Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 163 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 160

 

 

Saga sort de la pièce avec une sensation de vide absolu.

— Dieu tout-puissant, Dieu du ciel…

Comme distanciée par le choc, elle court dans le couloir en direction de la sortie. Le garde est assis de l’autre côté de la porte extérieure du sas. Le verre blindé le rend flou et gris.

Saga dissimule le petit couteau à éplucher dans sa main pour ne pas l’effrayer, ralentit, essaie de respirer calmement et se met à marcher. Elle frappe sur la vitre.

— On a besoin d’aide ici !

Elle frappe plus fort, mais il ne réagit pas, elle fait un pas de côté et s’aperçoit que la porte est ouverte.

Toutes les portes sont ouvertes, pense-t-elle en passant dans le sas.

Elle est sur le point de s’adresser au garde quand elle comprend qu’il est mort. Sa gorge est tranchée jusqu’aux cervicales. On dirait que sa tête pend sur un manche à balai. Le sang a inondé son corps et forme une flaque autour de la chaise.

D’accord, se dit-elle, puis elle passe par-dessus la mare de sang, le couteau à la main, monte l’escalier et franchit la grille ouverte.

Elle essaie d’ouvrir la porte du service 30, celui de la psychiatrie médico-légale fermée, mais elle est verrouillée, ce qui est normal en pleine nuit. Elle frappe quelques coups avant de continuer sur sa lancée.

— Ohé, appelle-t-elle. Il y a quelqu’un ?

L’autre chaussure du médecin gît au milieu du couloir, éclairée par la lumière crue des néons au plafond.

Saga court et aperçoit un mouvement au loin, à travers les murs vitrés de plusieurs pièces en enfilade. C’est un homme en train de fumer. Il donne une pichenette à la cigarette avant de disparaître sur la gauche. Saga court aussi vite qu’elle peut en direction de la sortie et du passage vers le bâtiment principal de l’hôpital. Au bout du couloir, au moment de tourner, elle sent le sol devenir tout mouillé sous ses pieds.

La lumière l’éblouit et elle a d’abord l’impression que le sol est noir, mais l’odeur de sang est tellement flagrante qu’elle est prise de nausées.

La flaque est énorme, quelqu’un a marché dedans, étalant le sang en direction du hall d’entrée.

Saga continue sa progression comme dans un cauchemar et voit la tête du jeune médecin. Elle est jetée sur le sol à côté de la poubelle fixée sur le mur à droite.

Jurek a mal visé, il a raté le panier, pense-t-elle et le rythme de sa respiration se fait beaucoup trop rapide.

Elle s’éloigne de la zone ensanglantée et foule à nouveau un sol sec, tandis que ses pensées errent confusément sans parvenir à créer une suite logique.

Ce qui est en train de se produire est totalement inconcevable.

Pourquoi s’est-il donné le temps de faire ça ?

Parce qu’il ne voulait pas seulement s’évader, répond-elle à sa propre question. Il voulait se venger.

Soudain de lourds pas parviennent du passage qui mène au bâtiment principal. Deux vigiles vêtus de noir arrivent en courant, équipés d’armes et de gilets pare-balles.

— Il nous faut un médecin pour le service sécurisé ! s’écrie Saga.

— Allonge-toi par terre ! ordonne le plus jeune en s’approchant lentement d’elle.

— C’est juste une petite meuf, dit l’autre.

— Je suis agent de police ! hurle-t-elle et elle jette au loin le couteau à éplucher.

Il rebondit sur le sol et s’arrête juste devant eux. Ils y jettent un regard, ouvrent leur holster et dégainent leur arme.

— À terre !

— Je m’allonge. Mais vous devez alerter…

— Putain merde, crie le jeune garde qui vient de découvrir la tête. Merde, merde, merde…

— Je tire, dit l’autre d’une voix tremblante.

Saga s’accroupit lentement sur un genou et le vigile se précipite sur elle tout en détachant les menottes de sa ceinture. L’autre garde s’écarte. Saga tend les mains devant elle et se lève.

— Pas un putain de mouvement, lui recommande-t-il, affolé.

Elle ferme les yeux, se concentre sur le bruit de ses bottes contre le sol, sent ses mouvements et fait un petit pas en arrière. Il se penche pour la menotter et Saga ouvre les yeux à l’instant où elle lui envoie un crochet du droit. Le coup violent l’atteint sur l’oreille avec un claquement sec. Elle pivote et accueille l’inflexion de la tête du garde avec son coude.

On n’entend qu’un bref petit choc.

La salive gicle de la bouche ouverte de l’homme.

Les deux coups sont tellement puissants qu’en un dixième de seconde, le champ de vision du garde se réduit à un infime petit point de lumière.

Ses jambes se dérobent sous lui, et il n’a pas le temps de se rendre compte que Saga s’empare de son pistolet. Avant qu’il n’atteigne le sol, elle a enlevé le cran de sûreté et eu le temps de tirer deux coups droit dans le gilet pare-balles du deuxième homme.

Les détonations résonnent dans le passage étroit et il titube en arrière. Saga se rue sur lui et frappe sa main avec la crosse du pistolet. Son arme dégringole au sol et glisse en direction des traces de sang.

D’un coup de pied dans les jambes, Saga le fait tomber sur le dos, et il pousse un gémissement. L’autre vigile roule sur le côté et tâte son visage avec la main. Saga s’empare d’une unité radio et fait quelques pas de côté.

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