Pranayama
Chapitre 4
Le prâna dans l'organisme
"Quand, à la lumière de la physique biologique, on considère la vie organique, on constate que les phénomènes électriques sont à la base de toute vie cellulaire et on arrive à ce e concep on que le terme de tout est une charge électrique. "
Dr. J. Belot.
L'étude des phénomènes bioélectriques, -c'est-à-dire prânique-, dont notre organisme est le siège, revêt une importance par culière quand on envisage ses applica ons pra ques, dont le but est d'accumuler et de "manipuler" le prâna, car il est indispensable de comprendre pourquoi et comment le prânayâma agit sur notre corps par l'intermédiaire de ces énergies sub les. À cet effet, nous citerons les travaux de plusieurs savants occidentaux qui étayent la thèse yogique avec la rigueur scien fique de l'Occident, et qui perme ent de saisir le mécanisme d'ac on de l'acupuncture chinoise, ce e médecine empirique à base énergé que, autrement dit prânique. Les chapitres précédents nous ont montré que la concep on yogique du prâna était confirmée par la physique moderne. Nous allons maintenant aborder un aspect du problème qui nous intéresse au plus haut point, celui du prâna dans le corps humain, et nous verrons qu'ici aussi les concep ons yogiques rejoignent l'avant-garde de la science.
Considérons d'abord la cellule, brique de l'édifice humain. Pour les yogis, dans l'immense océan prânique que cons tue l'univers matériel, tout ce qui vit, de la plus humble cellule à l'être le plus évolué, est un tourbillon organisé d'énergie. Le prâna est l'énergie de base qui anime toutes les formes de la vie. Le prâna n'est pas la ma ère dite "grossière", mais plutôt l'énergie qui l'ac onne. Le prâna accompagne la vie dès son origine, l'entre ent et la contrôle. Chaque cellule, considérée individuellement, est le siège d'importantes manifesta ons prâniques (les yogis pressentaient l'existence des cellules, les "pe tes vies") et l'organisme tout en er est contrôlé par le prâna. Voyons ces points en détail.
Le Dr. René Allendy écrit :
"Pendant longtemps, un certain scep cisme, réac on du mys cisme
des âges anciens, une tendance excessive à l'objec vité tangible,
dériva on abâtardie d'un esprit scien fique valable, ont détourné les
médecins de l'étude des impondérables. C'est pourtant au niveau de
l'infinitésimal, de l'impalpable, que les mécanismes vitaux prennent
leur origine, aussi bien pour les phénomènes normaux que pour les
manifesta ons morbides, aussi bien pour l'altéra on pathologique que
pour la guérison. Déjà, beaucoup de ces impondérables sont entrés
dans la science ; c'est dans ce e direc on que devraient se porter
avant tout les inves ga ons du médecin.
Longtemps la cellule a été considérée comme l'élément premier de la
vie, et ramener à son niveau les considéra ons médicales paraissait le
summum de la généralisa on. Ce fut l'époque de l'histologie et de
l'anatomie pathologique. Il semblait qu'il n'existait rien de vital à une
échelle plus pe te. Aujourd'hui la cellule nous apparaît au contraire
comme un organisme extrêmement complexe. "
"Il apparait que les mécanismes vitaux, en par culier l'assimila on et
la désassimila on dont l'ensemble cons tue la nutri on, sont liées à
des varia ons non plus seulement atomiques mais même
électroniques, aux extrémités des longues chaînes de valences
emboîtées de la molécule organique. Une modifica on infinitésimale
d'ions, d'atomes ou d'électrons provoque la fixa on à ce e extrémité
d'un atome nouveau (absorp on) ou, au contraire, le détachement de
la chaîne (élimina on). La molécule elle-même se main ent dans un
étal d'équilibre rela f ou de conserva on par d'incessantes varia ons
de ce genre. "C'est dans la disposi on des molécules et des atomes,
dans leur nature, dans leurs niveaux électroniques et dans leurs
quanta qu'il faut pénétrer pour essayer de découvrir le principe de ces
processus, de ce métabolisme qu'est la vie".
Ainsi s'exprime Robert Tournaire dans son ouvrage remarquable sur
‘La Naissance de la Vie’ (Paris 1938, p. 136). Autrefois médecine et
biologie voyaient dans la vie une simple réac on chimique, c'est-à-
dire, un échange tout mécanique d'atomes et de molécules. Sans
cesser d'être vraie, ce e concep on prête aujourd'hui à une
interpréta on plus fine, car on comprend maintenant que ces
échanges dépendent d'un poten el électrique, de sorte que l'essen el
du phénomène se trouve reporté de l'atome à l'électron.
