Le Marchand de sable
Chapitre 169
C’est le froid qui réveille Joona à l’hôpital. Il sent des picotements dans les bras quand la solution chaude de la perfusion se diffuse. Un infirmier se tient à côté de son lit et lui adresse un grand sourire lorsqu’il entrouvre les paupières.
— Comment vous sentez-vous ?
Joona essaie de lire son badge d’identification, mais ne parvient pas à stabiliser son regard, les lettres dansent devant ses yeux.
— J’ai froid.
— Dans deux heures, vous aurez retrouvé une température corporelle normale. Je vais vous donner du sirop chaud.
Joona essaie de s’asseoir pour boire, mais ressent alors une piqûre dans la vessie. Il enlève la couverture chauffante et voit deux gros cathéters insérés dans son ventre.
— C’est quoi ? demande-t-il faiblement.
— Un lavage péritonéal. On réchauffe votre corps de l’intérieur. Vous avez deux litres de soluté isotonique chauffé dans votre ventre en ce moment.
Joona ferme les yeux et essaie de rassembler ses souvenirs. Des conteneurs rouges, la bouillasse de morceaux de glace à moitié fondus et le choc qu’a subi son corps quand il a sauté du bateau dans l’eau glacée.
— Disa, chuchote Joona et il sent des frissons courir sur sa peau.
Il s’appuie contre l’oreiller et fixe la rampe chauffante au-dessus de son lit, mais tout ce qu’il ressent, c’est le froid.
Un instant plus tard, la porte s’ouvre, laissant apparaître une grande femme, les cheveux relevés en chignon et portant un pull moulant sous sa blouse blanche. C’est Daniella Richards, qu’il a déjà rencontrée de nombreuses fois.
— Joona, dit-elle d’une voix pesante. Je suis tellement désolée…
— Daniella, l’interrompt Joona d’une voix rauque. Qu’est-ce que tu m’as fait ?
— Tu étais en train de mourir de froid, tu sais ? On t’a cru mort quand tu es arrivé ici.
Elle s’assied au bord du lit.
— Tu ne réalises peut-être pas le bol monstrueux que tu as eu, poursuit-elle lentement. Pas de lésions importantes, à ce qu’il semble… On réchauffe tes organes.
— Où est Disa ? Il faut que je…
Sa voix se casse. Il y a quelque chose qui cloche avec ses pensées, avec son cerveau. Il n’arrive pas à assembler les mots correctement. Tous ses souvenirs sont comme de la glace brisée errant sur des eaux noires.
Daniella baisse les yeux et secoue la tête. Un petit diamant sur une chaîne repose dans le creux de sa gorge.
— Je suis tellement désolée, répète-t-elle à mi-voix.
Pendant qu’elle lui raconte ce qui est arrivé à Disa, son visage est contracté par d’infimes spasmes de chagrin. Joona regarde les veines sur le dos de sa main, voit son pouls battre et sa cage thoracique se soulever sous le pull vert. Il essaie de comprendre de quoi elle parle et ferme les yeux, puis d’un coup les événements se précipitent à travers son cerveau. Le visage blanc de Disa, l’entaille sur sa gorge, sa bouche exprimant la peur et son pied déchaussé recouvert du bas de nylon.
— Laisse-moi tranquille, dit-il, et sa voix est creuse et rauque.
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