Le Marchand de sable

Lars Kepler · Chapitre 26 sur 187

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Le Marchand de sable

Chapitre 23

 

 

Joona fixait la silhouette immobile entre les troncs d’arbres. Il sentait le poids de son pistolet semi-automatique, l’air nocturne qui refroidissait ses doigts et la respiration de Samuel à ses côtés.

La situation commençait à tourner à l’absurde lorsque, brusquement, l’homme fit un pas en avant.

Il portait un sac à la main.

Sans savoir pourquoi, les deux inspecteurs étaient convaincus d’avoir trouvé leur tueur.

L’homme adressa un sourire tranquille à la fenêtre de Roseanna, puis disparut parmi les buissons.

La neige qui recouvrait le gazon crissait faiblement sous leurs pieds quand ils se lancèrent à ses trousses. Ils suivirent les empreintes fraîches à travers le bois de feuillus endormi et, au bout d’un moment, parvinrent à une ancienne voie ferrée.

Loin sur la droite, ils pouvaient voir l’homme avancer sur les rails. Il passait sous un haut pylône électrique, marchait dans les ombres entrecroisées de sa membrure métallique.

Ce vieux chemin de fer était toujours utilisé pour des trains de marchandises, il courait du port de Värtahamnen à travers toute la forêt de Lill-Jan.

Pour ne pas se faire repérer, Joona et Samuel suivirent l’homme en contrebas du remblai, dans la neige profonde.

Les rails cheminaient sous un viaduc puis de nouveau dans le grand bois. Tout devint subitement beaucoup plus sombre et silencieux.

Les arbres se dressaient, denses, avec leurs branches enneigées.

Sans souffler mot, Joona et Samuel se mirent à courir.

En débouchant sur la ligne droite après la grande courbe autour du marais d’Uggleviken, ils trouvèrent la voie ferrée vide.

Le fuyard avait dû abandonner les rails à un endroit donné du virage pour s’engager dans la forêt.

Ils montèrent sur le talus, observèrent la forêt et revinrent sur leurs pas. La neige était tombée ces derniers jours et le manteau blanc était pratiquement vierge.

Puis ils découvrirent les marques de pas qu’ils avaient ratées auparavant. L’homme avait quitté les rails pour s’enfoncer tout droit dans le bois. Le sol sous la couverture neigeuse était mouillé et les marques de ses chaussures avaient eu le temps de s’assombrir, alors que dix minutes plus tôt elles étaient encore blanches et invisibles dans la faible luminosité.

Il avait pris la direction du grand réservoir d’eau. L’obscurité était pratiquement totale entre les arbres.

À trois endroits, les pattes légères d’un lièvre avaient croisé les empreintes humaines détrempées.

Il faisait tellement noir qu’un instant ils crurent l’avoir perdu encore une fois. Ils s’arrêtèrent, repérèrent la piste et poursuivirent la traque.

Soudain, ils entendirent de légers gémissements. On aurait dit les plaintes d’un animal, ça ne ressemblait à rien que Joona ou Samuel aient déjà entendu. Ils s’approchèrent du bruit, guidés par les traces dans la neige.

Le tableau qui s’offrait à eux entre les troncs d’arbres semblait tout droit sorti d’un conte grotesque du Moyen Âge. L’homme qu’ils avaient poursuivi se tenait devant une tombe peu profonde. Le sol tout autour était noir de terre remuée. Une femme sale et maigre essayait de sortir d’un cercueil. En pleurs, elle luttait pour en franchir le bord. Mais dès qu’elle se redressait, il la faisait retomber.

Pendant quelques secondes, Joona et Samuel se contentèrent d’observer la scène, avant de dégainer leurs armes et de se ruer en avant.

L’homme n’était pas armé et Joona savait qu’il devait viser les jambes, pourtant il dirigea son pistolet droit sur son cœur.

Ils coururent dans la neige sale, jetèrent l’homme à plat ventre et le menottèrent aux mains et aux pieds.

Samuel le tenait en joue pendant que, hors d’haleine, il appelait le centre d’appels d’urgence.

Joona entendit les sanglots dans sa voix.

Ils venaient d’arrêter un tueur en série inconnu jusque-là.

Son nom était Jurek Walter.

Avec précaution, Joona sortit la femme du cercueil et essaya de la rassurer. Elle resta allongée sur le sol, haletante. Il était en train de lui expliquer que les secours n’allaient pas tarder à arriver quand il perçut un mouvement entre les arbres. Une ombre s’enfuit, une branche cassa, des ramées de sapin furent secouées et de la neige s’envola doucement comme un voile.

Un chevreuil sans doute.

Plus tard, Joona comprit que ce devait être le complice de Jurek Walter, mais sur le moment il ne pensait qu’à sauver la victime et à conduire l’homme à l’hôtel de police de Stockholm pour l’écrouer à la maison d’arrêt attenante.

On découvrirait bientôt que cette femme avait passé près de deux ans dans le cercueil. Jurek Walter lui avait régulièrement donné de l’eau et de la nourriture, avant de recouvrir à nouveau la tombe de terre.

Elle avait perdu la vue et était fortement sous-alimentée, ses muscles étaient atrophiés, ses mains et ses pieds présentaient de graves engelures et des escarres avaient déformé son corps.

Elle avait subi un traumatisme psychique sévère, et il s’avérerait par la suite que sa captivité avait également entraîné d’importantes lésions cérébrales.

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