Pranayama

Andre Van Lysebeth · Chapitre 83 sur 145

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Pranayama

Pourquoi Jalandhara ?

Au point de vue yogique, Jalandhara Bandha modifie le courant prânique dans 16 centres vitaux qu'il est superflu de détailler ici. Elle dirige le prâna vers les centres situés près de la base de la colonne vertébrale. Nous aurons l'occasion d'en parler quand nous étudierons les Chakras. Pour l'instant, les explica ons physiologiques suivantes suffiront à jus fier la pra que de Jalandhara qui a pour effet de :

 

1) Sceller le souffle dans le thorax

Pendant une réten on de souffle à poumons pleins, il est possible de sceller l'air inspiré, par exemple en se pinçant le nez et en gardant la tête droite, sans bloquer la glo e. Faites l'essai et observez ce qui se passe (c'est sans danger si c'est fait à tre occasionnel et expérimental) et laissez la pression de l'air s'exercer jusque dans les narines. Vous ressen rez une sensa on par culière dans les oreilles, ce qui ne vous surprendra pas puisque nez, gorge et oreilles sont reliés et solidaires. Dans la pra que du prânayâma, il faut éviter de laisser la pression de l'air s'établir au-delà de la glo e, notamment dans les trompes d'Eustache : c'est une prescrip on absolument formelle. Sans pencher la tête, il est possible de bloquer le souffle en contractant la gorge et la glo e. C'est suffisant pour les réten ons de courte durée. Pour les longues réten ons, Jalandhara, verrou de sûreté, scelle le souffle dans le thorax.

 

2) Agir sur le cœur

Pendant les réten ons de souffle, le cœur ne doit pas s'emballer, nous l'avons déjà précisé. Au contraire, les ba ements doivent se ralen r et s'établir à un rythme puissant, calme et régulier. Pour saisir comment Jalandhara Bandha régularise l'ac vité cardiaque, nous devons nous représenter le cou, région stratégique comportent un nombre impressionnant d'artères, de veines, de centres nerveux, sans oublier la glande thyroïde, dont nous parlerons plus loin. Il faudrait plusieurs chapitres pour épuiser le sujet ! Allons à l'essen el.

Chacun sait que l'artère caro de passe dans le cou et qu'elle cons tue le vaisseau sanguin le plus important pour l'irriga on du cerveau (d'où son importance vitale). En fait il y a trois artères caro des de chaque côté du cou ; elles cons tuent des embranchements de la caro de primi ve.

Dans le cou, l'artère-mère bifurque et forme ainsi le sinus caro dien qui a des parois très minces, ce qui le rend fort sensible à toute pression.

Des sinus caro diens -un de chaque côté du cou- partent des nerfs, et les yogis savent qu'en comprimant cet endroit, on modifie considérablement l'ac vité du cerveau, donc aussi l'état de conscience. Le Siva Samhita (V, 55) décrit une pra que très dangereuse, qui ne peut être exécutée que sous la surveillance directe et personnelle d'un Guru expérimenté. Nous citons ce texte pour montrer que les yogis de l'Inde ancienne avaient des connaissances précises des répercussions psychophysiologiques de Jalandhara Bandha :

"Le yogi doit comprimer les deux nerfs caro diens (sur les deux côtés

du cou). Ainsi le pur Brahman se manifeste et l'adepte connaît la

félicité. "

Notre physiologie nous apprend qu'aux sinus caro diens, il y a des relais nerveux et des barorécepteurs ultrasensibles à toute modifica on de la pression dans ce e zone, et notamment que toute augmenta on de pression produit, par voie réflexe, une baisse de la tension artérielle et un ralen ssement des ba ements du cœur. Or les réten ons prolongées du souffle entraînent précisément une augmenta on de la tension artérielle et une accéléra on des pulsa ons cardiaques pouvant aller jusqu'à provoquer des palpita ons. Jalandhara Bandha a donc pour mission de protéger le cœur et le système vasculaire contre les effets nocifs des réten ons de souffle prolongées.

Voilà l'explica on physiologique de Jalandhara. Les yogis ont constaté que la compression du nerf relié au sinus caro dien, outre son influence sur la tension artérielle et les pulsa ons cardiaques, crée un état d'inconscience qui n'est ni un assoupissement, ni un évanouissement, mais plutôt un état de transe hypno que.

