Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 187 sur 187

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Le Marchand de sable

Épilogue

 

 

Deux jours plus tard, Saga Bauer traverse le Rådhusparken pour se rendre au quartier général de la Säpo. Des oiseaux gazouillent dans les buissons et dans les arbres enveloppés de neige.

Ses cheveux ont commencé à repousser. Elle a douze points de suture à la tempe et cinq à l’arcade sourcilière gauche.

Hier au téléphone, son chef, Verner Zandén, l’a priée de se présenter à son bureau à huit heures du matin afin de recevoir la médaille d’honneur de la Säpo.

C’est une cérémonie qui lui paraît déplacée. Trois hommes sont morts au manoir et le corps de Jurek Walter a été emporté loin sous la glace jusqu’au lac en bas du manoir de Råcksta.

Avant qu’on l’autorise à sortir de l’hôpital, elle avait eu le temps de rendre visite à Joona dans sa chambre. Allongé, le regard absent, il répondait patiemment à ses questions concernant Jurek Walter et son frère, et les raisons pour lesquelles ils avaient commis toutes ces horreurs.

Le corps de Joona tremblait comme s’il était encore en hypothermie, tandis qu’il lui racontait lentement le fin mot de l’histoire.

Vadim Levanov avait fui Leninsk avec ses deux fils, Igor et Roman, après l’accident catastrophique en 1960 quand un missile intercontinental avait explosé sur l’aire de lancement. Via de nombreux détours, il était arrivé en Suède, avait obtenu un permis de travail et était employé à la grande carrière de granulats de Rotebro. Ses enfants vivaient clandestinement avec lui dans le logement d’ouvrier, il leur faisait l’école le soir et les gardait à l’intérieur durant la journée. Il espérait obtenir la nationalité suédoise et un nouveau départ dans la vie pour tous les trois.

Joona avait demandé un verre d’eau chaude et quand Saga s’était penchée en avant pour l’aider à boire, elle avait senti qu’il frissonnait de la tête aux pieds malgré la chaleur que son corps dégageait.

Reidar avait déjà raconté à Saga comment, dans son enfance, il avait rencontré les jumeaux au lac d’Edssjön et avait commencé à jouer avec eux. Ils l’avaient emmené à la carrière et, bien que cela fût interdit, ils y jouaient dans les gros tas de sable tamisé. Un soir, Reidar s’était fait prendre par un contremaître. Il avait eu tellement peur des représailles qu’il avait dénoncé les deux garçons plus âgés et avait montré où ils habitaient.

Les jumeaux furent ainsi découverts, puis pris en charge par la Commission pour la protection de l’enfance et, puisqu’ils ne figuraient dans aucun registre suédois, l’affaire fut confiée à la Commission pour les étrangers.

Joona avait dû demander une couverture chauffante à une infirmière avant de révéler la suite à Saga. Igor avait contracté une pneumonie et se trouvait à l’hôpital quand Roman fut expulsé vers le Kazakhstan. Comme il n’avait pas de famille dans ce pays, il fut placé dans un orphelinat à Pavlodar.

À partir de l’âge de treize ans, il travaillait sur les péniches le long de la rivière Irtych. Pendant les troubles consécutifs à la déstalinisation, il fut recruté de force par une milice tchétchène. Les miliciens emmenèrent le garçon âgé de quinze ans dans un faubourg de Grozny et firent de lui un soldat.

— Les frères ont été envoyés dans des pays différents, avait dit Joona à mi-voix.

— C’est scandaleux, avait chuchoté Saga.

La Suède était inexpérimentée et n’avait aucun programme d’accueil des réfugiés digne de ce nom à cette époque-là. Beaucoup d’erreurs furent commises et le jumeau de Roman fut envoyé en Russie dès son rétablissement. Il s’est retrouvé à l’orphelinat Internat 67 dans le district de Kouzminki dans le sud-est de Moscou où on l’a catalogué malade mental, simplement parce qu’il était encore affaibli par sa maladie. Lorsque, après de nombreuses années comme soldat, Roman s’enfuit de la Tchétchénie, il réussit à pister son frère dans une clinique psychiatrique, l’Institut Serbski, où il était interné, et totalement brisé psychiquement.

