Pranayama

Andre Van Lysebeth · Chapitre 40 sur 145

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Pranayama

Chapitre 13

 

Kumbhaka, la réten on du souffle

 

"Tâsmin sâ svâsaprasvasayor ga viccedha prânayâma".

Prânayâma est la cessa on de l'inspira on et de l'expira on quand cela (l'Asana) est acquis.

Patanjali

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"Aphorismes sur le yoga"

 

Ce e cita on situe l'importance capitale de la réten on du souffle dans le prânayâma, au point que celui-ci en cons tue l'essence même, les autres techniques servant à la préparer et à l'encadrer. C'est aux condi ons essen elles de ce e réten on que ce long et peut-être indigeste chapitre sera consacré. S'il est un chapitre à connaître à fond, c'est bien celui-ci, car en exposant les répercussions de la réten on du souffle, il permet de l'inclure sans danger dans sa pra que personnelle afin d'en re rer d'immenses bénéfices, tant sur le plan de la santé physique que pour son dynamisme psychique. Les yogis sont capables de bloquer leur souffle durant de longues minutes (une demi-heure et plus) sans effets néfastes, bien au contraire. Ce fait pose une énigme troublante pour nos physiologistes.

Comme on s'en doute, ce n'est pas pour épater les physiologistes que les yogis réalisent ces prouesses, mais dans le but de contrôler le prâna et d'agir sur leur mental. Ces techniques sont si peu axées sur le "spectacle" que, durant des millénaires, leur existence même est restée secrète. Pour les yogis donc, le prânayâma commence (nous n'avons pas dit "s'iden fie") avec les réten ons du souffle ou du moins avec les exercices respiratoires impliquant des arrêts plus ou moins prolongés du souffle.

C'est aussi pour l'Occidental le moment de ne pas s'emballer ! Il faut se préparer sérieusement aux réten ons, et les exercices des chapitres précédents cons tuaient la base de ce e prépara on. Vu les importantes réac ons psychophysiologiques que déclenche la pra que des réten ons de souffle (Kumbhaka, en sanscrit), la prudence est de rigueur, sans doute, mais non la pusillanimité. Il est nécessaire, surtout en l'absence d'un guide qualifié, de savoir très exactement ce qui se passe quand on bloque le souffle.

Voyons d'abord les répercussions purement physiologiques de ces réten ons, en interviewant d'abord les grands champions de la spécialité, capables de retenir leur respira on pendant trente minutes et plus : nous avons nommé les phoques et les morses ! Ces animaux vont nous intéresser prodigieusement, car... en dépit des différences de forme extérieure, de mode de vie, etc., il s'agit de mammifères dont la physiologie peut se comparer à la nôtre.

Dans ce cas, comment se fait-il que, normalement, nous soyons à peine capables de retenir notre respira on de 25 à 75 secondes excepté les plongeurs entraînés, ou les pêcheurs d'épongés ou de perles qui a eignent 3 à 4 minutes, soit 10 pour cent seulement de la capacité d'un morse ? Un seul autre mammifère arrive à concurrencer le phoque : le paresseux. Nous ne visons pas ici un type bien par culier d'être humain -en voie progressive de dispari on, paraît-il-, mais bien ce mammifère édenté des forêts du Brésil, qui n'a que deux doigts à chaque main et vit suspendu aux branches, redevable de son nom à la lenteur de ses mouvements. Ceci intrigue les biologistes, suscite leur curiosité et leurs recherches à propos de ce qu'ils appellent le "réflexe de plongée". L'éléphant de mer (ou phoque à trompe) est venu à leur aide et a permis d'éclaircir quelque peu ces phénomènes. Cet animal qui peut a eindre jusqu'à 6 mètres de long et pèse une tonne, figure parmi les plus grands mammifères vivant sur notre planète. Il vit au large des côtes du Mexique ainsi qu'à la Guadeloupe. C'est là qu'une équipe de savants américains s'a aqua au problème.

