Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 8 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 5

 

Anders Rönn passe le reste de la journée à se familiariser avec les procédures de l’hôpital : débriefings des visites qui se tiennent dans le service 30 à l’étage au-dessus, protocoles de traitements individuels et demandes de sortie de l’hôpital, mais ses pensées vont sans cesse à la lettre dans sa poche et à ce que Jurek lui a dit.

À dix-sept heures dix, Anders quitte le service de psychiatrie médico-légale et retrouve la fraîcheur du soir. Autour du complexe hospitalier éclairé, la nuit d’hiver est tombée.

Il réchauffe ses mains dans les poches de sa veste, se presse pour gagner l’énorme parking devant l’entrée principale de l’hôpital.

Ce matin, quand il est arrivé, l’aire était remplie de voitures ; elle est pratiquement vide à présent.

Il aperçoit une personne dissimulée derrière sa voiture et plisse les yeux pour mieux voir.

— Ohé ! lance-t-il en pressant le pas.

L’homme se retourne, passe la main sur sa bouche et s’éloigne de la voiture. C’est Roland Brolin, le chef de service.

Anders ralentit et sort la clé de sa poche.

— Vous vous attendez sans doute à des excuses, dit Brolin avec un sourire forcé.

— Je préférerais ne pas avoir à informer l’administration de ce qui s’est passé.

Brolin le regarde dans les yeux, tend sa main gauche, paume ouverte.

— Donnez-moi la lettre, dit-il calmement.

— Quelle lettre ?

— La lettre que Jurek tenait à vous transmettre. Un bout de papier, le coin d’un journal, un morceau de carton.

— J’ai récupéré un couteau, comme vous me l’aviez demandé.

— Ça, c’était l’appât. Vous ne pensez tout de même pas qu’il s’expose à une telle douleur pour si peu ?

Anders observe le médecin-chef qui essuie de la main des gouttes de transpiration sur sa lèvre supérieure.

— Qu’est-ce qu’on fait si le patient veut rencontrer un avocat ? demande-t-il.

— Rien.

— Mais il vous l’a déjà demandé ?

— Je ne sais pas, je ne l’aurais pas entendu, je mets toujours mes boules Quies, sourit Brolin.

— J’ai vraiment du mal à comprendre pourquoi…

— Vous avez besoin de ce boulot. J’ai entendu dire que vous étiez le dernier de votre promotion, vous croulez sous les dettes, vous n’avez aucune expérience, pas de références.

— C’est bon, vous avez terminé ?

— Vous feriez mieux de me donner la lettre.

— Je n’ai pas trouvé de lettre.

Brolin serre les mâchoires et le regarde droit dans les yeux pendant un instant.

— Si un jour vous en trouvez une, vous me la donnerez sans la lire.

— Bien, compris, dit Anders et il ouvre la portière de sa voiture.

Il s’assied, referme la portière, démarre le moteur. Le chef de service a l’air un peu soulagé. Il tape sur la vitre, mais Anders l’ignore, se contentant d’enclencher la première et d’embrayer. Dans le rétroviseur, il voit Brolin fixer la voiture, le visage grave.

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