Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 156 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 153

 

L’ambulance arrive et la lumière bleue du gyrophare clignote sur la neige. Les ambulanciers poussent le brancard devant les vieilles maisons et Joona se relève. Il leur explique la situation, tout en gardant son pistolet braqué sur la porte du logement numéro quatre.

— Dépêchez-vous, s’écrie-t-il. Elle a énormément de fièvre, il faut la faire baisser… Je pense qu’elle a perdu connaissance.

Les deux ambulanciers soulèvent Felicia de la neige. Ses cheveux sont plaqués en mèches noires et humides sur son front qui est d’une blancheur irréelle.

— Elle est atteinte de légionellose, dit-il avant de se diriger vers la porte ouverte, son arme levée.

Il est sur le point d’entrer à nouveau dans la bicoque quand il voit la lueur du gyrophare danser sur ce qui reste du dernier bâtiment de la rangée : des empreintes fraîches dans la neige partent de la ruine et disparaissent dans le noir. Joona s’y précipite. Il doit y avoir une autre sortie, les deux maisons partageaient probablement le même abri.

Suivant les empreintes dans le taillis et les hautes herbes, il contourne une vieille cuve à fuel et aperçoit finalement une mince silhouette qui avance au bord de l’à-pic.

Joona se déplace en silence.

L’homme s’appuie sur une béquille, il boite, comprend qu’il est poursuivi et essaie de hâter le pas le long de l’escarpement.

Des sirènes hurlent au loin.

Joona patauge de son mieux dans la neige profonde, le pistolet à la main.

Je vais l’avoir, pense-t-il. Je vais l’attraper.

Ils s’approchent d’une partie éclairée de la carrière, où se trouve une fabrique de ciment. La lumière d’un projecteur solitaire en haut d’un mât se déverse sur le fond du cratère encaissé.

L’individu s’arrête, se retourne et regarde Joona. Il se tient tout près du bord, appuyé sur une béquille, et respire la bouche ouverte.

Joona avance lentement vers lui, le pistolet dirigé vers le sol.

Le visage du Marchand de sable est identique à celui de Jurek, mais beaucoup plus émacié.

À distance, il entend les voitures de police arriver aux anciens logements des travailleurs immigrés. Seuls de petits éclats de lumière bleue parviennent jusqu’aux deux hommes.

— Ça n’a pas fonctionné avec toi, Joona, dit le Marchand de sable. Mon frère a eu le temps de me dire de prendre Summa et Lumi, mais elles sont mortes avant que j’aie pu le faire. Parfois le destin choisit son propre chemin…

Les faisceaux lumineux des puissantes torches des policiers balaient les anciens logements.

— J’ai parlé de toi dans une lettre à mon frère, mais je n’ai jamais su s’il voulait que je t’enlève quelqu’un d’autre.

Joona s’arrête et sent tout le poids de l’arme dans son bras fatigué, il fixe les yeux clairs du Marchand de sable qui secoue lentement la tête.

— J’étais certain que tu allais te pendre après l’accident de voiture, mais tu vis. J’ai patienté, mais tu as continué à vivre…

Il se tait, sourit subitement, lève les yeux et dit :

— Tu vis parce que ta famille n’est pas morte pour de vrai.

Joona se contente de lever le pistolet, il vise le cœur de l’homme et tire trois fois. Les balles transpercent le corps fluet et du sang noir gicle d’entre les omoplates.

L’écho des trois détonations résonne dans la carrière.

Le frère jumeau de Jurek Walter tombe à la renverse.

La béquille reste plantée dans la neige.

Le Marchand de sable est mort avant même de toucher le sol. Le corps décharné roule en bas de la pente abrupte et s’arrête devant un vieux fourneau. De petits flocons de neige descendent doucement du ciel sombre.

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