Elle comprenait le célèbre physiologiste Per Scholander de la Scripps Ins tu on of Oceanography, son collègue Merrill Spencer, ainsi qu'un ingénieur, Marcos Intaglie a. En février 1964, l'expédi on se rendit donc au large de la Guadeloupe pour y capturer des éléphants de mer aux fins d'expérimenta on. Lors des expériences, les animaux capturés furent ligotés à une planche lestée, tandis qu'à l'artère de leur nageoire, des instruments étaient fixés pour perme re de contrôler leurs réac ons physiologiques. Après quoi ils furent plongés dans des bassins remplis d'eau.

L'équipe a étudié les réac ons de douzaines d'animaux, tant mâles que femelles. En faisant varier le temps de plongée forcée de 10 à 20 et jusqu'à 30 minutes, on constata tout d'abord que le réflexe ne se déclenchait pleinement qu'après quelques plongées. Selon toute apparence, disait Spencer, il fallait aux phoques un certain temps pour comprendre que l'expérience ressemblait à une vraie plongée, les instruments ont montré qu'aussitôt que le "réflexe" se déclenche (c'est-à-dire dès l'instant où le nez du phoque est plongé dans Peau), les pulsa ons cardiaques se ralen ssent brutalement. Alors qu'en dehors de l'eau leur pouls bat normalement entre 80 et 90 à la minute, il tombe aussitôt à 12 pulsa ons/minute, ce qui correspond à un" coup de frein brutal sûr la circula on pour économiser l'oxygène transporté par le sang.

Un tel ralen ssement de la circula on pourrait être néfaste au cœur et surtout au cerveau, pour lequel une priva on quelque peu prolongée d'oxygène entraîne des lésions souvent mortelles, toujours irréversibles. Les recherches ont montré que, dans l'organisme du phoque, les capillaires de la queue et des nageoires se ferment virtuellement afin de ne diriger le sang riche en oxygène que vers les organes qui en ont le plus besoin : le cœur et le cerveau.

Pour alimenter les extrémités, le phoque libère l'oxygène stocké dans ses muscles, où il dispose habituellement d’une réserve importante. Autre constata on capitale : le phoque en plongée modifie son métabolisme en décomposant par ellement les sucres pour produire de l'énergie sans entamer sa réserve limitée d'oxygène. La science occidentale étudie ce "réflexe de plongée" en vue d'applica ons chez l'homme.

De nos jours, ce ne sont plus seulement les pêcheurs de perles et d'éponges qui voient leur approvisionnement en oxygène réduit dans l'exercice de leur profession. Les équipages de sous-marins, les pilotes d'avions à réac on supersoniques et stratosphériques, les cosmonautes, dans certaines circonstances, courent le risque de voir leur approvisionnement en oxygène coupé brutalement. Si l'homme disposait, lui aussi, du réflexe de plongée, en cas d'accident il gagnerait de précieuses minutes qui peuvent alors représenter la marge entre la vie et la mort.

Or les recherches ont établi l'existence, chez l'homme, d'un réflexe de plongée rudimentaire, peut-être atrophié par non-emploi. Présent chez tout être humain, ce réflexe peut donc être amplifié par l'entraînement. Les savants demandèrent à un vieux pêcheur de perles de plonger la tête dans un seau d'eau ; aussitôt, chez lui aussi, le pouls tomba à 12 à la minute, au point que l’expérimentateur le ra par les cheveux pour lui ôter la tête de l'eau afin de savoir s'il se sentait bien ! Par contre, si le plongeur se bouchait les narines pour retenir son souffle hors de l'eau, la diminu on du nombre de pulsa ons était moins importante. Les chercheurs en ont conclu que les facteurs psychologiques jouaient un rôle important dans le déclenchement de ce réflexe puisque, même chez l'éléphant de mer, il ne fonc onnait que quand l'animal savait qu'il devait se comporter comme dans une plongée véritable.

Nous allons pour l'instant laisser les éléphants de mer plonger en paix -nous les retrouverons plus tard -, et revenir à notre, prânayâma. Première conclusion : les longues réten ons de souffle des yogis s'expliquent biologiquement. Retenons ensuite que la réten on de souffle met en ac on des mécanismes psychophysiologiques fondamentaux présents -à l'état rudimentaire- chez l'homme et suscep bles de développement par l'exercice.

À ce stade, une ques on doit être posée : "POURQUOI et COMMENT ?

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