Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 155 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 152

 

Le sable qui recouvre les marches crisse sous les chaussures de Joona quand il descend dans le noir. Après dix-neuf marches, il accède à une pièce relativement spacieuse. Le faisceau de la lampe de poche volette sur les murs en béton. Un tabouret est posé pratiquement au milieu de la pièce et sur un des murs est accroché un panneau d’Isorel garni de quelques punaises et d’une pochette en plastique vide.

Il doit se trouver dans l’un des nombreux abris antiatomiques qui furent construits en Suède pendant la guerre froide.

Un étrange silence plane dans l’air.

La pièce forme un petit angle. Au fond, sous l’escalier, Joona remarque une porte solide.

C’est ici, forcément.

Il remet le cran de sûreté et glisse le pistolet dans son holster pour se libérer une main. La porte d’acier est munie de tiges transversales qui se ferment quand on actionne une roue au milieu du vantail.

Il tourne la roue en sens inverse des aiguilles d’une montre et un grondement s’échappe du métal quand les grosses tiges se retirent de leurs cylindres.

La porte est lourde à ouvrir, le métal fait au moins quinze centimètres d’épaisseur.

Il éclaire l’intérieur de l’abri avec sa lampe et voit un matelas sale par terre, un canapé et une arrivée d’eau sur le mur.

Il n’y a personne.

Une puanteur d’urine flotte dans l’air.

Il éclaire de nouveau le canapé, s’en approche tout doucement. Il écoute, avance encore un peu.

Elle se cache peut-être.

Il a subitement la sensation d’être suivi. Il pourrait très bien se retrouver emprisonné dans la même pièce que Felicia. Il se retourne et voit la lourde porte se fermer. Les charnières puissantes grincent. Il réagit immédiatement, se jette en avant et parvient à glisser la lampe de poche dans l’entrebâillement. La porte la comprime dans un crissement prolongé et le verre éclate.

Joona ramasse la lampe torche, pousse la porte avec l’épaule, dégaine de nouveau son arme et revient dans la première pièce.

Elle est vide.

Le Marchand de sable s’est déplacé avec un remarquable silence.

D’étranges phénomènes optiques scintillent devant ses yeux qui s’efforcent de distinguer des contours dans l’obscurité.

L’ampoule de la torche électrique ne diffuse plus qu’un mince filament lumineux, un éclat ténu.

Les seuls bruits sont ceux de ses propres pas et de sa propre respiration.

Il tourne son visage vers l’escalier de béton qui monte au rez-de-chaussée. L’abattant est toujours ouvert.

Il secoue la lampe de poche, mais la lumière faiblit encore davantage.

Joona perçoit soudain un cliquetis diffus, il pense au bout des doigts en porcelaine et retient machinalement sa respiration. Au même instant, un chiffon froid est plaqué sur sa bouche et son nez.

Il pivote et frappe fort, mais dans le vide, et il manque de tomber.

Il balaie la pièce avec son pistolet, le canon frotte contre le béton.

Le souffle court, il s’adosse au mur et brandit la lampe de poche dans le noir.

Le cliquetis provenait sans doute des petits flacons d’anesthésiant quand le Marchand de sable a versé la substance volatile sur le chiffon.

Joona a le vertige, il déglutit plusieurs fois et se retient de vider le chargeur de son pistolet dans le noir.

Il lui faudrait ressortir à l’air libre, mais il se force à rester là où il est.

Tout est silencieux, il n’y a personne.

Joona attend quelques secondes avant de retourner dans la capsule. Ses mouvements lui paraissent bizarrement décalés, son regard dévie involontairement sur le côté. Avant d’entrer, il tourne le volant de la porte dans l’autre sens, bloquant les tiges en position fermée pour empêcher la porte de claquer derrière lui.

La faible lueur de la lampe de poche tressaute sur les murs gris. Il atteint le canapé, l’écarte précautionneusement du mur et découvre une femme maigre allongée sur le sol.

— Felicia ? Je suis policier, chuchote-t-il. Je vais t’aider à sortir de là.

Il la touche, sa peau est brûlante. Elle a une très forte fièvre et a perdu connaissance. À l’instant où il la soulève du sol, elle est secouée par des spasmes violents.

Joona grimpe l’escalier en la portant dans ses bras. La lampe torche lui échappe des mains, il l’entend dégringoler les marches. Il comprend que Felicia peut mourir à tout moment s’il n’arrive pas à faire baisser la fièvre. Son corps s’est relâché. Il ne sait pas si elle respire encore quand il sort par la trappe.

Il traverse à toutes jambes la petite pièce, ouvre la porte d’un coup de pied, dépose Felicia dans la neige et réalise avec un immense soulagement qu’elle respire encore.

— Felicia, tu as énormément de fièvre… pauvre petite…

Il la recouvre de neige, lui parle d’une voix réconfortante pour la calmer, tout en gardant le pistolet dirigé sur la porte de la maison.

— L’ambulance est en route, dit-il. Tout va s’arranger, je te le promets, Felicia. Ton frère et ton père vont être fous de joie, tu leur as tellement manqué, tu m’entends ?

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