Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 43 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 40

 

 

Une des neuf fenêtres du grand écran montre Jurek Walter. Tel un fauve enfermé, il fait le tour de la salle de détente, passe devant le canapé, tourne à gauche et suit le mur devant le poste de télévision. Il contourne le tapis de course, continue sur la gauche avant de retourner dans sa chambre.

Dans une autre fenêtre, Anders Rönn a une vue plongeante sur Jurek, et il l’aperçoit simultanément en plein écran sur le moniteur plus petit.

Il se lave la figure, puis s’assied sur la chaise en plastique, sans s’essuyer. Il fixe la porte, laissant l’eau s’égoutter sur sa chemise.

My est installée au poste d’opérateur. Elle consulte sa montre, attend trente secondes, regarde Jurek, coche sur son écran d’ordinateur la case correspondant à la salle de détente pour actionner le système de verrouillage de la porte.

— Aujourd’hui, il aura du steak haché au dîner… Il aime bien ça, dit-elle.

— Ah bon ?

Anders Rönn trouve les procédures qui entourent leur unique patient terriblement répétitives et ennuyeuses. La seule chose qui permet de distinguer un jour d’un autre est le débriefing à l’étage au-dessus, dans le service 30. Les autres médecins parlent de leurs patients et de leurs protocoles, et se contrefichent sûrement de l’entendre répéter que la situation dans l’unité sécurisée est inchangée.

— Tu n’as jamais essayé de parler avec le patient ? demande Anders.

— Avec Jurek ? Vaut mieux pas, répond My, et elle gratte son avant-bras tatoué. Tu comprends… il dit toujours des choses qu’on ne peut plus oublier.

Anders n’a plus reparlé avec Jurek Walter après ce premier jour. Il veille seulement à ce qu’il reçoive son injection quotidienne de neuroleptique.

— Tu sais comment il faut faire avec l’ordinateur ? demande Anders. Je n’arrive pas à fermer les dossiers des patients.

— Dans ce cas, tu n’as pas le droit de rentrer chez toi !

— Mais je…

— Je rigole. Les ordinateurs plantent tout le temps ici.

Elle se lève, attrape la bouteille de Fanta sur la table et sort dans le couloir. Anders voit que Jurek est toujours assis, parfaitement immobile, les yeux ouverts.

C’est vrai que ça n’a rien de passionnant de finaliser son service de spécialisation obligatoire à des dizaines de mètres sous terre, derrière des sas et des portes de sécurité, mais Anders se persuade que c’est formidable de travailler si près de chez lui et d’être disponible pour Agnes le soir. Il sort à son tour et suit My dans le couloir faiblement éclairé. Elle marche d’un pas détendu. Lorsqu’elle pénètre dans le bureau plus lumineux, il peut voir sa petite culotte rouge à travers le tissu blanc de son pantalon d’infirmière.

— Voyons ça, murmure-t-elle en s’installant sur la chaise d’Anders.

Elle sort l’ordinateur du mode veille et force la fermeture de l’application qui ne répond plus, puis la relance aussitôt d’un air satisfait. Anders la remercie, s’enquiert de qui sera là cette nuit et lui demande d’approvisionner le chariot à médicaments, si elle a le temps.

— Et n’oublie pas de signer le registre après, dit-il.

Il s’en va, emprunte le deuxième couloir et entre dans les vestiaires. Le service est plongé dans le silence. Il ne sait pas ce qui le pousse à ouvrir le placard de My et à fouiller dans son sac de sport. Sous un tee-shirt humide et un pantalon de jogging gris clair, il trouve une petite culotte trempée de sueur. Les mains tremblantes, il la prend, l’approche de son nez et en inspire l’odeur. Soudain, il se rend compte qu’elle peut très bien être en train de le regarder sur le moniteur, si elle est de retour au poste d’opérateur.

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