Saga est restée tellement plongée dans l’histoire des frères jumeaux qu’elle ne remarque pas Corinne Meilleroux qui arrive devant les portes blindées en même temps qu’elle. Elles se percutent presque. Vêtue d’un trench-coat noir et portant des bottes à talons aiguilles, Corinne a rassemblé son épaisse chevelure en chignon. Ce n’est qu’à cet instant que Saga prend conscience de sa propre tenue. Elle aurait peut-être dû enfiler autre chose que son jean habituel et sa parka doublée.

— Je suis très impressionnée, sourit Corinne et elle la serre dans ses bras.

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Saga et Corinne sortent de l’ascenseur et remontent côte à côte le couloir jusqu’au grand bureau du patron. Verner Zandén, Nathan Pollock et Carlos Eliasson sont déjà là, à les attendre. Sur la table, sont posés une bouteille de Taittinger et cinq verres à champagne.

 

On ferme la porte et Saga serre la main des trois hommes.

— Nous allons commencer par une minute de silence pour honorer la mémoire de notre collègue Samuel Mendel et sa famille, et la mémoire de toutes les autres victimes, dit Carlos.

Saga baisse les yeux, elle a du mal à fixer son regard sur quoi que ce soit. Elle voit encore les photos de l’intervention policière dans la zone industrielle où était située l’ancienne fabrique de mortier. Au petit matin, tout le monde avait compris qu’on ne trouverait pas de victimes vivantes. Dans la neige boueuse, les techniciens de la police scientifique avaient commencé à placer des plots numérotés devant les quatorze tombes. Les deux fils de Samuel Mendel avaient été retrouvés attachés ensemble dans une fosse, recouverts seulement d’une plaque de tôle ondulée. Les restes de Rebecka étaient enterrés dix mètres plus loin dans un tonneau équipé d’un tuyau en plastique, pour respirer.

Les voix de ses collègues se noient dans les acouphènes de Saga, et elle ferme les yeux et essaie de comprendre.

Les jumeaux traumatisés avaient gagné la Pologne où Roman avait tué un homme, s’était emparé de son passeport, pour devenir Jurek Walter. À Swinoujscie, ils avaient pris un ferry pour Ystad en Suède, puis avaient gagné le centre du pays.

Les deux frères revinrent en quadragénaires là où on les avait séparés de leur père quand ils étaient enfants, à l’appartement numéro quatre des baraquements pour travailleurs immigrés à la carrière de Rotebro.

Le père avait essayé de retrouver la piste de ses fils pendant des décennies, mais il ne pouvait pas lui-même retourner en Russie, car on l’aurait aussitôt expédié dans un camp du Goulag. Il avait envoyé des centaines de lettres et avait attendu leur retour, mais un an seulement avant que les frères ne reviennent en Suède, le vieil homme abandonna la partie et se pendit dans sa cave.

À ce moment-là de son récit, Joona avait fermé les yeux et voulu se redresser dans son lit pour expliquer que lorsque Jurek Walter apprit le suicide de son père, les derniers restes de son âme s’étaient envolés.

— Il a alors commencé à tracer son cercle de sang et de vengeance, avait dit Joona de façon quasi inaudible.

Toutes les personnes qui avaient contribué à l’éclatement de sa famille allaient vivre le même destin. Jurek allait leur prendre leurs enfants, leurs petits-enfants et leurs femmes, leurs frères et leurs sœurs. Les coupables seraient laissés aussi seuls que leur père dans la carrière de sable, ils attendraient année après année, et lorsqu’ils auraient mis fin à leurs jours, alors seulement ceux qui étaient encore vivants seraient autorisés à revenir.

Voilà pourquoi les jumeaux ne tuaient pas leurs prisonniers – ce n’étaient pas les enterrés vivants qu’ils cherchaient à punir, mais ceux qui restaient. Dans l’attente des suicides, les victimes étaient placées dans des cercueils ou des tonneaux pourvus de tuyaux pour respirer. La plupart succombaient au bout de quelques jours, mais certains survivaient pendant plusieurs années.

