Pranayama
Chapitre 16
Le rythme
L'élément que nous allons introduire maintenant dans nos exercices de prânayâma est capital : il s'agit du rythme et de la propor on entre les diverses phases de l'acte respiratoire. En effet, le cosmos est imprégné de rythme. La rota on de la terre sur elle-même et son "vol" orbital autour du soleil règlent l'alternance du jour et de la nuit ainsi que celle des saisons. Ces rythmes ne sont pas établis au hasard, ils découlent de la structure in me de la ma ère et de l'univers. Le rythme est une propriété fondamentale du cosmos.
Au cours de l'évolu on, toute vie terrestre, qu'elle soit végétale, animale ou humaine a été modelée par ces rythmes. Est-ce vraiment par hasard qu'une lunaison et un cycle menstruel de la femme comptent 28 jours ? Sans vouloir approfondir l'influence des rythmes cosmiques fondamentaux sur le comportement psychophysiologique de l'être humain ce qui dépasserait autant les inten ons que les besoins de notre étude, constatons que l'organisme humain est très sensible au rythme, qu'il en est pénétré. Parmi ces rythmes, celui des pulsa ons du cœur et celui de la respira on sont les plus évidents et sans doute les plus importants, bien qu'à cet égard la cytologie puisse nous réserver des surprises.
En ce qui concerne les rythmes cardiaque et respiratoire, notons tout de suite qu'ils sont étroitement solidaires. L'interdépendance de ces rythmes biologiques dérive de la cons tu on même de notre organisme. Le débit et par conséquent le rythme des pulsa ons cardiaques est déterminé et influencé à la fois par la puissance du muscle cardiaque, la viscosité du sang, le diamètre des conduits sanguins, depuis l'aorte jusqu'aux capillaires, ces conduits sanguins si ténus que les globules rouges, dont cinq millions emplissent à peine un millimètre cube, doivent s'y faufiler en file indienne selon les besoins de l'organisme.
Mis bout à bout, les capillaires s'é reraient sur environ cent mille kilomètres avec une surface développée de près de sept mille mètres carrés. Ils cons tuent la véritable surface de contact du sang et des cellules, baignant dans le liquide extracellulaire. La circula on du sang dans les capillaires garde son mystère. En effet, une loi physique bien connue et très simple permet de calculer la puissance que doit fournir une pompe pour faire circuler dans un circuit à une vitesse donnée une quan té connue d'un liquide de viscosité déterminée.
En effectuant ces calculs de "plomberie", on établit que le cœur, pour vaincre la résistance interne des capillaires à la progression du sang, devrait être des milliers de fois plus puissant qu'il ne l'est en réalité ! C'est pourquoi il est de plus en plus couramment admis que le cœur se borne à propulser le sang dans les artères et artérioles et à l'amener jusqu'aux capillaires, qui se chargent ensuite de le guider à travers leur inextricable réseau.
Ainsi donc le cœur ne serait pas le vrai moteur de la circula on sanguine dans les capillaires, pas plus que l'estomac ne pousse les aliments à travers le tube diges f : c'est l'intes n lui-même qui se charge de faire avancer le bol alimentaire par ses mouvements péristal ques. De façon analogue, les capillaires feraient progresser le sang dans leur réseau ultramicroscopique.
De même que le péristal sme intes nal est solidaire du fonc onnement de l'estomac et vice versa, le rythme des ba ements du cœur est étroitement lié au débit des capillaires, qui correspond au rythme fondamental de notre organisme. Ce e vitesse elle-même dépend des besoins de nos cellules. Le rythme cardiaque est donc l'intégrale des besoins physiologiques de notre organisme tout en er : l'homme qui court voit à la fois son rythme respiratoire et ses pulsa ons s'amplifier et s'accélérer. C'est ainsi que TOUS les rythmes biologiques de notre organisme s'intègrent et que leur harmonie l'eurythmie -, signifie "santé", tandis que leur discordance abou t à la maladie. Cet extrait de "Secrets et sagesse du corps", du Dr. Salmanoff, est significa f :
"Il y a des cas, et ils ne sont pas rares, où la mort du malade ne peut
être expliquée ni par l'évolu on des phénomènes morbides, ni par la
carence des grandes fonc ons primordiales (respira on, circula on,
élimina on), ni par une complica on grave prémortelle. Il reste une
hypothèse vraisemblable : c'est la rupture de l'eurythmie synchronisée.
