Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 96 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 93

 

Mikael Kohler-Frost est assis dans la salle à manger des patients. Sa main serre la tasse de thé brûlant, il parle avec Magdalena Ronander de la Rikskrim. Reidar est trop agité pour venir s’asseoir, mais il reste un moment à la porte à observer son fils avant de descendre dans le hall d’entrée pour retrouver Veronica Klimt.

Magdalena adresse un sourire à Mikael en prenant le volumineux procès-verbal d’interrogatoires sur la table. Il y a quatre dossiers reliés par spirale. Elle feuillette jusqu’à une page marquée et demande s’il est prêt à continuer.

— Je n’ai vu que l’intérieur de la capsule, explique Mikael une fois de plus.

— Est-ce que tu peux décrire la porte encore une fois ? demande-t-elle.

— Elle est en métal et toute lisse… Au début on pouvait enlever de petites écailles de peinture avec les ongles… Il n’y a pas de trou de serrure, pas de poignée.

— Quelle couleur ?

— Grise.

— Il y a aussi une petite ouverture qui…

Elle s’interrompt en voyant qu’il essuie des larmes sur ses joues et détourne son visage.

— Je ne peux pas le dire à papa, dit-il, et sa bouche tremble. Mais si Felicia ne revient pas…

Magdalena se lève et va le prendre dans ses bras, répétant que tout va s’arranger.

— Je sais que je le ferai, chuchote-t-il. Je me suiciderai.

Reidar Frost n’a pratiquement pas quitté l’hôpital Söder depuis le retour de Mikael. Il a loué une chambre dans l’hôpital, au même étage, afin d’être en permanence avec son fils.

Même s’il sait que ce serait totalement inefficace, il doit prendre sur lui pour ne pas se lancer sur-le-champ à la recherche de Felicia. Il a acheté des encarts publicitaires dans tous les grands journaux, sollicitant des informations et promettant des récompenses. Il a engagé une équipe d’investigateurs privés, les meilleurs du pays, mais le manque le déchire, l’empêche de dormir et l’oblige à arpenter les couloirs heure après heure.

La seule chose qui le calme, c’est de voir Mikael se rétablir, récupérer ses forces de jour en jour. L’inspecteur Joona Linna dit que c’est une aide inestimable s’il reste auprès de son fils, s’il le laisse parler à son propre rythme, l’écoutant et notant chaque souvenir, chaque détail.

Quand Reidar arrive dans le hall, Veronica l’attend déjà devant les portes vitrées qui donnent sur le parking enneigé.

— Ce n’est pas un peu trop tôt pour qu’il rentre à la maison ? demande-t-elle en lui donnant des sacs.

— Ils disent que c’est OK, sourit Reidar.

— J’ai acheté un jean et deux pantalons plus souples, des chemises, des tee-shirts, un gros pull et deux, trois autres petits trucs…

— Ça va comment à la maison ?

— Beaucoup de neige, rit Veronica et elle raconte le départ des derniers invités du domaine.

— 9 Mes cavaliers aussi sont partis ?

— Non, eux, ils sont toujours là, mais… tu verras.

— Je verrai quoi ?

Veronica secoue la tête.

— J’ai dit à Berzelius qu’ils ne devaient pas venir à l’hôpital, mais ils ont très envie de voir Mikael.

— Tu rentres avec nous ? sourit Reidar.

— Une autre fois, répond-elle en le regardant droit dans les yeux.

 

9 Allusion aux “cavaliers” de La Saga de Gösta Berling de Selma Lagerlöf, une bande de parasites

qui font la fête chez la Commandante au domaine d’Ekeby.

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