Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 129 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 126

 

 

Susanne se met debout sur la couchette, complètement affolée, se tourne vers le mur et pleure pendant qu’elle essaie de cacher son visage avec sa main valide.

— Asseyez-vous, je vous en prie, dit Joona calmement.

— Il ne faut pas qu’il…

— Vous avez enfermé votre famille dans la cave parce que vous aviez peur de Jurek.

Elle le regarde et se met à piétiner sur le lit.

— Personne ne m’a écoutée, mais je sais parfaitement qu’il dit la vérité. J’ai senti son feu sur mon visage…

— J’aurais fait exactement la même chose que vous, dit Joona avec gravité. Si j’avais cru que je pouvais protéger ma famille contre Jurek de cette manière-là, j’aurais fait pareil.

Elle s’arrête, une interrogation dans le regard, et s’essuie la bouche.

— Je devais faire une injection de Zyprexa à Jurek. Il avait reçu des calmants, il était allongé sur le lit, il ne pouvait plus bouger. Sven Hoffman a ouvert la porte, je suis entrée et je lui ai fait l’injection dans la fesse. En collant le sparadrap, je lui ai seulement fait savoir que j’en avais assez de ses lettres, que je n’avais pas l’intention d’envoyer celle-là, je ne lui ai pas dit que je l’avais déjà brûlée, j’ai seulement…

Elle se tait et essaie de se maîtriser, tient la main devant sa bouche un instant, puis l’enlève :

— Jurek a ouvert les yeux et m’a regardée droit en face et il a parlé russe… Je ne sais pas comment il a su que je pouvais le comprendre, je ne lui avais jamais dit que j’ai vécu à Saint-Pétersbourg.

Elle se tait de nouveau et secoue la tête.

— Qu’est-ce qu’il vous a dit ?

— Il promettait d’éventrer Ellen et ma petite Anna… et de me laisser choisir laquelle des deux mourrait d’hémorragie, dit-elle et elle affiche un grand sourire pour ne pas s’effondrer. Il arrive que des patients profèrent des horreurs, on doit être capable d’encaisser pas mal de menaces, mais avec Jurek, ce n’est pas pareil.

— Vous êtes sûre que c’était du russe, et pas du kazakh ?

— Le kazakh est proche du russe, c’est vrai… mais Jurek Walter parlait un russe particulièrement soigné, comme un professeur à la Lomonossov.

— Vous lui avez dit que vous en aviez assez de ses lettres, dit Joona. Il y en avait eu d’autres ?

— Seulement celle à laquelle il répondait.

— Il en avait donc d’abord reçu une ?

— Elle m’était adressée… de la part d’un avocat qui… lui proposait d’examiner ses droits et les recours possibles.

— Et vous l’avez donnée à Jurek ?

— Je ne sais pas pourquoi, je pensais que c’était un droit fondamental, mais il n’est pas…

Elle pleure et fait quelques pas en arrière sur le lit mou.

— Essayez de vous rappeler ce que…

— Je veux mes enfants, je n’en peux plus, gémit-elle en piétinant de nouveau le lit. Il va leur faire du mal.

— Vous savez que Jurek est enfermé dans l’unit…

— Seulement quand il le veut, l’interrompt-elle en manquant de tomber. Il trompe tout le monde, il sait entrer et sortir…

— Ce n’est pas vrai, Susanne, la rassure Joona. Jurek Walter n’a pas quitté l’unité sécurisée une seule fois en treize ans.

Elle le fixe et murmure entre ses lèvres blanches et fissurées :

— Vous ne savez rien.

Elle semble sur le point d’éclater de rire.

— N’est-ce pas ? répète-t-elle. Vous ne savez réellement rien.

Ses yeux asséchés clignent et sa main est agitée d’un tremblement nerveux quand elle la lève pour écarter les cheveux de son visage.

— Je l’ai vu sur le parking devant l’hôpital, dit-elle à voix basse. Il était là, il me regardait.

Le lit craque sous ses pieds et elle prend appui avec la main contre le mur. Joona essaie de la calmer :

— Je comprends que ses menaces étaient…

— Mais vous êtes complètement débile ! crie-t-elle. J’ai vu votre nom sur la vitre…

Elle fait un pas en avant, vacille et tombe, se heurte violemment la nuque contre le bord du lit et s’effondre sur le sol.

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