En une minute, chez un sujet sain, le nombre de respira ons doit
osciller entre 16 et 20, le cœur doit se contracter entre 72 et 80 fois et
le rein filtrer N cm³ d'urine. Le dégagement de l'oxygène dans le trajet
: poumon, sang, myoglobine, acide lac que, fibrille musculaire, est
bien rythmé : 300 fois par minute.
On constate avec étonnement une propor on quan ta ve préétablie
entre le rythme et la respira on : 18 par minute, les contrac ons du
cœur : 72 fois par minute, le rythme de la dissocia on de la
myoglobine : 300 par minute.
Le nombre des respira ons par minute : 18 (R), mul plié par 4 donne
le nombre des systoles cardiaques : 72 (C) par minute ; le nombre de
systoles : 72 à 75 (C) mul plié par 4 donne le nombre de livraisons
d'oxygène aux muscles du squele e apportées par la myoglobine (M)
75 x 4 : 300. Ce e propor on pourrait être présentée comme une
formule algébrique du rythme synchronisé : R x 4 = CC x 4 - M.
Il faut une respira on pour livrer un volume d'oxygène suffisant pour
quatre contrac ons du myocarde. Il faut une contrac on du myocarde
pour livrer un volume d'oxygène aux quatre contrac ons des fibrilles
musculaires de muscles striés et lisses. Le rythme synchronisé entre le
nombre des respira ons, le nombre des systoles et le nombre des
livraisons de la myoglobine aux fibrilles musculaires est évident. Les
globules rouges sont des vecteurs, des transporteurs d'oxygène. Si
l'oxygène était simplement dissous dans le sang et non lié aux
héma es, le cœur, pour assurer la respira on des ssus, devrait ba re
à un rythme 40 fois plus rapide qu'il ne le fait.
Les recherches sur le rythme des diverses fonc ons physiologiques
pourraient donner des renseignements très intéressants. Le rythme du
péristal sme de l'estomac plein et celui de l'estomac vide, le rythme de
la sécré on du suc gastrique et du suc intes nal, le rythme de la
sécré on de la bile hépa que et vésiculaire, la durée et le rythme de
certaines réac ons du catabolisme et de t'anabolisme pourraient bien
élargir nos connaissances sur l'eurythmie synchronisée. "
Le rythme influence aussi notre endurance. Chacun sait qu'un pas rythmé permet de parcourir des distances considérables avec une fa gue réduite alors qu'un pas irrégulier et non rythmé fa gue rapidement. L'introduc on du rythme dans le travail le régularise et réduit la fa gue musculaire et intellectuelle. À travers la danse et la musique, le rythme devenu visible et vivant, influence l’émo vité, agit sur le mental lui-même. Le rythme finit par influencer l'être humain tout en er, sans qu'aucun plan ne lui soit soustrait.
Ces par cularités n'ont pas échappé aux fins observateurs que sont les yogis. Ils ont remarqué, des millénaires avant Salmanoff, que quatre ba ements du cœur correspondaient à une respira on. Par conséquent, le premier objec f des yogis en ma ère de rythme est d'établir fermement ce e synchronisa on des ba ements du cœur et de la respira on. Ils ont en outre observé qu'en modifiant délibérément ces rythmes fondamentaux, il était possible d'influencer toutes les fonc ons physiologiques et même psychologiques de l'être humain. C'est dans ce e perspec ve qu'il faut placer les exercices de respira on rythmée dont voici le premier :
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