Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 9 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 6

 

Une fois rentré chez lui, Anders referme rapidement la porte et glisse la chaîne de sécurité dans son rail.

Son cœur bat fort dans sa poitrine – pour une raison qu’il ignore, il a couru de la voiture jusqu’à la maison.

Dans la chambre d’Agnes, il entend la voix calme de Petra, et il esquisse un sourire. Elle est déjà en train de lire Les Députés de Saltkråkan à sa fille. En général il est beaucoup plus tard quand le rituel du coucher en est à la lecture d’un livre. Ça a dû être encore une bonne journée. Le nouveau remplacement d’Anders a rassuré Petra, elle a tout de suite osé réduire ses propres heures de travail.

Une flaque mouillée s’est formée sur le tapis de l’entrée autour des bottes boueuses d’Agnes. Son bonnet et son cache-nez sont jetés par terre devant la commode. Anders entre dans la cuisine et pose la bouteille de champagne sur la table, puis il reste planté là, les yeux dirigés sur le jardin plongé dans l’obscurité.

Il pense à la lettre de Jurek Walter et ne sait pas quoi faire.

Les branches du grand lilas frottent contre la fenêtre. Il ne voit rien à travers la vitre sombre qui lui renvoie le reflet de sa propre cuisine. Le lilas grince et il se dit qu’il ferait mieux d’aller chercher la grosse cisaille à haies dans la remise.

— Attends, attends, entend-il Petra dire. Je termine d’abord l’histoire…

Anders se faufile tout doucement dans la chambre de sa fille. La lampe de princesse au plafond est allumée. Petra lève les yeux du livre et croise son regard. Elle a réuni ses cheveux châtain clair en une queue de cheval et porte comme toujours ses boucles d’oreilles en forme de cœur. Assise sur ses genoux, Agnes n’arrête pas de dire que ce n’est pas comme ça qu’il faut lire, qu’elles doivent reprendre à partir du chien.

Anders va s’agenouiller devant elles.

— Salut petit amour, sourit-il.

Agnes le regarde furtivement avant de se dérober. Il lui tapote la tête, glisse quelques mèches derrière son oreille et se relève.

— Il y a des restes que tu peux réchauffer, dit Petra. J’arrive, il faut juste que je relise un chapitre.

— Le chien, ce n’est pas comme ça qu’il faut le lire, répète Agnes les yeux rivés au sol.

Anders retourne dans la cuisine, sort l’assiette du réfrigérateur et la pose sur le plan de travail à côté du four à micro-ondes.

Il retire lentement la lettre de la poche arrière de son jean et entend à nouveau Jurek répéter qu’il est un être humain.

D’une écriture petite et penchée, l’homme a rédigé quelques phrases assez ternes sur le mince papier. L’adresse d’une firme d’avocats à Tensta figure dans le coin supérieur droit de la lettre qui ne contient qu’une requête formelle. Jurek Walter demande une aide juridique pour comprendre le sens de sa condamnation à des soins psychiatriques en milieu fermé. Il a besoin qu’on lui explique ses droits et qu’on le renseigne sur les possibilités de demander une révision du jugement.

Anders n’arrive pas à expliquer son sentiment de malaise soudain, mais il perçoit une anomalie dans la lettre. Le ton utilisé et le vocabulaire tout à fait correct tranchent singulièrement avec les énormes fautes d’orthographe.

Les mots de Jurek fusent dans sa tête quand il se dirige vers le cabinet de travail pour prendre une enveloppe. Il écrit l’adresse dessus, y glisse la lettre et l’affranchit.

Bravant l’obscurité glaciale, il coupe par le pré pour aller poster la lettre au kiosque du rond-point. Avant de rentrer, il reste un moment à contempler la route et les voitures qui passent.

Le vent forme des vagues dans l’herbe givrée du pré. Un lièvre s’enfuit en direction des anciens jardins ouvriers.

Il ouvre la grille et regarde par la fenêtre qui donne sur la cuisine. La maison ressemble à une maison de poupées. Tout est éclairé et facile à observer. Il peut voir le couloir et la peinture bleue qui a toujours été là.

La porte de leur chambre est ouverte, l’aspirateur posé en plein milieu de la pièce. Le câble est encore branché dans la prise murale.

Soudain, Anders perçoit un mouvement et retient son souffle. Quelqu’un se tient dans la chambre, planté à côté du lit.

Il est sur le point de se ruer à l’intérieur quand il réalise que cette personne se trouve en réalité dans le jardin derrière la maison.

Et qu’il la voit simplement à travers la fenêtre.

Anders se lance sur l’allée de gravier, dépasse le cadran solaire et atteint l’arrière de la villa.

L’individu l’a entendu arriver, il est déjà en train de s’éloigner. Il force le passage à travers la haie d’arbustes. Anders le suit, écarte les branches, essaie de distinguer quelque chose, mais il fait beaucoup trop sombre.

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