En somme, la nutri on, tout comme les échanges gazeux du poumon,
est un phénomène électrique. Le professeur Pech de Montpellier
(Siècle Médical, juin-novembre 1927) définit un indice de nutri on qui
serait la différence de poten el électrique soit entre deux ssus d'un
être vivant, soit entre un ssu d'un être vivant et un corps
chimiquement défini ou non avec lequel il est en contact, soit entre un
ssu d'un être vivant et le milieu extérieur ou intérieur par rapport
auquel il se nourrit. L'indice est posi f ou néga f par rapport au ssu
de l'être vivant envisagé, l'eau de mer aurait un indice néga f pour
l'homme, mais l'eau ar ficiellement salée aurait un indice posi f.
Ainsi le problème de la nutri on passe de la chimie à la physique et se
trouve ra aché aux influences les plus sub les que nous puissions
connaître. De même, la flocula on des colloïdes à laquelle Auguste
Lumière a ribue le vieillissement et un grand nombre de maladies,
serait due au fait que les micelles perdent leur charge électrique".
Pour résumer citons le Dr. Goust :
"Dans les cellules, l'ionisa on est d'importance capitale. C'est par leur
ionisa on que les électrolytes ont une ac vité biologique. Dans
l'organisme, les ions sont les véritables ouvriers des cellules et des
ssus."
Ainsi, on peut en quelque sorte considérer chaque cellule comme une dynamo, et le corps humain dans son ensemble comme une vaste synthèse bioélectrique.
Notre première impression pourrait nous amener à supposer que seul le système nerveux serait le siège de manifesta ons électriques : ses fibres et son organisa on évoquent singulièrement nos réseaux électriques et téléphoniques, et le cerveau évoque un ordinateur chargé d'en coordonner le fonc onnement. Les phénomènes bioélectriques contrôlent tous les phénomènes vitaux, à tous les niveaux. Certes, ce sont les varia ons de poten el électrique -donc prânique- qui, se propageant le long des nerfs, cons tuent "l'influx nerveux", mais ces circula on et transmission de bioénergie ne sont pas limitées au seul système nerveux ! Fred Vlès nous a montré que notre organisme est le siège d'un véritable métabolisme de l'électricité, le corps absorbant de l'énergie cosmique, l'u lisant dans le milieu intérieur pour assurer tous les processus vitaux puis en en rejetant une par e, par une déperdi on constante d'électrons.
Men onnons ici que Wilhelm Reich a prouvé, à l'aide des appareils de mesure qu'il a mis au point, que la transmission de la bioénergie ne saurait se limiter au seul système nerveux. Il faut plutôt adme re qu'elle suit toutes les membranes et tous les fluides du corps. Ce e hypothèse vérifie la théorie de Fr. Kraus de Berlin qui trouva que le corps était "régi par des processus électriques". Le corps est cons tué d'innombrables "surfaces limites" entre les membranes et de fluides électroly ques de densité et de composi on variées. Selon une loi de physique bien connue, les tensions électriques s'établissent aux fron ères entre les fluides conducteurs et les membranes. Les différences de densité et de structure des membranes se retrouvent dans les tensions et dans les surfaces limites, et entraînent par conséquent des différences de poten el.
Ainsi notre corps se compose d'innombrables surfaces intérieures avec des poten els d'énergie différents. Dans notre organisme, l'énergie bioélectrique est en mouvement perpétuel, circulant des lieux de poten el plus élevé aux lieux de poten el moindre, à la recherche d'un équilibre jamais a eint. Ces charges électriques en processus con nuel d'égalisa on sont véhiculées par les par cules des fluides corporels, les ions, c'est-à-dire des atomes porteurs d'une charge électrique. Selon qu'ils se meuvent vers le pôle néga f ou le pôle posi f, ils sont appelés "ca ons" ou "anions".
Nous comprendrons l'importance par culière de ce e no on lorsque, dans le cours de celte étude, nous verrons (pie, selon les théories yogiques, le corps est capable d'emmagasiner ce e énergie et DE LA DIRIGER A VOLONTÉ. Toujours selon les yogis, le prâna imbibe tout le corps humain, qu'il faut considérer comme un véritable accumulateur et un transformateur, et en fin de compte, notre vitalité dépend d'une assimila on suffisante de prâna et de son u lisa on correcte. Nous aurons l'occasion de citer de nombreuses sources occidentales, ce qui nous perme ra d'asseoir solidement l'édifice des théories yogiques sur des bases scien fiques.
