Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 159 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 156

 

À l’abri de l’obscurité, Saga dissimule le comprimé dans sa chaussure avant de s’allonger sur le lit. Elle ne sait pas si le jeune médecin est toujours devant la porte, mais elle est certaine qu’il a l’intention d’entrer dans sa cellule dès qu’il la croira endormie. Elle a lu dans ses yeux, sans le moindre doute possible, qu’il n’en avait pas fini avec elle.

La nuit dernière elle a été tellement prise au dépourvu par son abus de pouvoir qu’elle a laissé les choses aller beaucoup trop loin. Aujourd’hui elle a l’impression que, quoi qu’il se passe, elle s’en fiche.

Elle est ici pour sauver Felicia et il lui faudra peut-être supporter l’endroit encore quelques jours.

Demain ou après-demain, Jurek va tout lui révéler, et alors ce calvaire sera terminé, elle pourra rentrer chez elle, oublier cette épreuve.

Saga roule sur l’autre côté, jette un coup d’œil vers la porte et aperçoit immédiatement la silhouette derrière le verre. Son cœur bat plus fort dans sa poitrine. Le jeune médecin est là, à guetter, attendant que le somnifère fasse son effet et qu’elle s’endorme.

Est-elle prête à le laisser la violer pour ne pas gâcher l’infiltration ? Peu importe. Ses pensées sont bien trop chaotiques pour qu’elle puisse se préparer à ce qui ne tardera pas à arriver.

Que la mission s’achève, c’est tout ce qu’elle souhaite.

Elle entend un tintement métallique quand il introduit la clé dans la serrure.

Elle ne se donne pas encore la peine de feindre d’être endormie, et regarde le médecin verrouiller la porte derrière lui et avancer jusqu’au lit.

Puis elle ferme les yeux et tend l’oreille.

Rien ne se produit.

Peut-être qu’il veut juste la regarder.

Elle essaie d’expirer tout l’air de ses poumons sans faire de bruit et d’attendre dix secondes avant d’inspirer, en suivant mentalement l’image d’un carré où chaque côté signifie une étape.

Le médecin pose sa main sur le ventre de Saga, accompagne un instant les mouvements de sa respiration. Puis la fait glisser vers la hanche jusqu’à sa culotte qu’il baisse et lui retire. Saga se contente de rester totalement immobile et de se laisser faire.

Elle discerne à présent très nettement la chaleur qui émane de son corps.

Il caresse tout doucement sa main droite et la soulève au-dessus de sa tête. D’abord elle pense qu’il va prendre son pouls, puis elle constate qu’il est en train de l’attacher. Quand elle essaie de se dégager, il passe une large sangle par-dessus ses cuisses et la tend à l’extrême avant qu’elle ait le temps de s’extraire du lit.

— Putain, mais qu’est-ce que tu fous ?

Elle ne peut pas donner de coup de pied, et elle se rend compte qu’il observe ses chevilles pendant qu’elle tente de détacher sa main droite avec la gauche. Il allume la lampe de chevet et la regarde, les yeux écarquillés. Les doigts de Saga tremblent, ils glissent sur la courroie solide autour de son poignet et elle est obligée de recommencer.

Le médecin écarte vivement sa main libre.

Elle tire sur sa main droite pour la dégager, essaie de se retourner, mais en vain.

Quand elle se laisse retomber sur le lit, il tend une autre courroie par-dessus ses épaules. L’angle d’attaque est quasi impossible, mais au moment où il se penche en avant, elle le frappe sur la bouche avec son poing gauche fermé. Il trébuche en arrière et un de ses genoux fléchit. En tremblant, elle se met à défaire la boucle qui emprisonne son poignet droit.

Il est de retour devant le lit et repousse encore une fois sa main.

Le sang coule sur son menton quand il lui hurle de rester tranquille. Il fixe de nouveau la sangle autour de sa main droite, puis se place derrière sa tête.

— Je vais te tuer, hurle-t-elle et elle essaie de le suivre du regard.

Il est rapide et maintient son bras gauche des deux mains, mais elle parvient à se dégager, attrape ses cheveux et amène sa tête vers elle. De toutes ses forces, elle tape son front contre le montant du lit. Elle le tire vers l’avant de nouveau et essaie de le mordre au visage, mais il la frappe sur le cou et sur un sein, des coups puissants qui lui font lâcher ses cheveux.

Hors d’haleine, elle essaie de l’empoigner à nouveau, mais sa main tâte dans le vide derrière elle. En mobilisant toutes ses forces, elle tente de se vriller sur le côté, sans y parvenir. Son corps est bloqué.

Le médecin attrape sa main gauche et la plie brutalement sur le côté, manquant de lui déboîter l’épaule. Le cartilage autour de l’articulation craque et elle pousse des hurlements de douleur. Elle lutte pour libérer un pied, mais les lanières lui cisaillent la peau, et elle entend des crépitements dans la cheville. Il force sa main en arrière, passe la sangle autour du poignet et serre.

Le jeune médecin essuie le sang sur sa bouche avec le dos de la main, fait quelques pas en arrière et l’observe le souffle court.

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