Le Marchand de sable
Chapitre 74
Le groupe d’enquêteurs mis en place par la police est composé de trente-deux personnes, aussi bien des civils que des agents des sections d’investigation et d’enquête de la Rikskrim et de la Commission des homicides.
Dans une des grandes salles de travail au quatrième étage, les murs sont couverts de cartes où sont indiqués les emplacements des disparitions et des découvertes de corps dans l’affaire Jurek Walter. Des sorties d’imprimante en couleurs de photos des disparus sont reliées à tout un réseau de constellations familiales, de collègues et d’amis.
Les procès-verbaux d’anciens interrogatoires des membres de la famille des victimes retrouvées sont réexaminés et de nouveaux interrogatoires sont menés. On épluche les rapports médico-légaux et criminalistiques et on entend toutes les personnes de l’entourage des victimes, des très proches jusqu’aux connaissances plus périphériques.
Joona Linna et son groupe se tiennent devant la fenêtre, dans la lumière hivernale, et lisent les derniers comptes rendus des entretiens avec Mikael Kohler-Frost. Le découragement les gagne rapidement. Aucun élément dans le récit de Mikael ne permet à l’enquête préliminaire de progresser.
Une fois que les analystes ont éliminé de ses déclarations les expressions manifestes d’angoisse et de désespoir, il ne reste pratiquement rien.
— Rien, murmure Petter Näslund en commençant à ranger les documents.
— Il dit qu’il sent les mouvements de sa sœur, qu’elle le cherche chaque fois qu’elle se réveille dans le noir, dit Benny, l’air peiné. Il sent son espoir de le retrouver auprès d’elle.
— Je n’y crois pas une seule seconde, déclare Petter.
— On n’a pas d’autre solution que de présumer que Mikael raconte la vérité sous une forme ou une autre, dit Joona.
— Mais ce truc avec le Marchand de sable, rigole Petter. Je veux dire…
— Il en va de même pour le Marchand de sable.
— Il parle d’un personnage de conte pour enfants. Est-ce qu’on doit pour autant interroger tous les vendeurs de baromètres ?
— Il se trouve que j’ai déjà établi une liste des fabricants et des revendeurs, répond Joona avec un sourire.
— Putain, c’est…
— Je suis tout à fait conscient que le vendeur de baromètres se trouve dans le livre d’E. T. A. Hoffmann sur l’Homme au sable. Et je sais que la maman de Mikael racontait des histoires aux enfants qui mettaient en scène le Marchand de sable, mais cela n’empêche pas qu’il y ait un rapport avec la réalité.
— Putain, soyons honnêtes, on n’a rien, nada, dit Petter et il balance sur la table le compte rendu d’interrogatoire dont il a fait un rouleau compact.
— Presque rien, le corrige gentiment Joona.
— Mikael était drogué quand il a été enfermé dans la capsule et drogué quand il a été déplacé, soupire Benny en passant la main sur son crâne lisse. On n’a aucun moyen de délimiter une zone. On n’est même pas sûrs que Felicia se trouve en Suède, même si c’est vraisemblable.
Magdalena s’approche du tableau blanc et aligne les quelques données dont ils disposent concernant la capsule : du béton, de l’électricité, de l’eau, des bactéries du genre legionella.
Mikael n’a jamais vu le complice et ne l’a jamais entendu parler, il sait seulement que c’est un homme. Rien de plus. Il a certifié que la toux qu’il a entendue venait d’un homme.
Tout autre signalement est lié au Marchand de sable fantasmatique des deux enfants.
Joona quitte la pièce, descend par l’ascenseur, sort de l’hôtel de police et se rend à pied dans le quartier de Birkastan.
L’appartement installé sous les combles au 19, Rörstrandsgatan est le siège d’Athéna Promachos.
Quand la déesse Athéna est représentée en beauté surréelle portant une égide et une lance, elle est Athéna Promachos, déesse de la guerre.
Athéna Promachos est aussi le nom du groupe d’investigation secret formé pour analyser les données que Saga Bauer est censée faire surgir durant son infiltration. Le groupe n’existe dans aucun procès-verbal de délibérations et dans aucune affectation budgétaire, ni à la Rikskrim ni à la Säpo.
Athéna Promachos est constitué de Joona Linna de la Rikskrim, de Nathan Pollock de la Commission des homicides, de Corinne Meilleroux de la Säpo et du technicien Johan Jönsson.
Athéna Promachos dispose de trois autres policiers de la section d’investigation, chargés de gérer l’écoute du microphone à fibre optique depuis un minibus de la régie communale des espaces verts, stationné sur le site hospitalier. Toutes les données seront stockées sur des disques durs, puis cryptées et envoyées à l’ordinateur central d’Athéna Promachos avec un temps de transfert total d’un dixième de seconde.
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