Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 112 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 109

 

La neige recouvre la départementale 267 et un nuage blanc se soulève derrière la voiture. Joona double une vieille Volvo, les roues passent en douceur sur le remblai entre les deux voies. Il allume les phares et les faisceaux lumineux créent l’illusion d’un tunnel à la voûte noire surplombant le sol blanc. Il passe d’abord devant une étendue de champs qui a pris une teinte bleuâtre dans le déclin du jour, puis la route file à travers une épaisse forêt avant que les lumières de l’agglomération de Stäket scintillent devant lui et que le paysage s’ouvre sur le lac Mälaren.

Qu’est-il arrivé à la famille de la psychiatre ?

Joona ralentit, tourne à droite, s’engage dans un petit lotissement aux jardins ensevelis sous un manteau blanc.

Le temps s’est dégradé et des bourrasques obliques chargées de flocons soufflent du lac.

Le numéro 23 du Biskop Nils väg correspond à l’une des dernières maisons du lotissement, avant que la forêt et les communaux prennent le dessus.

Le domicile de Susanne Hjälm est une grande villa claire aux volets bleu ciel.

Toutes les fenêtres sont éteintes et la neige accumulée sur l’allée d’accès est immaculée.

Joona se gare à quelques mètres de la maison. Il vient juste de serrer le frein à main lorsque la voiture de la police de proximité d’Upplands-Bro arrive.

Il descend, prend son pardessus et son foulard sur le siège arrière et va rejoindre ses collègues en uniforme.

— Joona Linna, Rikskrim, dit-il en tendant sa main.

— Eliot Sörenstam.

Eliot a le crâne rasé, un mince trait de barbe sur le menton et des yeux mélancoliques.

Le deuxième agent de police lui serre fermement la main. C’est une femme qui se présente comme Marie Franzén. Son visage est joyeux et parsemé de taches de rousseur, elle a des sourcils blonds et une queue-de-cheval.

— Je suis contente de te rencontrer en chair et en os, sourit-elle.

— Merci d’être venue aussi rapidement, réplique Joona.

— C’est seulement parce que je suis pressée de rentrer à la maison, je dois faire des tresses à Elsa, dit Marie cordialement. Elle veut absolument avoir les cheveux bouclés pour la maternelle demain.

— Alors faisons vite, répond Joona en se dirigeant vers le jardin sombre.

— Je rigole, il n’y a pas le feu. J’ai aussi un fer à friser en dernier recours.

— Marie élève sa fille toute seule depuis cinq ans, explique Eliot, et elle n’a jamais pris un seul jour de congé maladie. Elle fait scrupuleusement toutes ses heures.

— C’est gentil de dire ça… surtout venant d’un Capricorne, ajoute-t-elle avec de la tendresse dans la voix.

Le bois derrière la maison atténue la force du vent, et la neige qui arrive du lac semble glisser sur les cimes des arbres avant de descendre tout doucement sur le petit lotissement. Alors que la plupart des maisons le long de la rue sont éclairées, le numéro 23 est plongé dans une obscurité funeste.

— Il y a sûrement une explication, dit Joona aux deux policiers. Mais aucun des parents ne s’est présenté à son travail ces derniers mois et les enfants sont portés malades à l’école.

La boîte aux lettres verte à côté de l’armoire électrique déborde de courrier et de prospectus.

— Est-ce que les services sociaux ont été alertés ? demande Marie.

— Ils sont venus, ils disent que la famille est en voyage, répond Joona. On va sonner, mais on sera probablement obligés d’aller frapper chez les voisins pour se renseigner.

— Il y a des raisons de soupçonner un crime ?

Joona ne peut s’empêcher de penser à Samuel Mendel. Toute sa famille disparue, sa femme, ses enfants. Le Marchand de sable les a pris, comme Jurek l’avait prédit. Et en même temps, ça ne colle pas. Susanne Hjälm a fait savoir à l’école que ses enfants étaient malades, elle a personnellement signé leur certificat de maladie.

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