Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 45 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 42

 

En entrant dans la chambre d’hôpital, Joona découvre un homme d’un certain âge assis au chevet de Mikael. Il lui faut quelques secondes pour comprendre que c’est Reidar Frost. Ils ne se sont pas vus depuis de nombreuses années, mais il a vieilli de bien plus encore. Le garçon dort, et Reidar est assis là, tenant la main gauche de son fils entre les siennes.

— Vous n’avez jamais cru que mes enfants s’étaient noyés, dit-il doucement.

— Non.

Reidar laisse ses yeux reposer sur le visage endormi de Mikael, puis se tourne vers Joona et ajoute :

— Merci de ne pas nous avoir parlé de l’assassin.

Joona avait soupçonné que les enfants Kohler-Frost figuraient parmi les victimes de Jurek Walter précisément parce que c’était par leur intermédiaire que le tueur avait été pisté et arrêté. C’était devant la fenêtre de leur mère que Joona et Samuel l’avaient vu pour la première fois.

Joona contemple le mince visage du jeune homme, la barbe clairsemée, les joues creuses et les gouttes de sueur que la fièvre fait perler sur son front.

Lorsque Mikael avait raconté comment c’était au début, quand ils étaient plusieurs et qu’il avait rencontré Rebecka Mendel, il parlait probablement des toutes premières semaines après son enlèvement.

Depuis, plus d’une décennie de captivité s’est écoulée.

Mais il a réussi à s’évader – et l’endroit doit être trouvable.

— Je n’ai jamais cessé de chercher, dit Joona posément.

Reidar regarde son fils et son visage s’illumine d’un sourire étincelant. Il est resté assis dans cette position pendant des heures, sans se rassasier de la vue de son enfant.

— Ils disent qu’il va se rétablir, ils le promettent, ils promettent qu’il ne gardera pas de séquelles, dit-il d’une voix éraillée.

— Vous lui avez parlé ?

— Ils lui donnent beaucoup de calmants, il dort tout le temps, mais ils disent que c’est bien, qu’il en a besoin.

— Je les crois, confirme Joona.

— Il s’en sortira… Je veux dire, psychiquement, ça prendra le temps qu’il faudra, mais il s’en sortira.

— Et lui, il a dit quelque chose ?

— Il m’a chuchoté des mots que je n’ai pas compris, dit Reidar. C’était assez confus. Mais il m’a reconnu.

Joona sait qu’il est important de se mettre immédiatement au travail pour évoquer ce qui est arrivé. Que la mémoire joue un rôle décisif dans le processus de guérison. Mikael aura besoin de temps, mais il ne faudra pas lui laisser de répit. Les questions pourront progressivement devenir de plus en plus exigeantes, même si le risque demeure qu’une personne ayant subi un traumatisme psychique se ferme complètement.

Et après tout, rien ne presse, se répète Joona.

Établir une cartographie de tout ce qui s’est passé prendra des mois, mais il va falloir poser la question la plus importante dès aujourd’hui.

Il doit absolument savoir si Mikael connaît l’identité du complice.

Si seulement il lui livrait un nom ou un bon signalement, ce cauchemar pourrait prendre fin. Joona sent son cœur s’emballer.

— Je dois lui parler dès qu’il se réveillera. J’ai deux, trois questions précises à lui poser, même si cela peut lui être un peu pénible.

— Je ne veux pas qu’il soit effrayé, dit Reidar. En aucun cas je ne le permettrai.

Il se tait à l’arrivée d’une infirmière. Elle les salue silencieusement et vérifie le pouls de Mikael et la saturation en oxygène.

— Ses mains se sont refroidies, lui dit Reidar.

— C’est bientôt l’heure de son fébrifuge, le rassure l’infirmière.

— Vous lui donnez aussi des antibiotiques, j’espère ?

— Oui, mais parfois il faut compter deux jours avant qu’ils fassent effet.

L’infirmière lui adresse un sourire apaisant avant de suspendre une nouvelle pochette de perfusion.

Reidar l’aide, il se lève, maintient la tubulure pour lui faciliter la tâche, puis la suit jusqu’à la porte.

— Je voudrais parler avec le médecin, dit-il.

Mikael pousse un soupir et chuchote quelque chose tout bas. Reidar s’arrête et se retourne. Joona se penche en avant pour tenter de saisir ses paroles.

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