Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 80 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 77

 

 

Ils se taisent et regardent en silence le moniteur qui montre la salle de détente. Jurek Walter marche sur le tapis roulant d’un pas régulier et le nouveau patient se laisse lentement glisser dans le canapé jusqu’à se trouver complètement affalé, la nuque appuyée contre le bas du dossier. Sa chemise remonte sur son gros ventre qui remue au rythme de sa respiration. Son visage est en sueur, sa jambe tambourine nerveusement le sol et il parle en s’adressant au plafond.

— Qu’est-ce qu’il fabrique ? demande My aux deux hommes. Il parle sans arrêt, mais pour dire quoi ?

— Aucune idée, murmure Anders.

Le seul bruit qu’on entend dans le centre de vidéosurveillance est le tic-tac d’un chat doré porte-bonheur qui remue la patte.

Mentalement, Anders repasse en revue le dossier transmis par la clinique de Säter. Le nouveau patient s’appelle Bernie Larsson. Vingt et un ans auparavant, il a été condamné à des soins psychiatriques sous contrainte en milieu fermé pour ce qui est décrit comme des viols en série bestiaux.

Il est affaissé dans le canapé et crie quelque chose au plafond. La salive gicle de sa bouche. Il agite les mains de façon agressive, comme s’il donnait des coups, arrache le coussin du canapé et le jette sur le sol.

Jurek Walter n’a rien changé à ses habitudes. Avec de longues enjambées, il marche dix kilomètres sur le tapis roulant, l’arrête, descend et retourne vers sa chambre.

Bernie lui lance quelques mots. Jurek s’arrête à la porte et se retourne.

— Qu’est-ce qu’il se passe, là ? demande Anders, stressé.

Sven saisit vivement la radio, appelle deux collègues puis sort précipitamment. Anders se penche en avant et voit Sven surgir sur l’une des images. Il marche dans le couloir, parle aux autres gardes, s’arrête devant le sas et attend.

Il ne se passe rien.

Jurek se tient sur le seuil de la porte, entre les deux pièces, exactement là où son visage reste dans l’ombre. Il ne bouge pas, mais Anders et My voient tous les deux qu’il parle. Bernie reste tapi dans le canapé, il écoute les yeux fermés. Après un instant, sa lèvre inférieure se met à trembler. Tout l’incident se déroule en un peu plus d’une minute avant que Jurek fasse demi-tour et disparaisse dans sa chambre.

— 6 Allez, ouste, file dans la menuiserie, marmonne My.

Sur le grand écran, une des fenêtres montre Jurek filmé par une caméra fixée au plafond. Il entre tranquillement, s’assied sur la chaise en plastique et regarde le mur devant lui.

Au bout d’un moment, Bernie Larsson se lève du canapé. Il s’essuie plusieurs fois la bouche avec la main avant de se traîner dans sa chambre.

My fait apparaître l’image de la chambre de Bernie en plein écran sur le second moniteur, et ils voient Bernie s’approcher du lavabo, se pencher et se laver le visage. Il reste immobile, l’eau ruisselant sur ses joues, puis il retourne vers la porte qui donne sur la salle de détente, glisse son pouce sur le bord intérieur du chambranle et claque la porte de toutes ses forces. Elle ricoche aussitôt en position ouverte, et Bernie s’affaisse sur ses genoux dans un hurlement de douleur.

 

6 Allusion à Les Farces d’Emil, livre pour enfants d’Astrid Lindgren, dans lequel Emil est enfermé

dans l’atelier de menuiserie par son père chaque fois qu’il a fait une bêtise.

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