Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 154 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 151

 

Joona enjambe quelques rangées de barbelés rouillés et poursuit en direction des vieux taudis aux vitres cassées et aux façades de brique recouvertes de tags.

Les projecteurs n’atteignent pas cette zone abandonnée et Joona sort sa lampe de poche. Il dirige le cône de lumière vers le sol, continue d’avancer et éclaire les espaces entre les bâtiments trapus.

La première maison n’a plus de porte. Le vent a amoncelé un bon mètre de neige sur le plancher noirci. La lumière de la torche passe rapidement sur des canettes de bière vides, des couvertures sales, des préservatifs et des gants en latex.

Pataugeant dans la neige profonde, il va de seuil en seuil et regarde à l’intérieur des maisons à travers des vitres fêlées ou manquantes. Les anciens logements des travailleurs immigrés sont abandonnés depuis de nombreuses années. Tout est vide et sale. À certains endroits, le toit s’est effondré et il manque des pans de mur entiers.

Il ralentit en s’apercevant que les carreaux de l’avant-dernière maison sont intacts. Un vieux chariot de supermarché est renversé contre la façade.

D’un côté de la maison, le sol descend en pente très abrupte vers le fond de la gravière.

Joona éteint la torche, avance prudemment jusqu’à la façade, s’arrête et écoute un instant avant de rallumer sa lampe de poche.

Il n’entend que le sifflement du vent au-dessus des toits.

Plus loin dans l’obscurité, il devine la toute dernière maison de la rangée. Elle semble n’être qu’une ruine recouverte de neige.

Il s’approche de la fenêtre et éclaire la pièce à travers les carreaux sales. La lueur danse lentement sur une plaque électrique encrassée branchée sur une batterie de voiture, un lit étroit avec quelques couvertures grossières, un poste de radio et son antenne brillante, des bidons d’eau et une dizaine de boîtes de conserve.

Dans le coin supérieur gauche de la porte, il distingue un quatre presque effacé.

Il peut bel et bien se trouver devant le logement numéro quatre dont parlait Nikita Karpin.

Joona appuie doucement sur la poignée, entre et referme la porte derrière lui. Ça sent le vieux tissu humide. Une bible est posée sur une étagère en mauvais état. Le logement ne comporte qu’une seule pièce, avec une fenêtre et une porte.

Joona réalise qu’il est parfaitement visible de l’extérieur.

Le plancher grince sous son poids.

Il éclaire les murs devant lesquels sont empilés des livres endommagés par l’humidité. Dans un coin, la lumière de la lampe torche lui renvoie un reflet.

Il s’approche et voit des centaines de petits flacons alignés au sol.

Des flacons en verre sombre fermés par une membrane en caoutchouc.

Du Sévoflurane, un puissant anesthésique.

Joona sort son téléphone portable, compose le numéro d’appel d’urgence et demande une intervention policière et une ambulance.

Le silence revient, il n’entend plus que sa propre respiration et le plancher qui grince.

Tout à coup, il perçoit du coin de l’œil un mouvement devant la fenêtre et, en un éclair, il dégaine son Colt Combat et enlève le cran de sûreté.

Il n’y a personne à l’extérieur, seulement de la neige éparse que le vent balaie des toits.

Il baisse son arme.

Sur le mur près du lit est affichée une coupure de journal jaunie qui présente le premier homme dans l’espace, Rymdryssen comme l’appellent les fabricants de titres du quotidien Expressen.

C’est ici que le père s’est donné la mort.

Joona envisage d’aller explorer les autres maisons quand ses yeux repèrent la trappe dans le plancher. Ses contours sont parfaitement visibles sous une lirette sale.

Avec précaution, il s’allonge et y colle son oreille, mais ne perçoit aucun bruit venant du sous-sol.

Après un rapide coup d’œil vers la fenêtre, il retire le tapis et ouvre le lourd abattant en bois.

Une odeur poussiéreuse de sable monte de l’obscurité.

Il se penche, éclaire l’ouverture avec sa torche et découvre un escalier raide en béton.

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