Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 105 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 102

 

Anders aligne sur la table des ampoules contenant un liquide jaune injectable. Jurek, retenu par les sangles, l’observe d’un regard las.

— Je n’ai plus de sensation dans les doigts, dit-il en essayant de dégager sa main droite.

— Vous savez qu’on est parfois obligés d’avoir recours à des moyens coercitifs, répond Anders.

— La dernière fois qu’on s’est rencontrés, vous aviez l’air d’avoir peur – aujourd’hui c’est vous qui cherchez la peur dans mes yeux.

— Qu’est-ce qui vous fait croire ça ?

Jurek respire un instant, puis il s’humecte les lèvres et plante son regard dans celui d’Anders.

— Je vois que vous avez préparé trois cents milligrammes de Clopixol bien que vous sachiez que c’est trop… et que l’association avec mes médicaments habituels est risquée.

— Ce n’est pas mon sentiment, dit Anders, tandis que le rouge gagne son visage.

— Pourtant vous allez noter dans mon dossier que vous ne m’avez administré que cinquante milligrammes.

Anders ne répond pas, prépare la seringue et vérifie que l’aiguille est complètement sèche.

— Vous savez que l’intoxication peut être mortelle, poursuit Jurek. Mais je suis fort, et je vais probablement m’en tirer. Je vais crier, avoir des convulsions cloniques terribles et perdre connaissance.

— Il y a toujours un risque d’effets secondaires, répond Anders d’un ton sec.

— Pour moi, la douleur n’a aucune importance.

Anders sent son visage chauffer quand il pousse le piston et fait apparaître quelques gouttes au bout de l’aiguille. L’odeur qui s’en dégage rappelle l’huile de sésame.

— Nous avons remarqué que les autres patients vous rendent inquiet, dit Anders sans regarder Jurek.

— Vous n’êtes pas obligé de vous justifier devant moi.

Anders plante l’aiguille dans la cuisse de Jurek, et injecte trois cents milligrammes de Clopixol, puis il attend.

Jurek suffoque, ses lèvres tremblent et ses pupilles se contractent en une tête d’épingle. La salive coule de sa bouche, sur sa joue et le long de son cou.

Son corps tressaille, puis se raidit complètement, sa tête est rejetée en arrière, son dos se courbe comme s’il essayait de faire le pont, les sangles qui le maintiennent se tendent.

Il reste bloqué dans cette position, sans respirer.

Le cadre du lit craque.

Anders le contemple, la bouche ouverte. C’est un état de crampe stationnaire insupportable.

Tout à coup la contraction cesse et le corps est secoué de violents spasmes. Jurek sursaute de façon incontrôlée, se mord la langue et les lèvres, et la douleur le fait pousser des hurlements gutturaux.

Anders essaie de serrer davantage les sangles qui immobilisent le corps de Jurek. Les bras sont tellement agités que ses poignets saignent.

Il s’affaisse, gémit et halète, puis son visage devient tout blanc.

Anders s’écarte du lit et ne peut retenir un sourire en voyant les larmes couler sur les joues de Jurek.

— Ça ira mieux bientôt, ment-il pour le calmer.

— Pas pour vous, souffle Jurek.

— Qu’est-ce que vous dites ?

— Vous aurez seulement l’air surpris quand je vous couperai la tête et que je la jetterai dans…

Une autre série de crampes l’interrompt, il hurle et sa tête se tourne de côté, accentuant un éventail de tendons le long du cou et faisant craquer les vertèbres cervicales. Puis son corps tressaille de nouveau au point de secouer le lit tout entier.

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