Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 17 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 14

 

Le portail d’accès aux urgences de l’hôpital Söder se referme derrière l’ambulance. Une aide-soignante aux joues rouges accompagne les ambulanciers lorsqu’ils descendent le chariot brancard et le pousse à l’intérieur.

— On n’a trouvé aucune carte d’identité, rien.

Le patient est confié à l’infirmière d’accueil et conduit dans une salle de déchoquage.

Après avoir pris les constantes, l’infirmière attribue au patient le deuxième degré de priorité, couleur de triage orange, très urgente.

Quatre minutes plus tard, le docteur Irma Goodwin entre dans la salle et l’infirmière lui fait un rapide résumé :

— Voies respiratoires dégagées, aucun traumatisme aigu… mais il a une mauvaise saturation, de la fièvre, des signes de confusion et une instabilité hémodynamique.

Le médecin consulte le dossier et s’approche de l’homme décharné. Ses vêtements ont été découpés. La cage thoracique squelettique se soulève au rythme de sa respiration saccadée.

— On ne sait toujours pas comment il s’appelle ?

— Non.

— Donne-lui de l’oxygène.

Le jeune homme garde les paupières fermées et tremblantes pendant que l’infirmière lui met les lunettes à oxygène.

Il paraît étrangement sous-alimenté, mais il n’y a pas de cicatrices d’injections visibles sur son corps. Irma n’a jamais vu une personne aussi pâle. L’infirmière prend sa température par l’oreille encore une fois.

— Trente-neuf, neuf.

Irma Goodwin coche dans un dossier les examens préconisés, puis elle ausculte de nouveau le patient. Sa poitrine est agitée de tressaillements, il tousse un peu et ouvre les yeux un court instant.

— Je ne veux pas, je ne veux pas, chuchote-t-il de façon maniaque. Je dois rentrer à la maison, je dois, je dois…

— Quelle est votre adresse ? Vous pouvez nous dire où vous habitez ?

— Qui… Lequel de nous ? demande-t-il en avalant avec difficulté.

— Il délire, dit l’infirmière à voix basse.

— Vous avez mal quelque part ?

— Oui, dit-il avec un sourire confus.

— Vous pouvez nous dire…

— Non, non, non, non, elle crie à l’intérieur de moi, c’est insupportable, j’en peux plus, je…

Ses yeux se révulsent, il tousse et murmure des paroles décousues à propos de doigts en porcelaine, puis il se remet à haleter.

Irma choisit de lui donner du Neurobion en injection intramusculaire, un antipyrétique et un antibiotique par voie intraveineuse, de la pénicilline G, dans l’attente des résultats de la culture microbienne.

Quittant la salle de déchoquage, elle se dirige vers son bureau tout en tripotant son annulaire où elle a porté son alliance pendant dix-huit ans avant de la faire partir avec la chasse d’eau. Son mari l’avait trompée pendant bien trop longtemps pour qu’un pardon soit envisageable. Cela ne fait plus mal, mais elle a encore le sentiment d’un immense gâchis, d’un avenir commun gaspillé. Elle se demande si elle peut appeler sa fille malgré l’heure tardive. Depuis le divorce, elle a souvent des crises d’angoisse et appelle Mia pour un oui et pour un non.

Derrière une porte du couloir, elle entend la surveillante parler avec les urgences sur la ligne interne. Une ambulance transportant une priorité absolue va arriver sous peu. Un grave accident de la route. La surveillante met immédiatement sur pied une équipe chirurgicale.

Irma s’arrête net et retourne d’un pas rapide dans la salle de déchoquage. L’aide-soignante aux joues rouges nettoie avec l’infirmière une plaie à l’aine. Le jeune homme à l’identité inconnue s’est de toute évidence empalé sur une branche d’arbre pointue.

Irma reste à la porte.

— Comme antibiotique, il vaut mieux un macrolide, dit-elle d’une voix catégorique à l’infirmière. Un gramme d’érythromycine IV.

L’infirmière lève les yeux.

— Tu penses à une légionellose ? demande-t-elle, surprise.

— On verra ce que va dire la culture, elle…

Irma se tait lorsque le corps du patient est secoué de spasmes. Elle regarde son visage blanc et voit qu’il ouvre lentement les yeux.

— Je dois rentrer à la maison, chuchote-t-il. Je m’appelle Mikael Kohler-Frost et je dois rentrer…

— Mikael Kohler-Frost, dit Irma. Vous vous trouvez à l’hôpital Söder et…

— Elle crie tout le temps !

Irma quitte la salle et hâte le pas pour rejoindre son modeste bureau. Elle referme la porte derrière elle, met ses lunettes, s’installe devant l’ordinateur et ouvre une session. Le nom ne figurant pas dans le registre des patients, elle le cherche dans les archives de l’état civil.

Là, elle le trouve.

Irma Goodwin tripote inconsciemment la place vide sur son annulaire et lit encore une fois les données concernant le patient qu’elle vient d’examiner.

Mikael Kohler-Frost est mort depuis sept ans, il est enterré au cimetière de Malsta dans la paroisse de Norrtälje.

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