Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 53 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 50

 

 

Les enceintes sifflent et certains sons se trouvent amplifiés, comme du papier qu’on froisse, tandis que d’autres sont à peine audibles. Parfois les pleurs de Reidar ressortent clairement, comme lorsque son fils raconte les fabulations de Felicia sur la capsule spatiale.

Pendant qu’ils écoutent, Nathan Pollock prend des notes dans son carnet et Magdalena Ronander retranscrit la conversation à l’ordinateur. La voix sérieuse de Joona résonne dans les enceintes :

— Tu dis qu’on ne peut pas s’évader. Et pourtant tu l’as fait…

— On ne peut pas s’évader, ça ne s’est pas passé comme ça, répond Mikael Kohler-Frost vivement.

— Ça s’est passé comment alors ?

— Le Marchand de sable soufflait sa poussière sur nous et quand je me suis réveillé, j’ai compris que je n’étais plus dans la capsule. Il faisait totalement noir, mais j’ai compris que la pièce était différente, et j’ai senti que Felicia n’était plus là, près de moi. J’ai tâté les murs dans l’obscurité et j’ai trouvé une porte avec une poignée… je l’ai ouverte et je me suis retrouvé dans un couloir… Sur le moment, je ne me suis pas dit que j’étais en train de m’évader, mais je savais que je devais continuer d’avancer… Je suis arrivé devant une porte fermée à clé et j’ai cru que c’était un piège. Le Marchand de sable pouvait revenir d’une seconde à l’autre… J’ai paniqué et j’ai cassé le carreau de la porte avec ma main, j’ai passé le bras par le trou et j’ai tourné la clé… J’ai couru à travers un dépôt plein de sacs de ciment et de cartons recouverts de poussière… et alors je me suis rendu compte que le mur à droite n’était qu’une bâche en plastique tendue, maintenue avec du gros scotch… J’avais du mal à respirer et en arrachant le plastique, j’ai vu que j’avais les doigts en sang. J’ai compris que je m’étais blessé sur le carreau de la porte, mais ça m’était égal, j’avançais sur un immense sol en béton… C’était une pièce encore inachevée et j’ai simplement continué dehors dans la neige… Le ciel n’était pas encore complètement noir… J’ai couru et j’ai dépassé une pelle mécanique, elle avait une étoile bleue. Je suis entré dans la forêt et j’ai commencé à comprendre que j’étais libre. J’ai continué à courir entre les arbres et les buissons, la neige sur les branches m’a dégringolé dessus, je n’ai pas regardé en arrière, j’ai traversé un champ et je suis monté vers un petit bosquet d’arbres quand j’ai été arrêté net… Je m’étais pris une branche morte droit dans l’aine, j’étais coincé, je suis resté comme ça. Ça faisait mal et le sang coulait dans ma chaussure. J’ai voulu me dégager, mais j’étais bloqué… J’ai pensé que j’allais casser la branche, j’ai essayé, mais je n’y suis pas arrivé, j’étais trop faible et je suis resté là, j’ai eu l’impression d’entendre les doigts de porcelaine du Marchand de sable… Quand j’ai voulu me retourner, j’ai glissé et la branche s’est arrachée. Je ne sais pas si j’étais en train de perdre connaissance… J’étais tellement lent, mais je me suis redressé, je suis monté sur un talus, j’ai trébuché et j’ai cru que je n’aurais plus de forces, mais j’ai rampé et je suis arrivé sur des rails. Je ne sais pas combien de temps j’ai marché là, j’avais froid, mais j’ai continué, parfois je voyais des maisons au loin, mais j’étais tellement fatigué que je n’ai fait que suivre les rails… Il neigeait de plus en plus, mais j’ai marché, marché, comme dans un rêve, j’avais l’intention de ne jamais m’arrêter, tout ce que je voulais, c’était m’en aller très loin…

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