Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 23 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 20

 

Joona jette un regard sur la jauge à essence en dépassant la bretelle d’accès à la station-service Statoil et son aire de repos enneigée.

Il se souvient de la conversation qu’il avait eue avec Reidar Frost et sa femme, Roseanna Kohler, trois jours après la disparition de leurs deux enfants. Il ne leur avait pas dit ce qu’il soupçonnait – qu’ils avaient été enlevés par un tueur en série que la police ne recherchait plus, un assassin dont ils n’avaient réussi à discerner l’existence que sur un plan théorique.

Joona se contenta de poser ses questions et laissa les parents s’accrocher à l’idée que leurs enfants s’étaient noyés.

La famille habitait dans une belle villa donnant sur une plage de sable et la mer. Le temps avait été clément pendant plusieurs semaines et une grande partie de la neige avait fondu. Les rues et les allées piétonnes apparaissaient, noires et mouillées. L’eau en bordure de la plage était dégagée et la glace qui la recouvrait plus loin avait un aspect gris sombre et trempé.

Joona se rappelle qu’il avait traversé la villa, était passé devant une vaste cuisine et s’était installé à une grande table blanche devant une baie vitrée. Mais Roseanna avait tiré les rideaux devant toutes les fenêtres et, bien que sa voix fût calme, sa tête tremblait en permanence.

Les recherches des enfants étaient restées infructueuses. On avait survolé la zone en hélicoptère d’innombrables fois, on avait envoyé des plongeurs sonder la mer, on avait constitué une chaîne de battue avec des volontaires et des équipes cynophiles spécialisées.

Mais personne n’avait vu ni entendu quoi que ce soit.

Le regard de Reidar Frost était celui d’un animal pris au piège.

Il ne voulait qu’une chose, poursuivre les recherches.

Assis en face des deux parents, Joona posa des questions de routine : avaient-ils reçu des menaces, quelqu’un dans leur entourage avait-il eu un comportement étrange ou inhabituel, s’étaient-ils sentis suivis.

— Tout le monde pense qu’ils sont tombés à l’eau, chuchota la femme, et sa tête fut de nouveau prise de tremblements incontrôlables.

— Vous nous avez dit qu’il leur arrivait parfois de faire le mur le soir après le coucher, poursuivit Joona calmement.

— Ils n’en ont pas le droit, évidemment, glisse Reidar.

— Mais vous saviez que parfois ils sortaient par la fenêtre pour se rendre à vélo chez un copain ?

— Chez Rikard.

— Rikard Van Horn, au numéro 7, Björnbärsvägen, dit Joona.

— On a essayé d’en parler avec Micke et Felicia, mais… ce sont des enfants et on se disait que ce n’était pas très grave, répondit Reidar en posant doucement sa main sur celle de sa femme.

— Qu’est-ce qu’ils font chez Rikard ?

— Ils jouent au Diablo, ils ne restent jamais très longtemps.

— Tous les gamins font ça, chuchota Roseanna en retirant sa main.

— Mais samedi dernier, ils ne sont pas allés chez Rikard, ils sont allés à la plage, poursuivit Joona. Ils y vont parfois le soir ?

— On ne pense pas, non, dit Roseanna et elle se releva brusquement, comme si elle ne pouvait plus contrôler son agitation intérieure.

Joona hocha la tête.

Il savait que le garçon qui s’appelait Mikael avait reçu un coup de téléphone juste avant de quitter la maison avec sa petite sœur, mais le numéro était impossible à retracer.

Se trouver ainsi face aux parents était insoutenable. Joona ne laissa rien paraître, mais il était de plus en plus persuadé que leurs enfants faisaient partie des victimes du tueur en série. Il écoutait et posait ses questions, mais ne pouvait leur révéler le fond de sa pensée.

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