Les corps retrouvés dans la forêt de Lill-Jan et à proximité de la vieille zone industrielle d’Albano éclairaient d’une lumière explicite l’épouvantable vengeance de Jurek Walter. L’homme avait suivi un plan parfaitement logique, ce qui éloignait précisément son mode opératoire de celui d’autres tueurs en série, et laissait croire à un choix de victimes totalement irrationnel.

Il faudrait encore beaucoup de temps à la police pour tirer au clair tous les détails, mais ce mystère-là, du choix des victimes, était d’ores et déjà percé. Tous ceux qui avaient été autrefois impliqués d’une manière ou d’une autre dans l’éclatement de la famille avaient été identifiés. Depuis Reidar Frost, qui avait révélé l’existence des garçons au contremaître de la carrière, jusqu’aux fonctionnaires et décideurs à la Commission pour les étrangers, en passant par les responsables à la Commission pour la protection de l’enfance.

Saga pense à Jeremy Magnusson, qui était un jeune homme quand il avait été en charge du cas des jumeaux à la Commission pour les étrangers. Jurek a pris sa femme, son fils et son petit-fils et, pour finir, sa fille Agneta. Quand Jeremy s’est pendu dans sa cabane de chasse, Jurek s’est rendu à la tombe d’Agneta, qui était encore en vie, pour la faire sortir.

Jurek l’avait effectivement déterrée, exactement comme il l’avait laissé entendre à Joona. Il avait ouvert le cercueil, était resté devant la tombe et avait observé les mouvements aveugles d’Agneta. Elle était une sorte de version de lui-même dans ce cercle infernal, un enfant qui allait revenir vers le néant.

Joona avait raconté que le frère de Jurek était si psychiquement atteint qu’il vivait parmi les vieilles affaires du père dans le logement pour travailleurs immigrés abandonné. Il obéissait aveuglément à Jurek, apprenait à manipuler des anesthésiques et aidait son frère à enlever les gens et à soigner les tombes. L’abri antiatomique que le père avait construit au cas où il y aurait une guerre nucléaire faisait en quelque sorte fonction de gare de triage pour les gens enlevés, dans l’attente d’un placement dans des tombes.

Saga est arrachée à ses pensées quand son chef fait tinter son verre avec un stylo et demande le silence. Avec grand sérieux, il va chercher une boîte bleue dans un coffre-fort, l’ouvre et en sort la médaille en or.

Une étoile entourée d’une couronne, avec un ruban bleu et jaune. La médaille d’honneur du service de la sûreté de l’État, la Säpo.

Elle ne s’y attendait pas, mais le cœur de Saga frétille quand elle entend la voix de basse de Verner parler du grand courage, de la bravoure et de l’intelligence dont elle a fait preuve.

L’instant est empreint de solennité et d’émotion.

Les yeux de Carlos brillent et Nathan, tout en conservant un regard plein de gravité, sourit à Saga.

La jeune femme fait un pas en avant, puis Verner épingle la médaille sur sa poitrine.

Corinne applaudit et lui adresse un sourire chaleureux. Carlos fait sauter le bouchon de champagne jusqu’au plafond.

Saga trinque avec eux et reçoit leurs félicitations. De temps en temps un sifflement atroce à l’oreille vient troubler son audition.

— Que vas-tu faire maintenant ? demande Pollock.

— Je suis en arrêt maladie, mais… je ne sais pas.

Ça lui semble impossible de demeurer dans son appartement poussiéreux, avec ses plantes vertes mortes, son sentiment de culpabilité et ses souvenirs.

— Saga Bauer, tu as accompli un acte inestimable pour ton pays, dit Verner, puis il explique que, malheureusement, il est obligé de reprendre la médaille, puisque la mission est classée confidentielle et déjà effacée de tous les registres.

Sans façon, il défait la médaille de la poitrine de Saga, la repose doucement dans sa boîte qu’il place dans le coffre-fort avant de soigneusement verrouiller la porte.