Écoutons d'abord le Dr. Biancini :
"En biologie, les phénomènes électriques ont une importance capitale.
Tout acte de nutri on ou de mouvement est producteur d'électricité.
Aux actes nutri fs correspondent des courants con nus appelés
courants de repos ; au fonc onnement des organes sont liés des
courants passagers appelés courants d’ac on.
Les courants de repos (par acte nutri f) proviendraient des ac ons
chimiques qui se déroulent au sein du protoplasma ; à ce point de vue,
les ssus vivants pourraient être assimilés à une infinité de piles
parcellaires.
Les courants d'ac on que l'on peut me re en évidence au niveau des
muscles, des nerfs, des glandes, des téguments, s'expliquent par les
rela ons qui unissent les phénomènes électriques et les ac ons
capillaires. Les varia ons de poten el électrique donnent naissance à
des varia ons de la tension superficielle et à des phénomènes
d'osmose, comme les varia ons de la tension superficielle et les
phénomènes d'osmose déterminent des varia ons du poten el
électrique. Or des varia ons de la tension superficielle et des
déforma ons mécaniques sont constamment réalisées dans les ssus
vivants, d'où la constante produc on d'électricité. Ces données nous
expliquent que, dans un organisme, les différences de poten el sont en
fonc on des manifesta ons vitales. Les régions les moins ac ves étant
électronéga ves par rapport aux régions les plus ac ves.
Des recherches avaient été faites, il y a déjà plusieurs années, par le
regre é Docteur Dimier, électrologue des hôpitaux, et nous, sur
l'existence et la mesure de l'électricité humaine ; un galvanomètre
ultra-sensible avait permis de percevoir ce e électricité et de constater
que les points chinois avaient une puissance par culièrement
puissante d'émission. Il avait même été possible, en reliant par un fil
de cuivre les deux points Sann-li de jambe d'un même individu, de
constater, par le bruit de l'onde dans un amplificateur, la présence d'un
courant con nu entre les deux côtés du corps.
Les nombreuses observa ons faites avaient permis de constater que,
chez les êtres en santé normale, la charge électrique a eignait une
moyenne de huit millièmes de milliampères (micro-ampères) ; le
chiffre, pour les gens fa gués, étant à peine de un ou deux micro-
ampères ; et pour les surexcités ou contractures, montant jusqu'à
quinze micro-ampères."
"Nous sommes en droit de nous demander si ce qu’on appelle la "force
vitale" ne serait pas représentée surtout par ce poten el électrique et
quand nous disons, lorsque nous nous sentons las, "mes ba eries sont
à plat" ce e expression peut être prise presque au sens li éral. La
vitalité et la santé, sans vouloir les réduire à de l'électricité, se
manifestent par la présence d'une abondante charge bioélectrique,
l'ac vité des échanges ioniques, la tension du poten el et l'harmonie
de toutes les fonc ons, c'est-à-dire que la santé dépendrait bien plus
d'une répar on et d'une diffusion harmonieuse de ces "courants"
qu'on ne le croit habituellement.
Et les chiffres de 15 micro-ampères relevés chez les gens surexcités
montrent que ceux-ci vivent réellement en "court-circuit" perpétuel et
"claquent leurs accus". Wilhelm Reich a écrit les mots suivants, lourds
de sens et de conséquences, qu'il faut méditer : "Comme départ
fondamental de l'organisme, une approche nouvelle de la
compréhension des maladies organiques s'ouvre devant nous.
Maintenant les névroses nous apparaissent dans un éclairage
totalement différent de celui des psychanalystes. Elles ne sont pas
seulement le résultat de conflits psychiques non résolus ou de fixa ons
infan les, ou plutôt ces fixa ons et ces conflits causent des troubles
fondamentaux dans l'économie bioélectrique et s'ancrent ainsi
soma quement. Voilà pourquoi nous tenons pour impossible de
séparer les processus psychiques des processus soma ques. "
Il est donc clair que l'homme qui serait capable d'emmagasiner ce e énergie bioélectrique, de la diriger et de la répar r à volonté dans son organisme posséderait la clé de la santé physique et "mentale. Ceci est d'ailleurs le premier objec f du prânayâma.
Ce qui précède permet de mieux comprendre comment l'acupuncture chinoise peut agir sur le corps. Si l'on n'avait découvert ce e produc on, celte inges on et ce e circula on d'énergie électrique dans les fluides et les ssus du corps humain ainsi que son organisa on en courants, l'ac on de l'acupuncture nous demeurerait incompréhensible.
