Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 144 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 141

 

 

Reidar monte sur le trottoir et abandonne la voiture, portière ouverte, devant la clôture peinte en rouge qui entoure le vieux quartier pittoresque de Kvastmakarbacken. Sous le siège, son téléphone sonne, mais il l’ignore. Il saute la clôture sur des jambes flageolantes, court dans la neige profonde jusqu’à l’allée d’accès déblayée.

Le numéro 1B est une vieille bâtisse en pierre, isolée, sur une petite colline boisée. Au-delà, il n’y a que des routes et des zones industrielles. Reidar glisse sur les marches raides de l’escalier extérieur, se cogne le genou et pousse un cri de douleur.

Il essaie de respirer calmement tout en gémissant tout bas.

Appuyé contre le garde-fou en fer forgé, il secoue la poignée de la porte d’entrée. Fermée à clé. Il se rend compte que le sang coule de son genou sous le pantalon.

Une lampe portant l’inscription 1B jette sa lueur jaune et terne sur le perron.

Reidar frappe à la porte de toutes ses forces et une fenêtre du rez-de-chaussée finit par s’ouvrir avec un bruit sec.

— Qu’est-ce que vous foutez ? demande un vieil homme chauve par l’interstice.

— Ouvrez la porte, dit Reidar en soufflant comme un bœuf. Ma fille est ici et…

— Ah bon, marmonne le vieillard, et il referme la fenêtre.

Reidar toque de nouveau puis il entend une clé qu’on tourne dans la serrure. Il pousse la porte d’un geste brusque, se précipite dans la cage d’escalier en criant :

— Felicia ! Felicia !

Le vieil homme a l’air effrayé et recule de quelques pas. Reidar le suit.

— C’est vous ? C’est vous qui avez écrit la lettre ?

— Je ne suis qu’un…

Reidar le bouscule et entre dans son appartement. À gauche, se trouve une cuisine exiguë avec une table et une chaise. L’homme reste près de la porte quand Reidar pénètre dans l’autre pièce. Un petit poste de télévision sur pied est posé devant un canapé rouge recouvert de quelques plaids. Les chaussures de Reidar laissent des traces mouillées sur le lino. Il ouvre sans ménagement la penderie et farfouille parmi les vêtements suspendus sur les cintres.

— Felicia ! crie-t-il en inspectant la salle de bains.

Le vieil homme se sauve dans la cage d’escalier quand Reidar fonce droit sur lui.

— Ouvrez la cave !

— Non, je…

Reidar le suit. Son regard erre sur les murs, les portes et l’escalier délabré en pierre qui mène au sous-sol.

— Ouvrez ! crie Reidar en attrapant l’homme par son tricot de laine.

— Je vous en prie, supplie l’homme et il sort des clés de sa poche de pantalon.

Reidar s’en empare et dévale l’escalier, il pleure quand il ouvre la porte en acier et se rue parmi les boxes.

— Felicia ! hurle-t-il.

Il suit les cloisons à claire-voie, crie le nom de sa fille, mais ne trouvant personne ici, il remonte. Il commence à avoir mal à la poitrine, mais grimpe quand même au premier étage. Il donne des coups de pied dans une des portes, appelle Felicia par la fente à courrier, monte encore un étage, appuie sur la sonnette de l’appartement suivant. Une odeur d’humidité et de bois pourri le prend à la gorge.

La sueur coule dans son dos, il a du mal à respirer.

Une jeune femme aux cheveux teints en rouge ouvre, Reidar la repousse et entre chez elle sans un mot.

— Putain, qu’est-ce que tu fous ! crie-t-elle.

— Felicia !

Un homme en gilet de cuir aux longs cheveux noirs l’arrête et le bouscule. Reidar fait un large geste du bras, arrachant un calendrier affiché au mur. Il essaie de dépasser l’homme, mais prend un coup en pleine poitrine qui l’envoie buter sur des chaussures et des prospectus. Il tombe en arrière et sa nuque va heurter le chambranle, l’étourdissant quelques secondes. Puis il roule sur le côté et entend la femme crier qu’il faut appeler la police.

Reidar se relève, manque de tomber à nouveau et s’agrippe à un manteau qui glisse de son cintre. Il marmonne un “pardon” et se tourne de nouveau vers l’appartement.

— Laissez-moi entrer, dit-il en essuyant le sang de sa bouche.

L’homme aux longs cheveux noirs serre une crosse de bandy des deux mains et lui lance un regard féroce.

— Felicia, chuchote Reidar et il sent les larmes lui monter aux yeux.

— Je l’ai, mais elle est un peu malade, dit une femme derrière son dos.

En se retournant, Reidar aperçoit une vieille femme affublée d’une perruque blonde. Ses lèvres sont rouge écarlate. Elle se tient dans la cage d’escalier sombre quelques marches plus bas, un chat tigré dans les bras.

— Qu’avez-vous dit ?

— Felicia, tu viens de l’appeler, sourit-elle.

— C’est ma fille…

— Elle m’a volé de la nourriture.

Il s’approche de la femme. Une ride de colère s’est formée sur son front et elle brandit le chat tigré devant elle. Reidar s’aperçoit alors que le chat a la nuque brisée.

— Felicia, dit la femme. Elle était là, dans l’appartement, quand j’ai emménagé et je me suis occupée d’elle et…

— Un chat… ?

— C’est écrit Felicia sur son collier…

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