Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 118 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 115

 

 

Quand Anders Rönn rentre du groupe parental de l’Association de l’autisme et du syndrome d’Asperger, Petra est occupée à régler des factures sur l’ordinateur. Il s’approche et l’embrasse dans la nuque, mais elle le repousse en secouant la tête. Il tente un sourire et essaie de lui caresser la joue.

— Arrête, dit-elle seulement.

— On fait la paix ?

— Tu es allé beaucoup trop loin, dit-elle d’une voix lasse.

— Je sais, pardonne-moi, je croyais que tu voulais…

— Arrête de croire ce genre de choses !

Anders la regarde dans les yeux, hoche la tête et entre dans la chambre d’Agnes. Sa fille est assise devant la maison de poupée, lui tournant le dos. Elle tient la brosse à cheveux à la main, elle a brossé la chevelure de toutes les poupées puis les a empilées dans un des lits.

— Tu les as bien rangées, dis donc, dit Anders.

Agnes se retourne, montre la brosse et croise son regard pendant une seconde ou deux.

Il s’assied à côté d’elle et pose son bras autour de sa petite épaule. Elle se tortille lentement pour se libérer.

— Comme ça, elles dorment toutes ensemble maintenant, dit Anders joyeusement.

— Non, réplique-t-elle de sa voix monocorde.

— Qu’est-ce qu’elles font alors ?

— Elles regardent.

Agnes montre les yeux peints grands ouverts des poupées.

— Tu veux dire qu’elles ne peuvent pas dormir si elles ont les yeux ouverts, mais on peut faire semblant qu’elles…

— Elles regardent, tranche-t-elle et elle commence à remuer la tête en suivant un schéma plein d’angoisse.

— Je vois bien, dit-il pour la calmer. Mais elles sont couchées dans le lit, c’est super bien et…

— Aïe aïe aïe…

Agnes secoue sa tête par petites saccades et frappe rapidement trois fois dans ses mains. Anders la tient dans ses bras, l’embrasse sur la tête et chuchote qu’elle les a vraiment bien brossées, les poupées. Son corps finit par se détendre. Elle se met à aligner des Lego sur le sol.

La sonnette de la porte d’entrée retentit et, après un dernier regard sur Agnes, Anders quitte la chambre pour aller ouvrir.

À la lumière de l’éclairage extérieur, il voit un homme de grande taille vêtu d’un costume dont les jambes de pantalon sont mouillées et la veste déchirée au niveau de la poche. Ses cheveux sont bouclés et emmêlés, il a des fossettes aux joues et un regard sérieux.

— Anders Rönn ? demande-t-il avec un accent finnois chantant.

— Je peux vous aider ? dit Anders d’un ton neutre.

— Je suis de la Police criminelle nationale, répond-il en exhibant sa carte professionnelle. Est-ce que je peux entrer ?

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