Pranayama

Andre Van Lysebeth · Chapitre 29 sur 145

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Pranayama

Chapitre 8

 

La zone olfac ve

 

Dans ce chapitre, nous allons nous intéresser d'un peu plus près à cet organe sous-es mé, le nez, et plus par culièrement à l'odorat, dont il est le siège.

Précédemment, nous avons évoqué le rôle du nez dans l'absorp on du prâna, sans entrer dans le détail. Maintenant, il est opportun d'y revenir en abordant la ques on sous un angle différent, c'est-à-dire en partant de l'odorat. L'odorat est un sens très par culier ! Chez l'être humain il semble n'avoir qu'une importance très secondaire, surtout lorsqu'on le compare avec celui des animaux. La vie sensorielle de la fourmi, et par conséquent le contenu de son psychisme, est presque exclusivement composée de sensa ons olfac ves. Ses antennes, spécialisées dans la percep on des diverses odeurs, lui perme ent de suivre des traces ; sa route est balisée d'odeurs.

C'est à l'odeur aussi qu'elle iden fie ses amies et qu'elle repère ses ennemis, qu'elle flaire les œufs et qu'elle reconnaît son nid. Certes, le cerveau d'une fourmi est primi f, mais chez beaucoup de mammifères, dont certains nous sont fort proches, nous trouvons un odorat très développé. Vous pensez aussitôt au chien et vous avez raison : il est un animal "olfac f " !

L'importance du rôle des sensa ons olfac ves d'un animal est fonc on de la surface de percep on réservée à ce type de sensa ons. Or, la muqueuse olfac ve du chien tapisse pra quement l'en èreté du labyrinthe compliqué que cons tue le nez et en fait, sa surface déployée correspondrait presque à la moi é de la surface de son pelage ! Chez l'homme au contraire, ce e zone est minuscule : à peine la dimension d'un

mbre-poste !

Chez l'homme civilisé, le rôle de l'odorat parait s'amenuiser de plus en plus. Il semble qu'à mesure que l'homme s'intellectualise et se civilise, la vue et l'ouïe acquièrent une importance croissante au détriment des autres sens et par culièrement de l'odorat. L'importance du verbe "sen r" dans notre langue française n'en est que plus remarquable : le mot "sen r" sert aussi bien à désigner la percep on consciente d'une odeur que le fait d'éprouver des sensa ons en général. "Sen r" s'applique aux sen ments autant qu'aux sensa ons viscérales : "Je me sens bien".

Nous verrons que les centres cérébraux correspondant au sens olfac f ont des répercussions viscérales et influencent le comportement et le psychisme. Le verbe "sen r" est relié à l'intui on : "Je sens que cela va mal tourner". Ne dit-on pas de quelqu'un il a "du nez" ou "du flair" pour dire qu'il a de l'intui on, et "avoir quelqu'un dans le nez". Chez l'animal, l'odorat sert à la recherche de la proie, évente l'ennemi, et déclenche le réflexe sexuel.

L'odeur dégagée par la femelle de certains papillons a re le mâle, parfois à des kilomètres de distance ! Cela nous donne une idée de la sensibilité que peut a eindre l'odorat chez certaines espèces vivantes. Bien que l'importance du sens de l'odorat ait régressé chez l'homme, ces liens profonds con nuent d'exister et sont inscrits dans la structure même de notre cerveau. Il est indispensable d'en tenir compte dans l'étude et la pra que des techniques du prânayâma.

Au cours de l'évolu on, notre cerveau a grandi comme une ville qui s'est développée progressivement. Il y a la vieille cité qui englobe les anciens quar ers (paléocortex) et la ville neuve (néocortex). Or, les terminaisons nerveuses très sensibles qui tapissent la zone rela vement restreinte où est situé l'appareil de l'odorat dans le nez, sont en rapport direct avec la "vieille cité", les structures cérébrales héritées de nos plus lointains ancêtres. Par voie réflexe nous touchons le "cerveau viscéral", et de là, des organes tels que le cœur, les vaisseaux sanguins, la vessie, l'intes n, la vésicule biliaire, la pupille, etc. ; par d'autres connexions, nous influençons l'hypophyse et ainsi, par voie hormonale, tout le système endocrinien, notre "système nerveux chimique".

