Pranayama

Andre Van Lysebeth · Chapitre 43 sur 145

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Pranayama

Les Gradations

Les effets des réten ons sont -ainsi que les écueils- fonc on de la durée du blocage. Nous allons donc dis nguer les divers degrés de KUMBHAKA à poumons pleins, pour en discuter ensuite les effets :

 

KUMBHAKA de 3 à 20 secondes

L'effet principal de ce e catégorie de réten ons, qui est à la portée de chacun, est de perme re une meilleure u lisa on, une meilleure "diges on" de l'air inspiré. Si l'on recueille et analyse l'air expiré (respira on usuelle), on constate que seulement 6 pour cent sur les 21 pour cent d'oxygène que contenait l'air inspiré sont effec vement absorbés par l'organisme. C'est d'ailleurs le fait que l'air expiré con ent encore 14 à 15 pour cent d'oxygène qui permet au "bouche-à-bouche" de ranimer une vic me. En prolongeant le temps de contact de l'air avec la membrane pulmonaire, les échanges se font dans les meilleures condi ons : l'absorp on d'oxygène est accrue avec, parallèlement, une évacua on plus complète d'anhydride carbonique (CO2).

La respira on s'opère ainsi dans des condi ons op males. Ce e catégorie de Kumbhaka peut être pra quée à tout moment : elle ne comporte aucune contre-indica on et cons tue une prépara on indispensable au stade suivant.

 

KUMBHAKA de 20 à 90 secondes

Lorsque la réten on du souffle dépasse 20 secondes, elle déclenche des réac ons beaucoup plus marquées. Elle n'est pas dangereuse si elle s'effectue dans les condi ons que nous détaillerons dans la par e "exercices". L'Occidental ne devrait -en principe- guère aller au-delà, sauf excep ons et alors sous la direc on d'un guide qualifié.

Ces réten ons de souffle sont poussées jusqu'au moment où les mécanismes réflexes prennent le dessus sur la volonté et déclenchent l’expira on. Le souffle est bloqué jusqu'à la limite supportable, sans effort exagéré de volonté et sans réac ons violentes de l'organisme. Moyennant une progression lente et régulière appuyée sur une pra que quo dienne, ces exercices sont encore accessibles à l'Occidental moyennant quelques précau ons et... du bon sens. Il y a des contre-indica ons : cf. infra.

 

KUMBHAKA de 90 secondes à plusieurs minutes[23]

Ce e catégorie conduit le yogi jusqu'à des états précomateux contrôlés qui s'accompagnent de réac ons physiologiques très profondes pouvant aller jusqu'à une revitalisa on complète (sans doute en suscitant dans l'organisme la produc on des bios mulines découvertes par Filatov). En 1933, le professeur Filatov, membre de l'Académie de Médecine d'U.R.S.S., spécialiste de la greffe de la cornée, travaillait à la mise au point d'un procédé de conserva on de cornées par réfrigéra on.

Il fut surpris de constater que les greffons qui avaient subi une congéla on prolongée "reprenaient" mieux que les cornées fraîches. Ce fait ina endu fut le point de départ d'inves ga ons systéma ques des phénomènes qui se produisent dans les ssus vivants pendant leur congéla on d'une part, et des réac ons de l'organisme bénéficiaire de la greffe d'autre part. Ici aussi, une surprise a endait les chercheurs : ces greffons avaient une ac on s mulante, rajeunissante, sur la TOTALITÉ de l'organisme receveur de la greffe. Filatov suppose que les cellules du greffon soumis à l'ac on du froid, menacées de mort, produisaient dans leur lu e pour survivre, une substance s mulante.

Après de longues recherches, il formula sa célèbre théorie :

"Lorsqu'un ssu séparé de l'organisme est maintenu dans des

condi ons de survie défavorables, mais non mortelles, son ac vité

biochimique se modifie avec produc on de bios mulines non

spécifiques, donc capables de s muler toutes les réac ons vitales des

organismes dans lesquels ils sont greffés. "

Si un organisme tout en er se trouve dans ces "condi ons défavorables mais non mortelles", n'y a-t-il pas produc on de bios mulines sans avoir à séparer les ssus de l'organisme ? Ce e hypothèse est plausible. Il est certain qu'une interrup on dans l'apport d'oxygène crée bientôt des condi ons défavorables qui, prolongées, abou raient à l'asphyxie et enfin à la mort.

La théorie de Filatov expliquerait et rendrait plausible à nos yeux ra onalistes les affirma ons des Rishis, selon lesquelles le prânayâma poussé cons tuerait une fontaine de jouvence ! Comme on s'en doute, poussé à un tel degré, le prânayâma cons tue une acroba e physiologique qui n'est pas exempte de danger et qui ne peut se pra quer que sous la conduite d'experts qualifiés. Lorsque les yogis indiens affirment que le prânayâma est dangereux et doit se pra quer avec un gourou, ils songent aux formes poussées de ce e discipline. Ils ont évidemment raison. Ces restric ons ne s'appliquent pas aux réten ons ne dépassant pas deux minutes. Nous allons donc concentrer notre a en on sur Kumbhaka catégorie 2, le plus intéressant pour nous. Occidentaux.

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