, qu'elle s mule toutes nos facultés intellectuelles ? Devenons créateurs grâce à Kapâlabhâ !

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