Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 153 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 150

 

Plus il s’éloigne de Stockholm, moins il y a de circulation et Joona conduit vite tout en réfléchissant. Après toutes ces années, soudain, trois pièces du puzzle s’emboîtent.

Le père de Jurek Walter a travaillé dans une carrière de sable et a mis fin à ses jours dans son logement au même endroit.

Mikael dit que le Marchand de sable sentait le sable.

Et Reidar Frost a grandi près d’une ancienne carrière de sable à Rotebro.

Il est fort possible qu’il s’agisse de la même carrière. Ça ne peut pas être un hasard, les morceaux vont forcément ensemble. Et ce serait donc là que Felicia se trouve, et pas du tout à l’endroit où ses collègues la cherchent.

La voiture patine dans la neige fondue entre les deux voies. De l’eau sale vient éclabousser le pare-brise.

Joona se rabat devant une navette pour Arlanda, continue sur la bretelle de sortie et longe un grand parking. Il klaxonne furieusement et un homme se jette à l’abri, laissant échapper deux sacs de provisions.

Deux voitures sont arrêtées au feu rouge, mais Joona se déporte sur la voie d’en face, puis tourne brutalement à gauche. Les pneus glissent sur la chaussée mouillée. Il mord sur la pelouse et fonce tout droit à travers un talus de neige bien tassée. Il accélère encore quand il dépasse le centre-ville de Rotebro et remonte l’étroite rocade qui longe la crête.

Les lampes de l’éclairage public oscillent au vent et jettent leur halo sur les flocons de neige qui tombent.

Il découvre l’entrée de la carrière un peu trop tard, braque brutalement et freine devant deux solides barrières métalliques. Les roues chassent sur la neige. Joona tourne le volant, la voiture fait une embardée et le pare-chocs arrière vient emboutir une des barrières.

Le verre rouge des feux de stop vole en éclats et s’éparpille sur la neige.

Joona ouvre la portière, sort de la voiture et passe en courant devant un module bleu qui semble abriter des bureaux.

La respiration oppressée, il dévale la pente raide de l’énorme cratère qui s’est ouvert au fil des ans. Des projecteurs fixés sur de hauts poteaux éclairent cet étrange paysage lunaire, avec ses bulldozers immobilisés et ses gigantesques tas de sable tamisé.

Aucun corps ne peut être enterré ici, il serait impossible de cacher des cadavres dans ce sol excavé en permanence. Une carrière de granulats est un trou qui devient plus grand et plus profond de jour en jour.

La neige descend en flocons rapides à travers la lumière artificielle.

Il court le long d’énormes concasseurs pourvus de tapis roulant surélevés.

Pour l’instant, il se déplace dans les parties récentes de la carrière. Les tas de sable sont vierges de neige, il est évident que ce lieu abrite une intense activité journalière.

Au-delà des machines se trouvent des bungalows de chantier bleus et trois caravanes.

L’ombre de Joona se projette sur le sol devant lui quand il dépasse un tas de sable éclairé par un autre projecteur.

Cinq cents mètres plus loin, il voit des zones enneigées devant des précipices escarpés, probablement des parties anciennes de la carrière.

Il gravit une pente raide où l’on a jeté des objets hors d’usage, de vieux réfrigérateurs, des meubles cassés et des ordures. Il glisse dans la neige, mais continue son ascension, des cailloux roulent sous ses pieds, il écarte un vélo rouillé de son chemin et arrive en trébuchant en haut du raidillon.

Il se trouve maintenant au niveau d’origine de la crête, plus de quarante mètres au-dessus du cratère qui s’est formé sur le site d’extraction, d’où il a une vue d’ensemble du paysage ruiné. L’air froid lui griffe les poumons quand il observe la carrière éclairée, ses machines, ses routes éphémères et ses tas de gravier et de sable.

Il commence à courir sur la bande étroite d’herbes recouvertes de neige entre l’à-pic et la route d’Älvsunda.

Une épave de voiture cabossée gît au bord de la route devant des palissades de chantier placardées de panneaux d’avertissement et du logo d’une société de gardiennage. Joona s’arrête et plisse les yeux pour mieux voir. Au fond, dans la plus ancienne partie du site, il aperçoit une surface goudronnée avec un chapelet de maisons de plain-pied, petites et rectilignes, comme des baraquements militaires.

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