Le Marchand de sable
Chapitre 106
Les membres d’Athéna Promachos, le groupe secret installé dans l’appartement sous les combles, écoutent en temps réel les conversations dans la salle de détente.
Joona, debout à côté de la grosse enceinte, entend encore une fois Jurek Walter parler, sa respiration, son vocabulaire, ses intonations et les nuances de sa voix.
Corinne Meilleroux est assise à la table de travail et transcrit la conversation sur son ordinateur pour que tout le monde puisse la lire sur le grand écran. Le cliquetis régulier de ses ongles longs sur le clavier est agréable à l’oreille.
La queue-de-cheval gris argenté de Nathan Pollock pend dans son dos. Il prend des notes dans son calepin tandis que Johan Jönsson surveille la qualité sonore sur son moniteur.
Le groupe observe un silence absolu durant toute la conversation. À l’extérieur, les rayons du soleil font étinceler les toits enneigés avant de se déverser dans la pièce à travers les baies vitrées du balcon.
Ils entendent Jurek dire à Saga qu’elle est une véritable Sirène, puis quitter la pièce.
Après quelques secondes de silence, Nathan se renverse sur sa chaise et se met à applaudir. Corinne se contente de hocher la tête, très impressionnée.
— Saga est vraiment formidable, murmure Pollock.
— Même si on n’a rien appris qui pourrait nous mener à Felicia, ajoute Joona en se tournant lentement vers le groupe. Mais le contact est établi, c’est déjà un grand pas… et je crois qu’elle a réussi à éveiller la curiosité de Jurek.
— Je dois reconnaître que je me suis inquiétée quand elle s’est laissé provoquer par l’autre patient, avoue Corinne en pressant quelques gouttes de citron vert dans un gobelet d’eau qu’elle tend à Pollock.
— Mais Jurek a sciemment endossé la culpabilité des coups et des blessures, dit Joona lentement.
— C’est vrai, pourquoi a-t-il fait ça ? Il a dû l’entendre avant-hier, quand elle a dit au gardien qu’elle voulait rencontrer un conseiller juridique, fait remarquer Pollock. C’est pour ça qu’il ne peut pas laisser le médecin avoir peur d’elle, sinon elle n’aura pas le droit de recevoir la visite d’un…
— Il est nouveau, le coupe Joona. Jurek dit que le médecin est nouveau.
— Et alors ? demande Johan Jönsson, la bouche ouverte.
— Quand j’ai parlé lundi avec Brolin, le médecin chef, il a dit qu’il n’y avait pas eu de changement dans l’unité sécurisée.
— Exact, confirme Pollock.
— Ce n’est peut-être rien, dit Joona. Mais pourquoi Brolin a-t-il prétendu que le personnel était inchangé ?
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