Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 13 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 10

 

 

Veronica part avec Marie à la recherche de Reidar, passant d’une pièce à l’autre dans la vaste demeure. Elles trouvent sa veste jetée dans l’escalier et grimpent aussitôt au premier étage. Il fait sombre, mais elles aperçoivent la lueur scintillante d’un feu de cheminée. Dans le grand salon, Reidar est assis sur un canapé. Il a ôté ses boutons de manchette et les poignets dépliés de sa chemise recouvrent ses mains. Sur la bibliothèque basse à côté de lui se trouvent quatre bouteilles de Château Cheval Blanc.

— Je viens m’excuser, dit Marie en s’appuyant contre la porte.

— Fous-moi la paix, murmure Reidar sans se retourner.

— C’était stupide de sortir la poupée sans te demander la permission.

— Vous n’avez qu’à les brûler, toutes ces saloperies.

Veronica s’approche, s’agenouille devant lui et le fixe, un sourire peint sur la figure.

— Est-ce que tu as dit bonjour à Marie ? C’est la copine de David… je crois.

Reidar porte un toast à la rousse et avale une grande goulée. Veronica lui prend le verre, goûte au vin et s’assoit.

Elle se débarrasse de ses sandales, se renverse dans le canapé et monte ses pieds nus sur les genoux de Reidar.

Doucement, il caresse son mollet, passe sur l’hématome laissé par les nouveaux étriers de la selle, monte le long de sa cuisse vers son sexe. Elle se laisse faire, ne prête aucune attention à la présence de Marie dans la pièce.

Les hautes flammes dansent dans l’énorme foyer. La chaleur dégagée est intense, Reidar la sent sur son visage qui devient brûlant.

Marie s’approche tout doucement. La température élevée de la pièce commence à boucler ses cheveux roux. Sa robe léopard est fripée et tachée.

— Une admiratrice, dit Veronica et elle éloigne le verre quand Reidar essaie de l’attraper.

— J’adore tes livres, déclare Marie.

— Quels livres ? demande-t-il sur un ton vif.

Il se lève, va chercher un autre verre dans l’armoire vitrée et le remplit de vin. Marie se méprend sur son geste et tend la main pour le prendre.

— Je suppose que tu vas aux chiottes quand tu as envie de pisser, dit Reidar en buvant une gorgée de vin.

— Tu n’es pas obligé d’être…

— Si tu veux du vin, tu n’as qu’à te servir toi-même, bordel de merde, l’interrompt-il en élevant la voix.

Marie rougit et inspire profondément. Elle va prendre un verre et se sert d’une main tremblante. Reidar pousse un profond soupir, reprend la bouteille et retourne s’asseoir en disant sur un ton plus doux :

— C’est un excellent millésime, l’un des meilleurs je dirais.

Un sourire aux lèvres, il observe Marie quand elle s’assoit à côté de lui, fait tourner le vin dans le verre et le déguste.

Reidar rit et la ressert, il la regarde droit dans les yeux, redevient sérieux et l’embrasse ensuite sur la bouche.

— C’est quoi, ton manège ? chuchote-t-elle.

Reidar l’embrasse encore une fois, très doucement. Elle détourne la tête, sans pouvoir s’empêcher de sourire. Elle boit une gorgée de vin, l’observe un instant, se penche en avant et l’embrasse à son tour.

Il caresse sa nuque, sous la chevelure, jusque sur l’épaule droite où la fine bretelle de la robe s’est enfoncée dans la chair.

Elle pose son verre et le laisse lui effleurer le sein tout en se disant que c’est de la folie.

Reidar refoule les pleurs douloureux plusieurs fois quand il caresse ses cuisses sous la robe, passe sur son patch de nicotine et continue autour de ses fesses.

Marie écarte sa main quand il essaie de baisser sa culotte, elle se lève et s’essuie la bouche.

— On ferait peut-être mieux de retourner avec les autres, dit-elle dans une tentative de paraître neutre.

— Oui, répond Reidar.

Veronica est assise, immobile, sur le canapé, elle évite le regard interrogateur de Marie.

— Vous venez ?

Reidar secoue la tête.

— Très bien, chuchote Marie.

Sa robe scintille quand elle quitte la pièce. Reidar fixe l’ouverture de la porte. L’obscurité a un aspect de velours sale.

Veronica se lève, prend son verre de vin sur la table et boit. Sa robe est tachée d’auréoles de transpiration aux aisselles.

— Tu es un vrai salaud, dit-elle.

— J’essaie simplement de tirer le plus possible de la vie, répond-il à voix basse.

Il saisit la main de Veronica qu’il porte à sa joue, et la tient ainsi en plongeant dans ses yeux tristes.

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