Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 180 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 177

 

 

Ils ne cherchent plus à bouger en silence. Mikael soutient Reidar pour descendre l’escalier. Dans l’étroit couloir de service du rez-de-chaussée ils prennent à gauche, passent lentement devant la vieille armoire où est rangée la porcelaine fine de Noël et débouchent dans la cuisine.

Reidar doit s’arrêter à nouveau, il est à bout de forces, a besoin de s’allonger, la crampe dans sa poitrine est insoutenable.

— Tu dois fuir, dit-il en haletant. Sauve-toi, cours jusqu’à la grande route !

Sur la table de la cuisine, la bougie brûle toujours avec sa flamme vacillante. De la paraffine a coulé le long de la bouteille et sur la nappe en lin.

— Pas tout seul, dit Mikael. Je ne peux pas…

Reidar prend une grande inspiration et avance encore, mais des éclairs viennent troubler sa vue. Il prend appui sur le mur avec la main, poussant au passage la grande peinture d’Erland Cullberg qui se retrouve de guingois.

Ils traversent la salle de musique et Reidar sent à peine le sol sous ses pieds nus.

Ils ne prêtent aucune attention au sang qui macule le parquet, continuent tout droit dans le vestibule. La porte d’entrée est ouverte et la neige s’est engouffrée sur le tapis persan, elle couvre le sol jusqu’au grand escalier.

Mikael court vers la penderie, sort précipitamment le manteau de Reidar et trouve le vaporisateur rose de trinitrine. Avec des mains tremblantes, Reidar approche le flacon de ses lèvres, ouvre la bouche et pulvérise la nitroglycérine sous sa langue, fait quelques pas en arrière et vaporise une autre dose du médicament.

Il fait un geste pour montrer le vide-poche de l’autre côté du vestibule où se trouvent les clés de la voiture.

Des pas pesants résonnent maintenant dans la cuisine. Ils n’auront pas le temps. Ils se précipitent dehors dans le sombre matin d’hiver.

L’air est glacial.

Le vent a accumulé la neige sur l’escalier de pierre. Mikael porte des chaussures de sport, tandis que le froid brûle les pieds nus de Reidar.

La douleur dans sa poitrine a cédé et ils progressent beaucoup plus rapidement désormais. Ils courent tout droit à la voiture de Saga Bauer.

Reidar tire sur la portière, regarde à l’intérieur. La clé de contact n’est pas là.

Jurek Walter sort sur le perron et les observe dans la pénombre. Il secoue le couteau pour le débarrasser du sang, puis se dirige vers eux.

Ils pataugent dans la neige en direction de l’écurie, mais Jurek est beaucoup trop rapide. Le regard de Reidar erre sur les champs. La glace sombre qui recouvre la rivière se devine tel un ruban serpentant dans la neige jusqu’aux flots impétueux du rapide.

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