Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 166 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 163

 

 

Joona tourne à gauche au rond-point, beaucoup trop vite, le pare-chocs avant bute contre la neige tassée, les pneus dérapent dangereusement sur la surface glacée. Il braque le volant, glisse un peu sur le côté, accélère à nouveau, les roues descendent du trottoir et il continue sans avoir perdu trop de vitesse.

Les énormes espaces verts de Gärdet sont entièrement recouverts de neige et s’étirent tel un océan blanc vers le quartier de Norra Djurgården.

Joona double un bus dans la ligne droite, atteint les cent soixante kilomètres à l’heure, passe devant des immeubles en brique jaune. La voiture chasse dans les sillons profonds creusés par des roues quand il ralentit pour tourner à gauche en direction du port. La neige gelée frappe le pare-brise. Il voit à travers le haut grillage un navire longiligne sur lequel on charge des conteneurs à la lumière nébuleuse d’une grue.

Un train de marchandises couleur rouille entre dans le port franc.

À travers les tourbillons de neige et l’obscurité brumeuse, Joona balaie du regard les hangars déserts. Il entre dans la zone portuaire en un virage serré, les roues mangent le bord du refuge central, la boue de neige vole autour de la voiture, les pneus patinent.

Les barrières du passage à niveau s’abaissent à cet instant, mais il passe en chicane et les barrières viennent heurter le toit de la voiture.

Il s’enfonce dans l’enceinte du port franc en roulant comme un fou. Il voit des gens s’éloigner de la gare maritime de Tallinn, une file clairsemée de silhouettes noires qui disparaissent dans l’obscurité.

Elle ne peut pas être loin. Elle avait arrêté sa voiture et était descendue. Quelqu’un avait déplacé son rendez-vous. L’avait attirée ici. L’avait fait sortir de la voiture.

Il actionne le klaxon, les piétons s’écartent de la chaussée, une femme laisse échapper son cabas à roulettes et Joona l’écrase. Ça crépite sous la voiture quand les roues passent dessus.

Un poids lourd s’engage bruyamment sur la rampe Ro-Ro et monte à bord du ferry à destination de Saint-Pétersbourg. De grosses galettes marron de neige compressée jonchent le sol sur son passage.

Joona longe un parking vide entre les dépôts cinq et six et franchit les grilles du terminal à conteneurs.

La zone ressemble à une ville avec des rues étroites et des immeubles sans fenêtres. Il aperçoit quelque chose du coin de l’œil, pile et recule en faisant hurler les pneus.

La voiture de Disa est là, devant lui. Une fine couche de neige s’y est posée. La portière avant est ouverte. Joona s’arrête et s’y précipite. Le moteur est encore chaud. Il regarde à l’intérieur, ne voit aucune trace de violence ou de lutte.

Il inspire l’air glacé dans ses poumons.

Disa est sortie de la voiture et s’est dirigée droit devant elle. La neige remplit et adoucit les empreintes de ses pas.

— Non, chuchote-t-il.

Dix mètres devant sa voiture, une aire a été piétinée, puis une traînée part latéralement sur un mètre entre les hauts conteneurs avant de s’interrompre.

Un ruban de gouttes de sang se devine sous la neige fraîche poudreuse.

Au-delà, la couverture neigeuse est lisse et vierge.

Joona se retient de crier le nom de Disa.

Il fait quelques pas en arrière et voit cinq conteneurs de normes ISO se balancer à vingt mètres du sol. Sur celui de dessous, les lettres blanches se détachent sur le flanc rouge : Hamburg Süd.

Il a entendu Disa prononcer ces mots juste avant d’interrompre leur conversation.

Il se met à courir dans l’allée en direction de la grue. La neige est profonde, il marche sur un bout de métal, se cogne l’épaule contre un conteneur jaune, mais poursuit sans s’arrêter.

Il atteint le quai numéro cinq et parcourt l’endroit des yeux. Son cœur bat à tout rompre. Un docker casqué parle dans un talkie-walkie. Les projecteurs éclairent la neige qui tombe et qui tourbillonne par-dessus l’eau noire du port.

Une énorme grue sur rails est en train de charger un porte-conteneurs à destination de Rotterdam.

Joona aperçoit le conteneur de couleur rouge portant les lettres Hamburg Süd et se met à courir.

Une centaine de grosses caisses de couleurs variées portant des noms de société divers sont déjà embarquées.

Deux dockers en vêtement de travail et gilet orange longent le bord du quai d’un pas rapide. L’un d’eux pointe le doigt en direction de la haute passerelle de navigation du navire.

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