Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 116 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 113

 

 

Un homme d’une cinquantaine d’années est à moitié allongé devant la pompe à chaleur géothermique. Il est ligoté avec des cordes et du scotch armé et il a un chiffon enfoncé dans sa bouche.

Eliot Sörenstam menotte la femme à une conduite d’eau tandis que Joona s’approche précautionneusement de l’homme. Il explique qu’il est policier et retire le chiffon de sa bouche.

— Les enfants, souffle l’homme. Elles sont sorties, il ne faut pas faire de mal à nos enfants, elles sont…

— Est-ce qu’il y a d’autres personnes ici ?

Eliot a déjà grimpé l’escalier en béton.

— Seulement les enfants.

— Ils sont combien ?

— Deux filles… Susanne leur a donné le fusil, elles ont peur, elles n’ont jamais utilisé un fusil avant, ne leur faites pas de mal, supplie l’homme au désespoir. Elles ont peur, c’est tout…

Joona monte l’escalier quatre à quatre et gagne l’arrière de la maison, tandis que l’homme crie encore plusieurs fois qu’il ne faut pas faire de mal aux filles.

Les empreintes de pas traversent le jardin et partent droit dans la forêt. Une lumière danse au loin entre les arbres.

— Eliot ! appelle Joona. Ce ne sont que des enfants !

Il suit les traces en courant, pénètre dans le bois et sent la sueur sur son visage se refroidir.

— Elles sont armées ! crie Joona.

Il court en direction de la lueur entre les troncs. De petites branches mortes dissimulées sous la neige se brisent sous son poids. Au loin, il voit Eliot patauger, sa lampe de poche dans une main, son pistolet dans l’autre.

— Arrête-toi, crie Joona, mais Eliot ne semble pas l’entendre.

Dans la faible luminosité, il devine les empreintes des enfants zigzaguant sur le sol, et celles d’Eliot en ligne droite derrière.

— Ce ne sont que des enfants, crie Joona de nouveau et il essaie de gagner du temps en se laissant glisser en bas d’une pente raide.

Il dérape sur la hanche, entraîne des cailloux et des pommes de pin, se racle le dos, puis parvient à se remettre debout.

À travers les épais branchages, il distingue la lumière exploratrice de la torche électrique et un peu plus loin, adossée à un arbre, une fille mince tenant le fusil des deux mains.

Joona passe tout droit à travers le fourré de branches sèches. Il tente de se protéger le visage, mais s’égratigne quand même les joues. Il voit la silhouette d’Eliot bouger entre les troncs, il voit la petite fille s’éloigner de l’arbre et tirer en direction du policier.

La gerbe de plombs disparaît dans la neige quelques mètres devant la bouche du fusil. Le canon remonte, le corps fluet de la fillette frémit par l’effet de recul et elle tombe. Eliot pivote et braque son pistolet sur elle.

— Attends, crie Joona et il essaie de contourner un sapin touffu qui lui barre le passage.

La neige lui tombe sur la figure et s’infiltre sous son manteau avant que les branches latérales cèdent. Il surgit de l’autre côté et s’arrête net.

Eliot Sörenstam est assis par terre, la fille en larmes dans ses bras. À quelques pas de là, sa petite sœur les contemple.

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