"Contrôlée par des experts, ce e transe 'intériorise' la conscience

humaine et la percep on extrasensorielle devient possible. Des

mondes sub ls s'ouvrent et la conscience individuelle devenant de plus

en plus affinée, ce e percep on va jusqu'au seuil où la conscience

individuelle disparaît et où l'individu se confond avec l'infini"[38].

La compression mécanique, réalisée par les yogis à l'aide des doigts, doit être très légère pour ne toucher que le nerf : il faut éviter de comprimer l'artère elle-même, ce qui provoquerait une anémie du cerveau, avec des lésions irréversibles si cet état se prolongeait.

Telle qu'elle est pra quée par les yogis, la compression du nerf n'affecte pas sensiblement l'irriga on cérébrale et ne peut donc causer de dommages.

Dans Jalandhara Bandha, la contrac on des muscles du cou agit en douceur sur ces nerfs, et les phénomènes men onnés ci-dessus se manifestent, mais d'une manière très a énuée. Jalandhara permet de percevoir la circula on du prâna et apaise le mental.

La descrip on des divers états de conscience indiqués ci-dessus ne doit pas vous effrayer ni vous a rer. En pra que, ceux-ci ne se manifestent qu'à la suite d'un entraînement tellement prolongé qu'ils se trouvent hors de la portée de l'Occidental moyen, faute de temps disponible.

 

3) É rer la région cervicale de la colonne vertébrale

Lorsque le menton est correctement placé à la fourche e du sternum, l'adepte perçoit un net é rement de la nuque -donc des cervicales-, qui se propage jusqu'aux muscles dorsaux. Si le reste de la colonne vertébrale se trouve dans la posi on correcte, l'é rement de la nuque exerce une trac on sur la moelle épinière, qui s mule tous les centres nerveux rachidiens. Grâce à Jalandhara, l'é rement cervical dégage les nerfs crâniens -si importants- et agit sur le bulbe céphalorachidien qui inclut les centres respiratoires et cardiaques, des centres réglant la vasomotricité et certains métabolismes essen els. C'est le "nœud vital" où une piqûre d'épingle tue ! C'est aussi le point de départ du parasympathique.

Jalandhara exerce ainsi, par la posi on même du cou en é rement, une ac on sur le centre respiratoire, fortement excité lors des réten ons du souffle.

Sans entrer dans des détails anatomiques poussés qui n'intéressent que les spécialistes, l'adepte saisit l'importance de Jalandhara et devine les répercussions profondes que ce e Bandha produit dans tous ces domaines. Il peut donc faire confiance à ces grands empiriques que sont les yogis et accompagner toute réten on de souffle de Jalandhara Bandha.

 

4) Comprimer la thyroïde

Une ac on importante due à la compression du cou par le menton se produit au niveau de la glande thyroïde. Les hyperthyroïdiens déclarés (et par conséquent en traitement. Car un dérèglement de la thyroïde ne passe pas inaperçu) doivent s'abstenir de Jalandhara et même de la pra que du prânayâma, étant entendu cependant que la respira on yogique complète leur est autorisée et même recommandée.

 

Jalandhara bandha et Sarvangâsana plus Halâsana

La pra que des âsanas doit nécessairement précéder le prânayâma. Jalandhara Bandha n'est réalisable correctement et sans fa gue que si l'adepte pra que régulièrement Sarvangâsana (la "chandelle") et Halâsana (la "charrue"). Ces deux poses provoquent automa quement la prise de Jalandhara et l'é rement de la nuque qui en résulte.

Les adeptes qui pra quent le prânayâma doivent donc consacrer plus de temps que les autres à ces deux postures et les effectuer d'une façon plus poussée, c'est-à-dire en plaçant les mains le plus près possible des omoplates et en rapprochant les coudes pour placer la par e cervicale de la colonne perpendiculairement au reste de l'épine dorsale.

Cet adepte de l'Ashtanga Yoga Nilayam de Mysore, montre Jalandhara Bandha qui s'ajoute à la courbure par culière de la colonne vertébrale pour provoquer une trac on sur la moelle épinière. La posi on correcte du bassin est obtenue par le Lotus quand les deux genoux touchent le sol. Les muscles du cou sont fortement contractés pendant Jalandhara ; le menton se pose dans la fourche e du sternum et non sur le sternum lui-même.

 

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