Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 131 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 128

 

 

Pollock, Joona et Corinne se penchent ensemble au-dessus de la table et font un résumé de la situation. Quelques heures plus tôt, ils n’avaient toujours aucune piste à explorer. Mais grâce à l’infiltration de Saga, ils disposent désormais d’un lieu. La langue de Jurek Walter a fourché lorsqu’il a chuchoté “Leninsk”. Il a grandi au Kazakhstan, mais comme Susanne Hjälm l’a entendu parler un russe soigné, sa famille est très vraisemblablement originaire de Russie.

— Leurs services de renseignement n’étaient vraiment au courant de rien, répète Corinne.

Joona prend son téléphone et cherche un contact qu’il n’a pas appelé depuis de nombreuses années. Une douce chaleur se répand dans tout son corps quand il se rend compte qu’il est peut-être sur la bonne piste pour percer l’énigme Jurek Walter.

— Qu’est-ce que tu vas faire ? demande Corinne.

— Parler avec une vieille connaissance.

— Tu appelles Nikita Karpin ! s’exclame Pollock. C’est ça, hein ?!

Joona s’éloigne, le téléphone collé à l’oreille. Les sonneries retentissent mêlées à des échos confus, et au bout d’un long moment, un crépitement éclate.

— Je crois t’avoir déjà remercié de ton aide pour Pitchouchkine, non ? demande Karpin en allant droit au but.

— Oui, tu m’as envoyé quelques petites savonnettes que…

— Et ça ne te suffit pas ? Tu es le garçon le plus obstiné que j’aie jamais rencontré, j’aurais dû me douter que tu reviendrais me déranger un jour ou l’autre.

— On a un cas compliqué ici qui…

— Je ne discute jamais au téléphone, l’interrompt Nikita.

— Si j’installe une ligne cryptée ?

— Nous la craquerons en vingt secondes, rit le Russe. Mais ça n’a rien à voir. Je me suis retiré des affaires et je ne peux pas t’aider.

— Mais tu dois avoir des contacts, tente Joona.

— Il ne reste plus personne. Ils ne sont au courant de rien pour Leninsk, et même s’ils l’étaient, ils ne diraient rien.

— Tu savais déjà ce que j’allais te demander, soupire Joona.

— Évidemment, c’est un petit pays…

— À qui devrais-je m’adresser pour obtenir une réponse ?

— Essaie le petit FSB dans un mois… Désolé, bâille Karpin, mais il faut que j’aille promener Zean, on a l’habitude de suivre la Kliazma gelée jusqu’aux pontons de baignade, et après on revient.

— Je vois, dit Joona.

Il raccroche et sourit de la prudence exagérée du vieux bonhomme. L’ancien agent du KGB ne semble pas avoir confiance en la nouvelle Russie. Il a sans doute raison. L’idée que le pays a pris la bonne direction n’est peut-être qu’un leurre lancé au reste du monde.

Il ne s’agit pas d’une invitation officielle mais, venant de Nikita Karpin, elle est plutôt chaleureuse.

Zean, le vieux chien samoyède de Nikita, est mort huit ans plus tôt pendant une visite de Joona à son maître. Le policier suédois avait été invité pour animer trois conférences sur le travail ayant mené à l’arrestation de Jurek Walter. À cette époque, la police de Moscou était en pleine traque du tueur en série Alexandre Pitchouchkine.

Nikita Karpin sait que Joona sait que le chien est mort. Et il sait que Joona connaît sa destination quand il va marcher sur la glace de la rivière Kliazma.

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