Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 178 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 175

 

Mikael murmure pour lui-même et fixe la porte verrouillée quand la clé, repoussée de son trou, tombe sur le parquet.

Reidar se tient debout, la main appuyée sur sa poitrine. Son visage est inondé de sueur. La douleur devient insoutenable. Plusieurs fois, il a tenté de dire à Mikael de fuir, mais il n’a plus de voix.

— Tu peux marcher ? chuchote Mikael.

Reidar hoche la tête et fait un pas. Ils entendent un raclement dans la serrure et Mikael passe le bras de son père autour de ses propres épaules et entreprend de l’entraîner vers la bibliothèque, l’ancienne salle du conseil.

Derrière eux, le raclement de la serrure s’obstine.

Ils progressent lentement devant une haute armoire et le long de la cloison aux grandes tapisseries tendues sur des cadres en bois.

Reidar s’arrête, tousse, cherche sa respiration.

— Attends, souffle-t-il.

Il laisse courir ses doigts sur le bord de la troisième tapisserie et ouvre la porte dérobée donnant sur l’escalier de service qui descend à la cuisine. Ils se glissent par le passage secret et referment soigneusement derrière eux.

Reidar remet en place le petit loquet avant de s’appuyer contre le mur. Il tousse aussi silencieusement qu’il le peut et sent la douleur se répandre dans son bras.

— Descends par là, chuchote-t-il d’une voix étouffée.

Mikael secoue la tête et s’apprête à dire quelque chose quand la solide porte en chêne craque.

Jurek arrive.

Ils sont comme paralysés en l’observant à travers le tissu de la porte secrète.

Il se glisse dans la pièce, le dos courbé et le long couteau à la main, son regard de rapace balayant le moindre recoin.

Sa respiration régulière parvient jusqu’à eux.

Reidar serre les dents et se penche contre le mur, la douleur dans sa poitrine monte jusque dans ses mâchoires.

Jurek est tellement près maintenant qu’ils perçoivent même l’odeur douceâtre de sa sueur.

Tous deux retiennent leur respiration lorsque Jurek passe devant la porte tendue de tissu, se dirigeant vers la bibliothèque.

Mikael essaie de traîner Reidar avec lui dans l’étroit escalier avant que Jurek se rende compte qu’il s’est fait avoir.

Reidar secoue la tête et Mikael lui lance un regard plein de désespoir. Reidar étouffe une quinte de toux, tâche de faire un pas et manque de tomber. Une latte du plancher craque sous son pied droit.

Jurek se tourne vers la porte secrète et ses yeux clairs deviennent étrangement calmes quand il comprend ce qu’il voit.

Au même instant, une puissante détonation retentit dans le couloir et des éclats de bois volent du bord de la haute armoire.

Jurek s’écarte telle une ombre et se met à l’abri.

Mikael traîne Reidar vers l’escalier qui descend à la cuisine.

Berzelius s’élance dans le hall de la bibliothèque. Il tient le vieux Colt de Reidar à la main. Le petit homme a les joues rouges quand il remonte ses lunettes sur son nez et poursuit sa course.

— Tu vas laisser Micke tranquille, putain ! crie-t-il, quand il arrive au niveau de la haute armoire.

La mort arrive si vite que Berzelius est avant tout étonné. Il sent un étau enserrer son poignet, puis une brûlure comme une piqûre de guêpe quand la lame rigide du couteau pénètre entre ses côtes et s’enfonce jusqu’au cœur.

La douleur n’est pas particulièrement forte. C’est plus comme une crampe persistante. Mais il sent un flot de sang chaud couler le long de sa hanche quand la lame est retirée de son corps.

En tombant à genoux, il se rend compte qu’il urine et il se met à penser à Anna-Karin, son ex-femme, bien avant leur divorce et sa maladie, à l’époque où il la courtisait. Elle avait paru si heureuse quand il lui avait fait la surprise de rentrer d’Oslo plus tôt que prévu et qu’il lui chantait Love me tender sous son balcon, les bras chargés de quatre sachets de chips.

Berzelius s’effondre sur le côté, il voudrait tenter de ramper quelque part pour se cacher, mais une fatigue vertigineuse s’abat sur lui.

Il ne remarque même pas que Jurek le poignarde une deuxième fois. La lame suit une autre trajectoire, traverse les côtes et reste plantée là.

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