Soulié de Morant a écrit :
"L'opinion de plusieurs électrologues est que les aiguilles
d'acupuncture produiraient une décharge électrique du corps dans
l'air. J'ai pu constater bien souvent que, sur une aiguille d'argent
plantée dans un point voulu d'un muscle contracture, un amplificateur
entendait le tacata rapide d'une onde ; dans certains cas, le doigt
pouvait en percevoir autant, et l'on sent à ce moment une véritable
décharge remonter la main et le bras et les engourdir.
Entre notre corps, chargé néga vement, et la charge généralement
posi ve de l'air s'établissent des courants de sens permanent dont
l'ac on in me est peu connue, mais qui paraissent bien déterminer
une excita on du système nerveux périphérique et central,
secondairement de tout l'organisme. Or le poten el électrique de
l'atmosphère en un même point, même par beau temps et en
l'absence de toute cause pouvant à priori les expliquer, subit des
varia ons incessantes et souvent très marquées (le quart ou le ers de
sa valeur) par culièrement le jour.
Ces varia ons accidentelles diffèrent considérablement d'un point à un
autre, même voisin. Par temps troublé, nuages orageux, pluie ou
neige, brouillard, ces varia ons sont beaucoup plus considérables et
peuvent a eindre de 3.000 à 5.000 volts[8] et passer en moins d'une
minute de milliers de volts posi fs à des valeurs néga ves de même
ordre.
Un vent fort diminue le poten el parfois jusqu’au changement de
signe. Tonifier, disperser : ce sont là des expressions qui ne disent rien
de très précis à la plupart des Européens, et qui sont au contraire très
claires pour qui connaît l'énergé que. Tonifier, c'est faire vers une
par e de l'organisme un appel d'énergie empruntée à la par e
opposée en yin-yang.
L'énergie conduisant le sang et l'animant, il y a généralement
irriga on sanguine plus énergique, trophisme accru, vitalité réveillée.
Disperser, c'est éparpiller un amas d'énergie concentrée dans une
par e d'organisme, la faire passer en général dans la par e opposée
en yin-yang ; a énuer l'excès de vitalité, l'excès de sang,
déconges onner, enlever la douleur.
Les moyens employés pour tonifier ou disperser dépendent encore du
yin-yang. Un passage du Nei Tsing (XVIIIe siècle) raconte comment,
avant la découverte du cuivre et des aiguilles fines au XXe siècle, avant
même l'emploi des poinçons de pierre, on avait remarqué que les
blessures faisaient pâlir et déprimaient ; que les brûlures excitaient
chaleur et vie. C'était de là que venait l'inven on, pour disperser,
d'abord des poinçons de pierre, puis des fines aiguilles de cuivre ; pour
tonifier, d'abord des brandons rougis au feu, puis des "tsiou" que nous
appelons moxas, d'un mot japonais (mogusa) venu à nous par les
Hollandais. À ce e époque, les aiguilles étaient censées ne pouvoir que
disperser, ou tout au moins disperser facilement ; tandis que les moxas
tonifiaient toujours, et mieux que les aiguilles.
Assez vite cependant, l'esprit observateur des Chinois nota que les
piqûres ou les brûlures faites en certains points du corps n'avaient pas
seulement une ac on générale, mais aussi une répercussion sur l'un ou
l'autre des organes. Plus tard, mais sans doute avant le XVIIIe siècle,
on constata que certains points avaient une ac on toujours tonifiante,
et d'autres une ac on toujours dispersante. Dès ce e époque presque
tous les points étaient connus. Ce fut alors qu'apparut la découverte
des "méridiens", ces lignes sur lesquelles se trouvent situés les points ;
chaque organe ayant sa série de points résonateurs et excitateurs, et
son méridien.
En même temps, il fut reconnu que ces méridiens communiquaient
entre eux par leurs extrémités. Enfin de nombreux malades avaient
signalé qu’au moment de la piqûre, ils sentaient "quelque chose"
passer tout le long du méridien, et tous indiquaient que ce quelque
chose passait toujours dans le même sens, dans le méridien traité,
pour passer de là dans le méridien lié. La circula on d'énergie était
découverte, irriguant alterna vement le yin et le yang. Les méridiens
de ce e circula on d'énergie ne suivent aucun des vecteurs connus ;
artères, nerfs, etc. Les Chinois es ment que ce e circula on est en
communica on par le haut (point Trong-t'iènn) avec l'énergie yang
cosmique et par le bas (point Traé-tsri) avec l'énergie yin de la terre.
L'organisme serait ainsi comme un accumulateur-transformateur du
yin-yang. "
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