Pour respirer correctement pendant le prânayâma, il faut connaître les par cularités "aérodynamiques" de notre nez ! Le courant d'air qui pénètre dans notre nez se partage, dans chaque narine, en trois "couloirs" (voir illustra on). Dans la région olfac ve, située au sommet du dôme nasal, l'air inverse la direc on de son flux et vient alors en contact avec les zones capables de percevoir les odeurs. Dans la respira on normale, seule une infime par e du volume d'air inspiré vient frôler la zone olfac ve. Par la volonté, il est possible de diriger consciemment un courant d'air important vers les zones olfac ves sensibles. Pour fixer un maximum de prâna et accroître l'efficacité des exercices de prânayâma, il est indispensable de diriger consciemment l'air vers ces zones.

Nous connaissons déjà l'exercice où l'on inspire en imaginant que l'on hume une rose : automa quement, le flux de l'air est ralen et dirigé vers ce e zone ultrasensible. C'est ce qui se passe dans tous les exercices de prânayâma avec ralen ssement de la respira on.

Mais il est un autre moyen d'intensifier le flux de l'air, et par conséquent l'absorp on de prâna et l'efficacité du prânayâma. Que fait le chien qui flaire ? Il renifle ! Par pe tes aspira ons successives, il dirige un flux d'air chargé d'effluves, infiniment plus important vers la zone où ces odeurs sont captées par des cellules nerveuses (qui ont des terminaisons en forme de poils de brosse, ou de minuscules antennes).

Kapâlabhâ et Bhastrika ont un effet similaire. L'inversion rapide et l'augmenta on du débit respiratoire créent une turbulence accrue dans la zone stratégique et il en découle une s mula on, une tonifica on de tout le "cerveau viscéral". Toutefois, il faut freiner l'air à la glo e afin qu'il n'y soit pas projeté brutalement, et même J'y diriger consciemment ; il y produit d'ailleurs un son caractéris que. Nous comprenons encore mieux l'importance de la respira on alternée des née à s muler aussi bien la par e située dans la narine gauche (Ida) que celle de la narine droite (Pingala).

L'odorat ouvre une porte vers les couches psychiques les plus profondes et il est u le de men onner ici l'usage de certains parfums pour créer des "états d'âme". Depuis des millénaires la femme se sert de parfums pour se rendre a rante ! En Inde, les bâtonnets de bois de santal (dhoop) brûlent dans tous les temples et accompagnent nécessairement la médita on et le prânayâma.

Une des meilleures façons de s muler Ida et Pingala consiste à se servir du dhoop, ou tout simplement à pra quer la respira on alternée en humant une vraie fleur, rose ou muguet de préférence. II suffit de se concentrer sur l'odeur pour absorber en èrement le mental dans l'acte respiratoire. Ainsi l'intellect se "déconnecte", lui qui est si lié aux impressions visuelles et audi ves. C'est pourquoi il est préférable de pra quer le prânayâma avec les yeux clos, si possible dans le silence.

Il est très facile de modifier par la volonté, le partage de la circula on d'air dans les cornets du nez et d'en diriger une frac on beaucoup plus importante vers la zone olfac ve. La posi on des narines permet non seulement de mieux équilibrer le flux d'air dans les narines, mais aussi de le diriger vers la zone olfac ve, vers notre accumulateur de prâna.

Reprenons notre rose : par la volonté nous pouvons réduire son odeur en dirigeant le courant d'air vers les "couloirs" inférieurs, ou au contraire l'augmenter en l'amenant vers le sommet du dôme. Un autre facteur s'y ajoute : la concentra on mentale, en se concentrant, en s'intériorisant dans ce e zone, l'on perçoit les odeurs avec beaucoup plus de ne eté. Lorsqu'on se concentre en ce e zone, le moi conscient est en rapport direct avec elle, et des voies nouvelles de pénétra on s'ouvrent dans notre système nerveux végéta f.

Ce e façon de respirer en dirigeant l'air vers la région olfac ve peut se pra quer aussi pendant les exercices de relaxa on. Pendant la relaxa on sur le côté gauche, l'adepte se concentre dans la narine droite et y dirige un maximum d'air. Il fait de même à gauche couché sur le côté droit.

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