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Le soleil a réussi à percer le ciel brumeux quand Saga sort du métro sous la neige qui tombe. Les points de suture de sa tempe tirent sur sa peau et un sentiment de vide s’abat sur elle.

 

Après l’arrestation de Jurek Walter, Samuel Mendel et Joona Linna s’étaient retrouvés sur sa liste de vengeance. Le frère jumeau avait enlevé la famille de Samuel et était aux trousses de Summa et Lumi au moment où elles trouvèrent la mort dans un accident de la route.

La seule raison plausible pouvant expliquer pourquoi Mikael et Felicia avaient été maintenus dans la capsule, c’est que Jurek n’avait jamais eu le temps de donner l’ordre à son frère de les enterrer. Tandis que la famille de Samuel Mendel était enfouie, eux étaient restés prisonniers pendant toutes les années où Jurek s’était retrouvé isolé dans l’unité sécurisée. Le frère leur donnait des restes de nourriture et veillait à ce qu’ils ne puissent pas s’évader, en attendant les directives.

Jurek n’avait probablement pas prévu une condamnation de la cour d’appel aussi sévère : internement dans l’unité sécurisée de l’hôpital Löwenströmska pour un temps indéfini et sans contact avec l’extérieur.

Jurek Walter attendait son heure et élaborait un plan pendant que les années s’écoulaient. Les deux frères avaient probablement tenté différentes approches chacun de son côté, jusqu’à ce que Susanne Hjälm choisisse de donner à Jurek une lettre d’un avocat. Il est impossible de dire ce que contenait le texte crypté, mais tout indique que le frère de Jurek lui transmettait tout simplement un rapport de la situation de Joona Linna.

Jurek avait besoin d’un bol d’air, et il réalisa qu’il existait un moyen de briser son isolement si seulement il pouvait faire partir une lettre adressée à la boîte postale que les frères avaient parfois utilisée pour communiquer.

Les jumeaux avaient appris le cryptage par leur père et Jurek donna à sa lettre la tournure d’une demande d’aide juridique. En réalité, Jurek y transmettait l’ordre de libérer Mikael. Il savait que Joona Linna serait mis au courant et que, d’une façon ou d’une autre, la police l’approcherait pour découvrir l’endroit où Felicia était retenue. Il ne savait pas sous quelle forme cela se produirait, mais il était sûr que cette approche lui fournirait l’occasion qu’il attendait.

Comme personne n’était venu dans sa cellule d’isolement pour tenter de lui soutirer des informations sur la fille, il comprit que l’un des nouveaux patients était un agent de police, et lorsque Saga tenta de sauver Bernie Larsson, il n’eut plus de doute : c’était elle.

Jurek avait observé le jeune médecin Anders Rönn, l’avait vu outrepasser ses pouvoirs et jouir de sa position de chef dans le service d’isolement.

Il avait détecté sa fascination ouverte pour Saga et y avait vu un moyen de réaliser son évasion. La seule chose qu’il avait à faire, c’était d’amener le jeune médecin à entrer dans la cellule de Saga, avec les clés et sa carte magnétique. Il savait que Anders Rönn ne saurait résister à la beauté endormie. Jurek consacra plusieurs nuits à laisser sécher du papier toilette mouillé sur son visage afin d’obtenir un masque et de créer l’illusion qu’il dormait dans son lit.

 

Saga s’arrête devant une boulangerie, mais elle ne sait pas si elle a vraiment envie d’y entrer.

Joona disait que Jurek mentait à tout le monde. Jurek écoutait et assemblait à son profit tout ce qu’il apprenait en ajoutant quelques vérités aux mensonges pour les rendre plus crédibles.

Saga fait demi-tour et traverse la place Mariatorget. La neige vole en tourbillons et elle marche comme dans un tunnel de deuil, dans une solitude indissociable de la lumière hivernale et du souvenir d’elle-même petite fille.

Elle ne voulait pas tuer sa mère, elle le sait, ce n’était pas son intention.

