Le Marchand de sable
Chapitre 87
Sans un bruit, le groupe Athéna écoute l’enregistrement en temps réel de la salle de détente. Le son est mauvais, assourdi et brouillé par un bruit de friction continu.
— Ça va être comme ça tout le temps ? demande Pollock.
— Elle n’a pas encore placé le micro. Il doit être dans sa poche, répond Johan Jönsson.
— Pourvu qu’on ne lui fasse pas de palpation.
Ils se concentrent à nouveau sur l’enregistrement. On perçoit les frottements du pantalon de Saga et sa respiration légère en même temps que les chocs sourds du tapis roulant et le bla-bla diffus de la télévision. Tels des aveugles, les membres du groupe Athéna sont introduits dans le microcosme de l’unité sécurisée uniquement par l’ouïe.
— Obrahiim, profère subitement une voix alanguie.
Tout le groupe est soudain très attentif. Johan Jönsson augmente un peu le volume et ajoute un filtre pour atténuer le souffle.
— Le voilà. Il devait devenir mon esclave, mon esclave squelette.
— J’ai cru que c’était Jurek, sourit Corinne.
— Merde, je te jure…, poursuit la voix. Vise-moi ses lèvres… je devais…
En silence, ils écoutent le flot verbal agressif du deuxième patient et entendent le personnel qui arrive enfin et met un terme à l’incident. Le calme règne un moment avant que le patient se mette à interroger Saga sur Karsudden, en détail, méfiant.
— Elle s’en sort pas mal, dit Pollock entre les dents.
Ils entendent Saga quitter finalement la salle de détente, sans avoir réussi à placer le micro.
Elle jure tout bas.
Un silence absolu règne autour d’elle jusqu’à ce que la serrure électronique de la porte bourdonne.
— En tout cas, la technique semble être au point, constate Pollock.
— Pauvre Saga, chuchote Corinne.
— Elle aurait dû placer le mouchard, marmonne Johan Jönsson.
— Apparemment c’était impossible.
— Mais si elle est démasquée, tout…
— Elle ne sera pas démasquée, l’interrompt Corinne.
Elle sourit et fait un large geste des bras, répandant dans la pièce l’agréable senteur de son parfum.
— Aucun signe de Jurek, pour l’instant, fait remarquer Pollock avec un bref regard sur Joona.
— Pourvu qu’ils ne le gardent pas en isolement total. Parce qu’alors, tout ça serait totalement vain, soupire Jönsson.
Joona ne dit rien, mais il lui semble avoir perçu quelque chose dans l’enregistrement. Pendant quelques minutes, il a cru discerner la présence physique de Jurek. Comme s’il se trouvait dans la salle de détente, mais sans prononcer le moindre mot.
— Fais-moi réécouter ça, dit-il en consultant sa montre.
— Tu es attendu ? demande Corinne en levant ses sourcils noirs et denses.
— J’ai un rencard, répond Joona, lui rendant son sourire.
— Enfin, un peu de romantisme…
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