Saga poursuit lentement son chemin et pense à son père. Lars-Erik Bauer. Cardiologue à l’hôpital Sankt Göran. Elle ne lui a pas véritablement parlé depuis ses treize ans. Pourtant Jurek a réussi à éveiller en elle le souvenir de son père la poussant sur sa balançoire chez ses grands-parents quand elle était petite, avant que maman ne tombe malade…

Elle s’arrête là, au milieu du trottoir, et sent des frissons parcourir sa nuque, glisser sur ses bras.

Un homme qui tire une petite fille sur une luge la dépasse, la luge frotte contre le revêtement de la chaussée.

Jurek mentait à tout le monde, Saga le sait.

Pourquoi croit-elle qu’il lui a dit la vérité, à elle ?

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Saga s’assied sur un banc public recouvert de neige, sort son téléphone de sa poche et appelle l’Aiguille.

— Nils Åhlén, médico-légal.

— Salut, c’est Saga Bauer. J’aimerais…

— Le cadavre est identifié maintenant, l’interrompt l’Aiguille. Il s’appelait Anders Rönn.

— Ce n’est pas ça que je voulais te demander.

— Ah… Quoi d’autre alors ?

Il y a un petit silence et Saga voit la neige s’envoler de la sculpture du dieu Thor brandissant son marteau devant le serpent de Midgard. Et soudain, elle s’entend demander :

— Combien de comprimés de Kodein Recip faut-il prendre pour en mourir ?

— Enfant ou adulte ? demande l’Aiguille sans montrer l’ombre d’une surprise.

— Adulte, répond Saga et elle déglutit plusieurs fois.

Elle entend l’Aiguille respirer par le nez, puis le bref crépitement de ses doigts sur les touches d’un clavier.

— Selon la corpulence et la tolérance… je dirais que la dose létale se situe entre trente-cinq et quarante-cinq comprimés.

— Quarante-cinq ? dit Saga et elle pose la main sur son oreille quand l’acouphène se met à vibrer plus fort. Mais si la personne n’en a eu que treize, est-ce qu’elle peut en mourir ? Est-ce qu’elle peut mourir en prenant treize comprimés ?

— Non, certainement pas, elle va dormir et se réveiller avec…

— Alors elle a pris le reste elle-même, chuchote Saga et elle se lève en titubant.

Des larmes de soulagement lui montent aux yeux. Jurek était un menteur, il ne faisait que ça, il détruisait les gens avec ses mensonges.

Pendant toute sa vie, elle a haï son père parce qu’il les avait quittées. Parce qu’il n’était pas venu, parce qu’il avait laissé sa mère mourir.

Il faut qu’elle découvre la vérité. Elle ne peut plus en rester là.

Elle prend de nouveau son téléphone, appelle les renseignements et demande le numéro de Lars-Erik Bauer à Enskede.

Saga traverse lentement la place pendant que la sonnerie retentit à l’autre bout du fil.

— C’est Pellerina, répond une voix d’enfant.

Saga est prise au dépourvu et raccroche sans rien dire. Elle se tient immobile et regarde le ciel blanc au-dessus de l’église Sankt Paul.

— Merde, murmure-t-elle et elle recompose le numéro.

Elle patiente dans la neige en attendant que la voix d’enfant réponde de nouveau.

— Salut Pellerina, dit-elle calmement. J’aimerais parler à Lars-Erik.

— C’est de la part de qui ? demande la petite fille, comme une grande personne.

— Je m’appelle Saga, chuchote-t-elle.

— J’ai une grande sœur qui s’appelle Saga, dit Pellerina. Mais je ne l’ai jamais rencontrée.

Saga est incapable de lui répondre. Une grosse boule est coincée dans sa gorge. Elle entend Pellerina confier le combiné à quelqu’un et dire que Saga veut lui parler.

— Ici Lars-Erik, dit une voix familière.

Saga respire profondément et pense qu’il est trop tard pour tout, sauf pour la vérité.

— Papa, je dois te demander… quand maman est morte… est-ce que vous étiez encore mariés ?

— Non. On avait divorcé deux ans auparavant, tu avais cinq ans. Elle a refusé de me laisser te voir. J’avais contacté un avocat qui devait m’aider à…

Il se tait et Saga ferme les yeux, essayant de contrôler ses tremblements.

— Maman disait que tu nous avais abandonnées, dit-elle. Elle disait que tu ne supportais pas sa maladie et que tu ne tenais pas à moi.

— Maj était malade, je veux dire psychiquement malade, elle était bipolaire et… Je suis tellement désolé que ce soit retombé sur toi.

— Je t’ai appelé ce soir-là, dit-elle d’une voix creuse.

— Oui, soupire son père. Ta mère avait l’habitude de te forcer à m’appeler… Elle-même m’appelait la nuit, trente fois, et même plus.

— Je ne savais pas.

— Tu es où, là ? Dis-moi où tu es. Je peux venir te chercher…

— Merci papa, mais… Il faut que j’aille voir un ami.

— Et après ?

— Je te rappelle.

— Je t’en prie, Saga, fais-le.

Elle hoche la tête, puis se rend dans Hornsgatan où elle arrête un taxi.

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Saga attend à l’accueil de l’hôpital Karolinska. On lui apprend que Joona Linna ne se trouve plus dans le service des soins intensifs, qu’il a été déplacé dans une chambre individuelle. Elle se dirige vers les ascenseurs et pense au visage de Joona après la mort de Disa.

 

La seule chose qu’il lui a demandée la dernière fois qu’elle lui a rendu visite, c’est de trouver le cadavre de Jurek Walter et de le lui montrer.

Elle sait qu’elle a tué Jurek, mais elle doit quand même dire à Joona que les plongeurs de la police ont exploré, sous les ordres de Carlos, la rivière gelée plusieurs jours de suite sans parvenir à récupérer le corps.

La porte de la chambre au septième étage est entrouverte. Saga s’arrête dans le couloir en entendant une femme dire qu’elle va chercher une couverture chauffante. La seconde d’après, une infirmière sort en souriant, puis se retourne vers la chambre.

— Vos yeux sont vraiment particuliers, Joona, lance-t-elle, puis elle s’en va.

Saga ferme ses paupières brûlantes, se tourne vers le mur et reste immobile un long moment avant de s’approcher de la chambre.

Elle frappe à la porte ouverte, franchit le seuil et s’arrête net dans le rayon de soleil qui pénètre par la fenêtre, avant de faire quelques pas dans la pièce.

Le lit est vide. La tubulure de la perfusion pend sur le pied, maculé de sang. Le tuyau oscille encore. Une montre au verre fendu traîne par terre, mais il n’y a personne dans la pièce.

Au bout de cinq jours, la police lance un avis de recherche, mais Joona Linna ne réapparaît pas. Six mois plus tard, on met fin à la procédure. Seule Saga Bauer continue à enquêter, car elle sait qu’il n’est pas mort.

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Dans une maison de la banlieue de Stockholm, une famille est

sauvagement assassinée. Seul un garçon échappe au massacre, mais il

navigue entre la vie et la mort, inconscient. L'inspecteur Joona Linna

décide alors de recourir à un hypnotiseur pour pénétrer le subconscient

du garçon et tenter de revoir le carnage à travers ses yeux… Roman

policier d'une intelligence redoutable doublé d'un thriller terrifiant, la

première enquête de l'inspecteur Joona Linna fera date dans l'histoire

de la littérature policière scandinave.

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Après L'Hypnotiseur (125 000 exemplaires), l'inspecteur Joona vient

mettre son nez dans une sombre affaire de suicide impossible, qu'il ne

peut s’empêcher de lier à une autre mort suspecte, doublée d'une

double disparition… Le diabolique duo Lars Kepler continue son

exploration de la face sombre de la Suède avec ce nouveau thriller

haletant, sur fond de trafic d'armes et d'embargo international contre le

Soudan.

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Une jeune adolescente est retrouvée sauvagement assassinée dans la

cellule d’isolement d’un foyer spécialisé. Un marteau ensanglanté est

retrouvé sous l’oreiller de l’une des autres occupantes, une jeune fille

troublée du nom de Nicky qui a disparu. C’est le début d’une terrible

chasse à l’homme qui va mettre à mal les intuitions de l’inspecteur

Joona Linna.

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par le Studio Actes Sud

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